‹ La Touraine, ancienne et moderneChapitre 15 sur 75 · TOURS DU QUARTIER IMPÉRIAL OU DU CLOITRE SAINT-GATIEN · texte numérisé non relu

TOURS DU QUARTIER IMPÉRIAL OU DU CLOITRE SAINT-GATIEN

16° La tour en avant de la porte Bouline, dans l'angle du jardin de l'archovéché. Elle subsiste encore, mais tronquée, dans le mur oriental do la grande terrasse. Ce jardin fut agrandi sous Henri IV de tout le terrain hors la diagonale tirée de la tour du Cardinal à la tour Bouline;

17° La tour au devant des religieuses Lrsulines; une autre tour dans le mur en face de l'église de la Basoche ;

18° La tour Maridois ou du Cupidon , à l'est du jardin du sieur Boiisseau ; une autre tour dans 'les fossés du Cupidon, dans le jardin de la fille Carré, blanchisseuse ;

19° La tour Hiigon , jardin du sieur Lesourd , expert;

20° La tour carrée sur la Loire, à l'angle du jardin du sieur Eslevon, Falpôtrier.

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Toute cette nouvelle enceinte était défendue par des courtines, des fossés et des contrescarpes.

Trois fossés principaux coupaient la ville du nord au sud et recevaient les eaux des deux rivières dans leurs débordements : celui de la rue des Amandiers, débouchant près le port Saint- Vincent, dans les boires de Saint-Étienne ; celui de Maufumier, allant à la Guerche; celui du port Bretagne, gagnant le boulevard la Riche, Saint-Simple, les murs de Ghâteauneuf, et se jetant près la tour Chaloineau, et non Chanoineau, dans la campagne. Au-dessus et au-dessous de la ville, la Loire et le Cher, non contenus par des digues, avaient une libre communication, savoir : au-dessus du port de la Magdeleine, autrement nommé le port Rousseau, près la Clarté, et au-dessous de la Riche, endroit appelé plus tard le quartier perdu, ou retranché, parce qu'il ne fut point compris dans l'enceinte projetée plus tard par Henri III et commencée sous Henri IV.

Un canal d'égout, partant de Gontremont, dérivait de Saint-Julien, par devant l'église des Cordeliers, dans celui de la rue du Cygne, aboutissant à la porte Saint-Vincent. Il fut comblé dans la formation de la Grande-Rue et de celle de la Scellerie.

Les principales fortifications qui furent fttites alors étaient :

1° Celles au compte de la ville, c'est-à-dire les boulevards de la Riche, de Saint-Simple, de la Guerche, de Saint-Etienne et Hugon; puis, celles à partir de l'Hôpitau, le long de la Loire, ju3:iu'à la tour carrée du port Bretagne ;

2° Celles au compte du chapitre Saint-Gatien et de la Basoche, consistant dans les tours, contrescarpes et fossés environnant leur cloître, depuis leur église jusqu'à la tour Maridois ou du Cupidon, point de la communication des douves du boulevard Hugon ; dans la suite, la ville se chargea des tours^ fjssés et remparts du cloître, depuis l'archevêché ;

3° Celles aux frais de l'insigne église de Saint-Martin , consistant en tours et contrescarpes au long de la place d'Aumont, depuis Saint-Simple jusqu'à l'égout deQuiquiengroigne, près la tour aux poudres, et en larges fosses qui protégeaient les courtines.

Ces derniers terrains et ces fortifications étaient la propriété de ladite église. Plus tard , les tours du cloître furent concédées à la ville qui les faisait relever quand elles croulaient et y plaçait des gens de guerre. En dedans et au pied des murailles régnait un chemin de ronde; et, au-dessus de ces murailles, un autre chemin pour le guet et les sentinelles; on y montait à l'aide d'échelles ou de degiés enpierre.

En temps de guerre, la tour Charlemagne de l'église Saint-Martin, comme plus élevée que les autres, servait au guet de jour et de nuit. La ville y plaçait des sentinelles dont l'une sonnait du clairon pour avertir de courir aux armes.

Dans la ligne de circonvallation, se trouvaient des édifices, des vergers, des rues isolées, das chapelles, des églises paroissiales, des terrains appartenant à des monastères. Il fallut les raser. Le clergé se plaignit. Le régent donna des lettres de pardon- et d'aboliiion du crime d'injpiélé. La ville no paraît pas avoir payé de

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dédonimnjîompnt h l'église, car il n'en est pas question dans les comptes. La gucno avait nécessité et légitimé la dcstruclion de quelques lieux consacrés au culte. Ainsi furent démolies la chapelle de l'hospice des Jacobins, sur la Loire, et une chambre de leur couvent, premier don fait à ces pères par Philippe-Auguste; l'église des Filles-Dieu, près la Guerche; de Saint-Pierre du Chardonnet, paroisse hors l'enceinte (elle fut relevée depuis) ; la chapelle du prieur de Saint-Ladre, ou Lazare, h peu de distance du Chardonnet, laquelle fut reportée plus loin, dans la campagne, où nous la voyons encore aujourd'hui ; la petite église paroissiale de Saint-Marc, sur la ligne de la rue de la Scellerie, elles chapelles de Saint-Loup (elles dépendaient de Saint-Julien, et furent réunies dan§ une seule chapelle au fief de Saint-Loup hors); enfin la chapelle de Saint-Georges, près des fossés de ce nom.

Les maisons de la rue des Filles-Dieu et le couvent furent détruits ; tous les arbres existant sur ces espaces arrachés, exploités en pieux, planches, solives et fascines. Ils empêchaient, est-il dit, de découvrir les approches de l'ennemi.

Voilà ce que comportait la nouvelle circonvallation ordonnée par le roi Jean et achevée sous le dauphin Charles, son fils.

Lestravauxde recordementdes deux villes, de Tours et de Châteauneuf, et ceux d'agrandissement de l'enceinte se poursuivaient sans relâche. Le roi Jean concéda à la ville la coupe de dix arpents de bois de sa forêt royale de Teillay, vers Azai-le-Rideauj pour faciliter l'exécution du plan de défense ; l'abbé de Marmoutiers, 5 son exemple, fit don de la coupe d'un arpent de bois de sa forêt de Châtenay. Les bois de Saint-Côme et des Montils furent abattus pour le même objet, sous la régence du dauphin.

Or, pendant que les Élus pourvoyaient ainsi à la sûreté de leur ville, le prince de Galles ruinait la Limagne d'Auvergne, ardant les places mal fortifiées, et détruisant toutes les denrées qu'il en pouvait emporter. Après avoir ravagé de la sorte une grande partie de la France, il retournait en toute hâte en Guyenne, se dirigeant sur Poitiers, à travers la Touraine. Son armée, affaiblie par des marches forcées, décimée par la faim , la maladie, les fatigues, était réduite à 12,000 hommes, et se trouvait dans un état de dénûment complet. En l'apprenant, le roi Jean quitte la Normandie, marche à sa poursuite accompagné de tout son host, des princes de son sang, de l'élite de sa noblesse et de 50,000 hommes. Il passe l'Indre à Loches, la Creuse à la Haye, la Vienne à Chauvigny, et se voit en tête des Anglais, tout en croyant les poursuivre. Les deux armées ne s'aperçurent de leur situation respective que par une rencontre fortuite entre quelques barons de l'arrière-garde française et les coureurs du prince de Galles.

Ici, les forces nous manquent, la plume échappe à nos mains. A peine nous sentons-nous le courage de retracer ce douloureux passage de nos annales. Lés Anglais s'étant logés sur un plateau élevé, dit le Champ-de-Maupertuis, à deux petites lieues de Poitiers , « les deux hosts se mirent en arroi et en vinrent aux champs. » Le prince Noir, qui sentait trop bien la disparité de ses forces, fit d'abord offrir, pour son honneur et celui de ses gens sauf, d'abandonner tiut ce qu'il avait conquis jusqu'alors, villes, châteaux, prisonniers, etdes'obli-

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gér par serment à ne plus s'armer contre la France. Mais Jean ayant repoussé ces offres, le lundi matin, 19 septembre, on en vint au mains. Les Anglo-Gascons, disons-le tout de suite , se battirent avec le courage du désespoir.

— Saint-Georges et Guyenne l criait d'une voix tonnante le fameux chevalier Jean Ghando s.

Et on le voyait, sur tous les points à la fois, animant du geste ses gens, combattant lui-même, couvert de sang, de sueur et de poussière.

— Sire, dit-il en passant près du prince de Galles, chevauchez avant, la journée est vôtre ! Tirons devers votre adversaire le roi de France ; car il est vaillant, ilne fuira point et nous demeurera.

— Avant donc ! répliqua le prince : vous ne me verrez d'aujourd'hui tourner le visage.

Chandos n'avait dit que trop vrai.

Les comtes de Saarbruck, de Nassau et de Nidan, alliés de Jean, furent occw. Le duc d'Athènes, connétable de France, tomba frappé d'une sagette. Le duc de Normandie, les trois fils du roi, le duc Charles et les comtes Louis et Jean, croyant trop légèrement ceux qui les gouvernaient (l'aîné ne comptait pas vingt ans), s'enfuirent, suivis de plus de huit cents lances, qui n'avaient point approché de l'ennemi. Le duc d'Orléans et sa route, saine et entière, levèrent le pied plus lâchement encore, sans avoir féru un seul coup d'épée.

Malgré cette ignominieuse déroute, le surplus de l'armée française fit bonne contenance. La chevalerie de Bourgogne, de Poitou, de Touraine, de Picardie, de Bourbonnais, se comporta valeureusement. Le roi Jean, aussi bon homme d'armes que mauvais général , donnait l'exemple à tous, une lourde hache au poing. A ses côtés se tenait le sire deCharny, portant haut la bannière royale, et le jeune Philippe, duc de Touraine, enfant de treize ans, qui, bien différent de ses frères, gagna en cette journée le surnom de Hardi, car il ne quitta pas le roi, lui criant sans cesse, à mesure qu'il voyait les ennemis et le danger approcher de son père:

— Gardez-vous à droite ! gardez-vous à gauche!

Mais, enfoncés en vingt endroits par la cavalerie ennemie, terrassés sans défense par les flèches des archers, « qui, suivant Froissart, tombaient sur eux dru comme grêle, » les Français ne pouvaient que retarder, à force de vaillance, leur défaite. Les plus hauts barons, les prud'hommes les plus distingués, Pierre, duc de Bourbon, l'évêque de Châlons-sur-Marne, les sires de Beaujeu, de Nesle, de Ribaumont, de Landau, de la Tour, de Montaigu, Jehan de Saintré, celui-ci deuxième lieutenant-général du roi en Touraine, etc., etc., jonchaient le sol. T> lly avait là, dit la chronique, grande déconfiture et gens occis, navrés et abattus.

— Rendez-vous ! rendez- vous ! criaient.les soudoyers anglais et gascons au roi qui faisait toujours merveille de sa hache d'armes.

A ce moment, Jean venait de voir tomber à ses côtés le comte de Dammartin et le sire de Charny, ce dernier tenant toujours sa bannière étroitement pressée sur son cœur. Enveloppé de toutes parts, la retraite lui était impossible, il allait succomber lui-même...

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Accablé de la sorte, il remit en fin songant droit l\ un chevalier artésien, Denis de Morbecque , qui, par suite d'une vieille rancune, servait le roi d'Angleterre. Leduc deTouraine, Philippe, ne l'ayant pas quitté d'un instant, suivit son exemple... (17 septembre 1356).

Ainsi donc, le roi et son fils prisonniers, la noblesse, «la fleur du royaume,» taillée en pièces, la guerre et toutes ses fureurs, une suite de luttes opiniâtres, désespérées, sans merci, tels furent les résultats de cette fatale journée. Le vainqueur, tout ému encore du péril auquel venait de l'arracher l'imprudence et l'impéritie de son ennemi, plus étonné encore que le vaincu de sa facile victoire, accueillit le roi avec beaucoup d'égards et de respect. Il le réconforta et loua hautement la prouesse qu'il avait montrée dans la bataille ; il évita généreusement tout ce qui eût pu lui rappeler les prétentions du roi d'Angleterre à la couronne de saint Louis. Le soir, dans un grand souper qu'il lui donna, ainsi qu'aux autres Français prisonniers, il le servit à table, comme eussent pu faire les anciens grands sénéchaux de France, et ne voulut point s'asseoir à côté do l:ii par « modcslic cl humilité. »

Jean fut conduit d'abord à Cordeaux et de là dirigé sur Londres, où il ciilra, dit Rapin de Toirar, montant i!u beau cheval blanc superbement harnaché, cl où on lui tîoniîa la Tour pour prison.

Pendant quatre ans et deux mois qu'il y resta renfermé, une grande fermentation régna presque conslainiULMit en France. « Jamais, dit un historien, l'union et la concorde n'avaient été si nécessaires; jamais les esprits ne furent si divisés; jamais il n'y eut dans l'État tant de confusion, de trouble et de désordre. Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, fait prisonnier par le roi Jean , dont il avait voulu usurper le trône, s'échappe de son cachot et secoue le flambleau de la guerre civile. Paris se révolte; le dauphin y court risque de la vie; son autorité est méconnue; la plupart des grandes villes, à l'exemple de la capitale, se livrent i\ l'esprit d'indépendance: le bourgeois tranche du républi-i cain ; l'ecclésiastique imagine des confréries pour associer les factieux ; les paysans, réduits au désespoir par toutes les violences que la noblesse exerce avec impunité dans les campagnes , s'assemblent par milliers pour l'assommer et la détruire. »

Pour comble à tant de malheurs, un premier traité, trop honteux pour qu'il fût ratifié par le dauphin Charles, devenu régent du royaume, ramena en France les Anglais. De Reims, où ils s'étaient tout d'abord présentés, ils descendirent, en dévastant les campagnes et les villes,jusqu'à Chartres. Tours se tint alors sur la défensive et eut recours h qui de droit pour les moyens de sûreté que les circonstances exigeaient. Le dauphin adressa aux Élus des lettres patentes de Paris, l"juin 1359, par lesquelles il enjoignait aux habitants du plat pays et de la chàtellenie de Tours de faire le guet dans la ville.

Voici la teneur de ces lettres:

« Charles, aisné fils du roy de France, régent du royaume, duc de Normandie] >et dauphin de Viennois, aux Élus et députés, sur le fait du gouvernement ton-: » chant los fortifications et défense de la ville de Tours, salut.

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» A la supplication de nos aînés les bourgeois et habitans de ladite ville, [con- •) sors en cette partie, disant qu'il est urgente nécessité de faire grant et seure » guaist chascun jour en ladita ville, pour doiitte des ennemis dudit royaume » et que les gens de ladite ville seraient trop grandement grevés de faire conti- » nuellement ledit guaist sans l'aide des gens du plat pais d'environ ladite ville » qui refuge y pourraient avoir en cas de nécessité : nous vous mandons et com- » mettons , ou à deux de vous, que toute manière de gens de quelconque estât » ou condition qu'ils soient, demourans en la chàtellenie de Tours, qu'en ladite » ville pourraient et peuvent, en cas de nécessité, avoir refuge pour la tuition et » défense d'eulx et de leurs biens, tant exemps et privilégiés comme aultres; vous » contraigniez ou fassiez contraindre vigueureusement par voies et remèdes con- » venablesà faire guaist en ladite ville, chascun à son tour, et selon l'ordonnance » sur ce faicteen ladite ville, nonobstant quelconques privilèges, exemptions ou » lettres impétrées ou à impétnîr au contraire.

«Données à Paris lepreuiior jour de juing de l'an de grâce mil trois cent cinquante-neuf.

Par iîiot;s('igncurJe régent, en son conseil,

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