‹ La Touraine, ancienne et moderneChapitre 3 sur 75 · I.fc IfclIT-IHtlHAKS, M'PAKrBNANT ,\ N. 111 PKTIT-THO».\RS · texte numérisé non relu

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Depuis quelques années , c'est là un fait qu'on ne saurait plus nier, les esprits d'élite se sont sentis invinciblement attirés vers l'étude sérieuse de l'histoire. On a vu enfin que, pour la bien foire comprendre, on ne devait plus , comme autrefois, l'embrasser tout entière dans ses diverses phases et ses innombrables développements. Un si grand labeur excède en effet les forces d'un seul homme, si puissante d'ailleurs que soit son intelligence , si infatigable que soit sa bonne volonté. Voilà pourquoi les plus remarquables écrivains de ce temps, les maîtres de la pensée et du style, les Thierry, les Barante, les Guizot, les Fauriel, les Villemain, etc., etc., se sont, comme de concert,

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partagé ce domaine immense du passé, où leurs trop aml)itieux devanciers n'avaient fait en quelque sorte que de rapides et superficielles explorations.

Pour ne parler que de nos fastes, on a pris l'habitude de consacrer un soin spécial à l'élude de chaque siècle , de chaque règne. C'est là \ni progrès incontestable ; mais , a notre avis, il ne peut •suffire pour que, dans ses moindres détails, l'histoire d'un grand pays soit rendue accessible à tous les regards. Il faut encore que le même soin spécial soit apporté à l'étude de chacune des contrées dont s'est , d'<ige en âge , formée la monarchie.

Kn réalité, ce besoin de la science a été vaguement compris dans ces derniers temps. A des reprises di\ erses , on a détourné les regards de l'histoire générale pour interroger les annales particulières des provinces. Mais de quelle manière rapide , incomplète , inexacte, a-t-on la plupart du temps poursuivi ces tentatives 1 Avec quelle négligence, a quelques rares exceptions prés, s'est-on livré à leur appréciation!

Nous n'hésitons pas à le dire, on ne parviendra jamais à faire connaître \m pays que si l'on se dévoue exclusivement à l'étudier, à montrer ses titres de gloire, comme à raconter ses revers. Jamais un tel but ne sera réalisé que si un enfant de ce même pays , tout pénétré des souvenirs , des idées , des mœurs , qui forment les traits distinctifs du caractèie de ses habitants, n'accomplit un devoir pieux en s'attachant à mettre en relief ces mœurs, ces idées , ces souveniis. Et encore n'est-ce là que la moitié de sa tâche : il est tenu , sil veut la remplir tout entière, de faire pleinement ressortir les ressources du territoire, de décrire les beautés naturelles et ces autres richesses également pi'écieuses dont on est redevable aux arts.

On ne sera donc pas surpris que nous l'ayons entreprise cette œuvre si complexe , qui, de la part de l'écrivain, exigeait, nous ne l'ignorions point, de longues et pénibles recherches, mais au niveau de laquelle, du moins, nous sommes demeuré par notre bon vouloir et notre résolution. Aucune province en France, plus que notre belle Touraine, n'est digne d'intérêt, sous tous les rapports. « La terra molle^ e lieta, e dilellosa^ » a dit le Tasse. Les monuments , les annales, le climat si pur et si doux , la vie si facile et si séduisante de cette magna parens kortoruw^ comme l'appelle le R. P. Rapin, tout vous y attire et vous y captive.

Un écrivain illustre, M. Daunou, nous a servi de guide. « La véritable histoire, a-t-il » dit, est celle qui développe les faits et les rend sensibles par leurs circonstances. Son art » est de conserver à tous les détails d'un récit , l'intérêt qu'ils ont eu quand ils étaient » des spectacles. »

Bien pénétré de ce précepte, qui est également celui de l'éloquent auteur des Martyrs , nous nous sommes engagé dans la voie qu'il venait de nous ouvrir, sentant à chaque pas grandir notre zèle, qu'ont d'ailleurs secondé à l'envi les amis éclairés et les hommes éminents sous le patronage desquels nous nous sommes placé. La division du travail et sa classilication seules ont provoqué notre hésitation. Deux méthodes nous étaient offertes : celle de nos devanciers, qui consiste à faire marcher de front , d'une façon pour ainsi dire synoptique, les faits, les hommes sur le théâtre de leurs exploits ; celle, au contraire, qui se résume en monographies. La première méthode est assurément savante, didactique et soumise aux lois rigoureuses de l'étude historique; la seconde nous a paru plus conforme au goût de notre épocjue. Vax l'adoptant , nous ne craignions qu'une chose: c'était, par un démembrement trop multiplié, d'atténuer l'effet de notre action. Tous nos regards se sont portés vers l'écueil, attn de n'y ix)iiit touclier, et si en effet nous sommes parvenus à l'éviter, nous aurons atteint notre but.

Ainsi donc, dans un uptMi'u aussi complet et en même temps aussi rapide que possible, nous esquissons à grands traits l'histoire politique, géographique et administrative de la Tou raine, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; après quoi, nous entreprenons la monographie des villes, villages, châteaux, abbayes, monuments, que l'on y rencontre à chaque pas. Un résumé et une statistique suivent immédiatement ce tableau, que vient clore la biographie des illustrations du pays.

Nous avons parlé des temps les plus reculés. Traçons en quelques mots ce que l'on voudra bien nous permettre d'appeler no\ve itinéraire. Parmi ceux de nos compatriotes dont la plume appartient presque exclusivement à la Touraine, il n'en est pas, que nous sachions, qui aient songé à nous révéler ce qu'elle pouvait être avant les Romains. A quoi bon, s'écriait l'un d'eux, sonder une époque dans les ép.iisses ténèbres de laquelle les plus patients, les plus érudits, se sont tant de fois égarés! Quel intérêt? Quelle nécessité? A ceci la réponse est simple : n'a-t-on pas cent fois entrepris , et cent fois en vain, de retirer des limbes du moyen âge les premières années de la monarchie française? Que d'essais ingrats, fatigants , opiniâtres , pour arriver à un résultat ! Que de théories ingénieuses, que d'éloquence, que de poésie , que de méditations! Il s'agissait, dira-t-on, de la France, et non de la Touraine, d'une couronne et non d'une province , d'une famille royale et non de quelques seigneurs, proconsuls douteux , oubliés , sans portée. Soit ! mais tout est relatif ; il ne nous importe pas moins , comme habitants de la Touraine, de savoir d'où nous sommes sortis, qu'en notre qualité de Français, d'être parfaitement édifiés sur ce qui concerne nos premiers souverains. Envisagée sous un autre aspect, cette observation a une portée bien plus grave encore : jusqu'ici on s'est appliqué avec une constance et une minutie fort souvent puériles à enregistrer le règne des rois plutôt que le mouvement réel du royaume, que l'agitation privée de la famille, que le progrès intellectuel de ses membres. A quoi cela nous a-t-il conduits? Ne sommes-n( }s pas toujours dans l'ignorance des plus simples notions historiques? Abandonnons donccette voie trompeuse et déplorable , montrons- nous au milieu des masses, ne négligeons surtout rien pour éclairer l'obscure origine de nos provinces, rassemblons en un mot, ainsi que nous l'enseigne Ovide, « les membres éparsde notre mère-patrie, » et alors, mais seulement alors, on pourra nous faire une histoire de France qui ne laissera plus rien h désirer.

Nous le répétons, en pareilles matières, pas de points que l'on ne doive tenter d'éclaircir, pas d'obstacles, si grands qu'ils soient , qu'il ne faille essayer de vaincre. « Entre- » prendre d'écrire l'histoire d'un pays et négliger d'en étudier les commencements, parce » qu'ils sont ténébreux ou repoussants , dit l'un des continuateurs de Yelly, c'est vouloir » élever un édifice sans songer à lui creuser des fondements , sous prétexte qu'ils entraî- )) neraient trop de dépense et qu'ils ne sont point apparents. »

Nos études remoiitent aux Celtes ou Gaulois, à ces premieis peuples dont les Turones ou Tourangeaux ont été une des tribus les plus anciennes et les plus renommées; à ces soldats intrépides, auxquels il n'a manqué que de se gouverner en unité pour enchaîner le monde. A vrai dire, ce qui les concerne appartient plus spécialement à l'histoire générale de France ; mais ils sont si peu connus encore de nos jours, et surtout ils exercèrent une telle influence sur les destinées de notre pays, qu'on nous saura gré, nous le pensons du moins, d'avoir fait de leurs mœurs, de leurs us et coutumes un court e\|)0sé. Sans avoir la prétention d'élargir le cercle au centre duquel tant d'autres avant nous sont demeurés , de porter la lumière là où elle n'a pu encore pénétrer, nous n'avons point hésité à descendre au sein du chaos. C'est à force de fouiller la mine que l'on parvient à mettre à

îo imk(H)II(:tion.

j<Hirce qu'elle peut eoutenir de précieux. Plus les diftieultés étaient grondes , plus elles ont éveillé en nous de désirs.

Après les Gaulois se présentent immédiatement les Turones, et, prenant part à leur vie siK'iale, les Romains, dont la puissante civilisation a laissé tant de traces en Touraine ; saint Martin, à qui sa piété et ses miracles avaient ac(|uis le smnom de grand thaumaturge des Gaules; les Alains, les Wisigoths et les Francs, to«n- à tour maîtres de l:i province ; Grégoire de Tours, sans lecpiel nous n'aurions aucune connaissance des premiers siècles de notre histoire; Charles-Martel et ces Sarrasins dont il dispersa si victorieusement les bandes redoutables; Chailemagne et son professeur Alcuin, à l'époque où le docte maître vint se lixer sur les bords de la Loire et y fonder sa célèbre école ; les Normands, vaincus devant Tours et massacrés à Saint-Martin-le-Heau ; les comtes de Blois , d'Anjou et de Touraine; Foulques-Nerra , ce grand bâtisseur de villes, forteresses, abbayes, églises et châteaux ; Henri II, roi d'Angleterre et comte de Touraine, dont les largesses et les constructions ont tant développé la prospérité du pays; Philippe-Auguste, Jean-sans-Terre et Ricbard-Cœurde-Lion, se disputant ce riche territoire, l'un des plus beaux joyaux d'une couronne; les Cotteraux et leurs épouvantables excès ; Saint-Louis et sa mère, la reine HIanche; lioucieault, ce valeureux maréchal, dont l'histoire a si justement exalté les hauts faits ; Philippe-le Bel et le grand maître des Templiers, .Jacques Molay ; Charles YI, de déplorable mémoire; l'impudique, la violente Isabeau de Bavière, et le duc de Bourgogne Jean-sans- Peur; Charles VU et Agnès Sorel , la première de ces trois beautés tourangelles , Agnès Sorel , Gabrielle d'Kstrées et Louise de la Vallière, qui devaient avoir un tel empire sur les rois dont elles surent captiver le cœur.

Kn môme temps que la dame de Fromanteau , apparaissent tour à tour .leanne d'Arc , cette héroïne qui nous sauva des Anglais et que nous ne pûmes arracher de leurs mains homicides ; le dauphin , ou plutôt Louis XI, escorté de ses nombreuses réformes , de sa poliHque habile, soupçonneuse, sanguinaire; Charles \ 111 et Anne de Bretagne, nouvellement mariés à Langeais ; le père du peuple, Louis XIT , et le fameux cardinal d'Am- Iwise ; François I«»", Jacques de Beaune et Louise de Savoie, la galanterie , la probité et l'astuce; le roi de Navarre, Henri IV, et le sévère, l'inflexible Duplessis-Mornay. Enfin, se dessine, quoique dans le lointain, cette douce, cette crédule et trop charmante femme , Marie Stuart, qui commit tant de fautes par son cœur et les expia si cruellement plus tard par sa mort. T,a conjuration d'Amboise, les guerres de religion, la révocation de ledit de Nantes, si funestes par leurs conséquences, occupent une grande place dans nos fastes. Un fléau redoutable, la peste, dont les ravages répétés plongèrent la Touraine dans le deuil et les larmes, a également réclamé toute notre attention.

A ces événements, que nous ne pouvons qu'indiquer, succède la grande physionomie de l'homme le plus considérable de son siècle, du cardinal de Richelieu. 11 fonde une ville tout entière qui porte son nom, et, pour satisfaire son orgueil, dépare la province d'une partie de ses vieilles demeures seigneuriales. De Richelieu à 1789, de ce despote en robe rouge , qui , pendant dix-huit ans , gouverna la France, a ce monarque infortuné dont M. de Turgot , trop souvent témoin de sa faiblesse, avait dit : « // périra parle mousquet de Charles IX ou par rêchnfaud de Charles V^ , » viennent tour à tour poser devant nous: Racan , Cinq-Mars , Urbain Grandier, leduc d'Kpernon,Benc Descartes, l'abbé de Rancé, le maréchal d'Humières, Claude Vignon, l'abbé de iMarolles, René Rapin , le jréuite Commlre, le duc d'Aiguillon , Néricault-Destouches , le duc de Choiseul , le marquis de Paulmy , l'empereur .loscph 11 , la princesse des F rsins , et<'., r'est-ù-dire dans ce qu'ils ont de i»lus exquis, de plus t»Micliant et de plus rare : la poésie

et le courage, le malheur et la philosophie , l'abnégation chrétienne, le dévouement, les beaux arts, l'érudition, la satire, l'élégance, le bon sens, la beauté. En 1789, les trois ordres de la province s'assemblent pour nommer des députés aux Etats généraux. En 1790, la Touraine obéit au mouvement révolutionnaire imprimé à toute la France.

De nombreux Conciles ont eu lieu à Tours et dans la juridiction ecclésiastique de cette métropole : quoique nous n'en ayons rien dit dans notre récapitulation, nous leur avons réservé l'espace auquel ils ont droit. Même observation quant à la fameuse contestation de Dol , (lui dura tiois siècles et demi. Les États généraux , mémorables toujours; les monnaies, dont la création est d'une si haute antiquité; les armoiries, si glorieuses et si remarquables; le commerce, surtout celui de la soierie, auquel la première cité des Turones dut son élévation rapide au-dessus de Eyon , et enfin l'organisation municipale, qui date de Louis XI , ont été traités par nous spécialement.

Une pareille tâche , on le voit , impose des obligations sans nombre et assume sur celui qui ose s'en charger une responsabilité des plus grandes. Pensant que, pour la mener à bonne fin , ou tout au moins pour éviter de justes reproches , sans parler encore des écrivains d'élite auxquels nous avons eu recouis , il nous fallait aller visiter par nousmème cette province, l'objet de notre prédilection, nous sommes sur-le-champ parti. Un jeune peintre , M. Théodore Frère , nous avait été adjoint , et pendant trois mois nous avons sillonné la Touraine en tous sens. Pas une ville, pas un village, une église, un castel , un monument, une seule ruine, que nous n'ayons vus de près, interrogés des yeux et de la voix, explorés dans le plus grand détail. Déjà , songeant à notre projet, pour l'avenir, nous l'avions plusieurs fois parcouru ce vieux pays des Turones; jamais cependant avec autant de soin, de scrupule, que dans ce dernier voyage. Il faut bien en convenir aussi, chaque pas nous invitait à en faire un autre; partout nous recevions l'accueil le plus empressé , le plus cordial ; c'était à qui nous aplanirait les aspérités de la route, à qui se mettrait à notre disposition. Nous n'oublirons pas , disons-le encore , ces témoignages d'intérêt ; nous aimerons surtout à nous rappeler la bienveillance et la spontanéité avec lesquelles ils nous ont été prodigués.'

Compulsées de la sorte jusque dans leurs moindres recoins , nos annales nous ont mis à même, non-seulement, en ce qui concerne la Touraine, de mieux faire saisir le mouvement général de l'histoire de France , non-seulement encore de mieux faire apprécier les innombrables épisodes si dramatiques, si palpitants, si étranges, qui, de l'époque gauloise à nos dernières convulsions civiles , ont eu pour théâtre cette terre féconde et privilégiée, mais bien d'ouvrir un jour nouveau sur des faits que les historiens ont dû négliger et les chroniqueurs seuls recueillir. Ces aspects de la contrée natale qui, parleur variété, arrêtent les étrangers et fixent souvent leur humeur voyageuse, ces paysages toujours gracieux et parfois grandioses qui, d'Amboise à Bourgueil, ondulent capricieusement ou s'épanouissent le long du fleuve le plus majestueux de la France, nous les avons tous contemplés avec amour, et c'est avec amour que nous avons essayé de les reproduire. Les mœurs élégantes des villes, les poétiques et bizarres coutumes des campagnes, nous ont appris sur le caractère des habitants et sur celui de leurs pères des particularités que nous eussions cherchées vainement ailleurs. Enfin , notre excursion nous a mis à même de faire passer successivement sous les yeux du lecteur, indépendamment de la province en elle-même et de ses villes anciennes et modernes , Tours, Loches, Chinon , Amboise , Langeais, Château-Renault, Richelieu, Azay-le- Rideau, lîléré , Rourgueil , Châtcau-la-Vallière, la Haye, l'Ile-Bouchard , Ligueil ,

fi IMUODICTION

Moiitbazoïi , Montresor, ^eu^y-le-Roi , le Graiul-Pressijiny, Pieiiilly, Saintc-Miuiic , Ku/ançjiis , Chàtillon-sur Indre , Muntriehard et Loudun, savoir :

Les monuments dont voici succinctement la nomenclature : Saint-datien , cette helle cathédrale de Tours, la plus légère basilique de France peut-être, et à coup sûr l'une des plus gracieuses; Notre-Danie-la-Kiche, ainsi nommée depuis le jour où elle posséda le corps du saint évèque qui prêcha l'un des premiers la foi dans les Gaules ; la Sainte- (^hapelle de Champigny et ses vitraux merveilleux ; les admirables collégiales de Gandes, de Loches, de Preuilly, de Montrésor ; les églises plus humbles, mais tout aussi vénérables, de Saint-Symphorien, de Sainte-Maure, de Pont-de-Ruan-la-Miraculeuse et de Saint-Clément de Tours; de Sainte-Catherine de Fierbois, où Jeanne d'Arc envoya chercher la victorieuse épée de Charles-Martel ; de Saint-Épain et de NouAtre, de Saint- Gilles et de Saint-Maurice de l'Ile-Bouchard ; d'Avon et de Gravant, de Barrou , de LigUeil , de Montlouis, de Gizeux, etc., etc.;

Les ruines nombreuses, et pour la plupart malheureusement abandonnées, des vieilles et célèbres abbayes de Marmoutiers, dont l'origine est plus ancienne que la monarchie française; de Cormery, où Alcuin obtint le premier, de Charlemagne, la permission d'étîiblir des moines; de Turpenay, fondée en 1107 par Foulques-le-jeune ; deBeaulieu, qui posséda le droit de battre monnaie; du Liget, destinée à consacrer le souvenir du meurtre de Thomas Becket; d'A igues- Vives , de Beaugerais, de Beaumont-les Tours, de Fontaines-les-Blanches, de Noyers, de Villeloin , de Bourgueil, etc., etc.;

Les ruines plus spacieuses et plus imposantes de Loches et de Chinon , où Philippe- Auguste, saint Louis, Charles YII, Louis XI et leurs successeurs ont si souvent et si longtemps séjourné; de Montbazon, de Nouàtre et de Crissé, places autrefois assez fortes pour arrêter une armée; du Grand-Pressigny et de Preuilly, ces fières et premières baronnies de la Touraine; de Saint-Martin-d'Étableau , de Ille-Bouchard, des Boches Tranche-Lion et du Vieux-Chàtellier-de-Paulmy, théâtre des guerres de religion; de Cinq-Mars et de Bochecorbon , que leur position escarpée sur le sommet d'un rocher devait pour ainsi dire rendre inexpugnables; de Vaujours, qu'habitèrent à diverses reprises les ducs d'Anjou et de Sancerre; de Semblançay, que construisit Foulques-le- Nolr, etc., etc.;

Enfin, les somptueux ou sévères manoirs de Chenonceaux , d'Azay-le-Bideau , d'I ssé et de Bocbecotte, si pleins de charmants souvenirs et d'attraits ; de Langeais, de Montrésor et de Luj-nes, dont les noms sont inscrits partout; du Plessis-Ies-Tours et de la Roched'Anchailles, auxquels nous avons cru devoir restituer leur physionomie première, si sombre et si caractéristique ; de la Guerche, de Fontenailles et du Coudray-Montpensier, élevés ou embellis en l'honneur de la Belle des Belles; de Couzières, célèbre par la réconciliation de Marie de Médicis et de Louis XIII ; de Ris , dont la première pierre fut posée au temps des Croisades ; de Brou , que construisit l'un de nos plus grands hommes de guerre ; de Boussay, depuis cinq cents ans la propriété de l'ancienne et opulente famille de Menou ; de Grillemont, cette vaste et saisissante retraite de Tristan l'Hermite ; de Sansac , gracieux rendez-vous de chasse de François I»»" ; de l'Ile-Savary, où na(|uit, disent les traditions, la belle et courageuse Marie d'Harcourt, comtesse de Vaudeniont ; de la Roche-Posay , dont le village est connu pour ses eaux minérales ; de Montrichard , où les rois d'Angleterre entretenaient toujoui-s une garnison de cin(| cents hommes; de Château-Renault, résidence princière de Thibault-le-Meux, comte de Blois; de la Motbe- Sonzay, ou Diane de Poitiers vint, assure t-on , |)a^ser une année de son l'cliitanlc existence; de Muntgoger , de Paviers, de Ballan , de Marmande, de (Lhaumont , de

Boizay, de Coulâmes, du Petit-Thouais , du Vivier, d'Hareml)ure , de Mézières, de Buzançais, de Rouvray, de Beaumont-la-Ronee , de Palluau , de Reigiiac, etc., etc., dont les tourelles s'élancent aujourd'hui même si hardiment dans les airs , et dont les créneaux ont si souvent protégé leurs châtelains.

Qu'il nous soit permis, à cette occasion, de signaler le talent dont M. Frère a fa;t preuve , tout en nous accompagnant de ville en village. Il serait difficile , on peut s'en convaincre, de rendre avec plus de vérité et plus de charme les monuments religieux ou civils dont les cités s'enorgueillissent ; ces forteresses féodales , témoins imposants de la force et de la grandeur des ancêtres ; ces châteaux gothiques dans la construction desquels l'art ancien , animé lui aussi comme d'un souffle de guerre , a prodigué ses fières et rudes merveilles. Nous offrirons également à notre éditeur , M. Louis Mercier, le juste tribut d'éloges et de remercîmeuts dont nous lui sommes redevable pour les égards et le bon goût avec lesquels il nous a toujours secondé.

Et maintenant, le moment est venu d'indiquer les sources auxquelles, pour notre histoire proprement dite , nous avons puisé. L'usage veut , nous en comprenons fort bien la nécessité, qu'un écrivain fasse des notes justilicatives, sous peine de voir mettre la vérité de son travail en question. Homme de tact autant que d'expérience, notre éditeur repousse ce système. Suivant lui les notes, par leur irrégularité et leur empiétement, nuisent au coup d'oeil d'un ouvrage, lorsqu'il est illustré, et, comme celui-ci, imprimé avec luxe. Afin de concilier cette juste susceptibilité avec les exigences de notre œuvre , nous nous sommes décidé à faire un relevé bibliographique des autorités dont nous avons suivi les errements, laissant au lecteur le soin de constater notre exactitude.

Un mot encore, avant de terminer. Beaucoup de Tourangeaux , poètes ou prosateurs, ontacquitté leur dette littéraire envers la Touraine, et malgré cela, contrairement à tant d'autres provinces, celle-ci ne compte jusqu'à ce jour qu'un seul historien. Pierre Carreau et La Sauvagère ont fait, il est vrai, chacun une histoire, mais elles n'ont jamais été publiées. Nous ne possédons en réalité que celle en quatre volumes de ,I.-L. Chalmel. A quoi attribuer ce que l'on pouirait appeler ce délaissement? Serait-ce au peu d'intérêt du sujet, à l'exiguité du pays, à l'indifférence des habitants? Beaucoup pensent qu'il faut en imputer le blâme aux ducs d'Anjou, qui, comtes de Touraine et rois d'Angleterre, nous auraient dépouillés de nos plus précieux documents. Nous avons peine à le croire. D'activés démarches ont eu lieu, dit-on, à ce sujet, non -seulement auprès du gouverneur de la Tour de Londres, où l'on prétend qu'un si riche butin aurait été enfoui, mais encore auprès des directeurs des divers dépôts d'archives de l'Angleterre. Aucune pièce relative à la Touraine ne s'y serait trouvée. L'Anjou seul aurait à réclamer quelques chartes qu'a indiquées Bréquigny. Donc, si nous sommes pauvres, et ce fait n'est malheureusement que trop certain, de matériaux relatifs au régime gaulois , à l'occupation romaine et aux faits et gestes de nos premiers princes en Touraine, cela provient de la barbarie du moyen âge, du vandalisme des Normands , et de la révolution de 93. Le moyen âge, il n'est personne qui ne le sache , fut une déplorable époque pendant laquelle le goût des lettres et des aits , qui régnait depuis de longues années déjà dans les Gaules, s'éteignit poui- ne se réveiller que bien des siècles après sous le nom de renaissance. « Malheur, s'écrie Grégoire de Tours, qui pressentait cette » décadence, malheur à notre temps : vœ cliehus nostris ! car l'étude des lettres a péri » parmi nous et l'on ne rencontre plus personne qui puisse mettre par écrit les évène- » ments piésents. » Les Normands, dans leurs incursions en France , et notamment en Touraine, brûlaient sans merci les abbayes et les monastères, seuls lieux ou l'on recueil-

iMiun)r(vriox

lit ce qui avait trait à l'histoire. La révolution de 93 acheva Itriurc. Aveuiilés parleur fanatisme politique, de nouveaux barbai*es se répandirent de toutes parts, pillant, hrrtlant tout ce qui tomba sous leurs mains, et nous replongeant de la sorte au fond des ténèbres.

Toutefois, si déplorable que soit cet état de choses, est-il bien de nature à nous contraindre au silence ? L'histoire, que Cicéron définit la mcssaycre de V antiquité, n'a pas, comme les mathématiques, de vérités fondamentales. Image de la confusion, elle ne commence, ainsi que la physique, à se débrouiller, que vers la fin du xvi« siècle. Jusque-la, l'extrême probabilité est la seule certitude qu'on y puisse acquérir. « Vide, quœre, duhita,n disait à ses détracteui-s un homme de sens et desprit chaque fois (fu'il prenait la plume. Et c'est également parce qu'il est convaincu (ju'cn pareille matière tout est doute et contradiction, que chacun juge à son point de vue , sans qu'il soit possible le plus souvent dédire lequel a tort, lequel a raison, que le savant et très estimable interprète des ducs de Bourgogne a cru devoir se retrancher derrière cette phrase si connue : «Je n'écris pas pour prouver, mais pour raconter. »

Loin de nous, assurément, l'idée de vouloir qu'à défaut d'événements on exploite les ressources de l'imagination , et qu'ainsi l'on réduise une œuvre sérieuse à la valeur du roman. Mais si, dans le courant de notre histoire, il nous arrive de rencontrei- (lueUpies lacunes, nous ne voyons pas pourquoi il nous serait interdit d'y suppléer; pourquoi nous ne pourrions point , par une étude assidue , par de laborieuses recherches , par de patientes méditations, combler un peu le vide. M. Augustin Thierry nous en a donne l'exemple. Qui oserait réfuter ce système? Qui oserait insister sur les hérésies, les erreurs auxquelles on prétend qu'il entraîne?

Aucun engagement ne nous lie. Passé, présent, et, s'il plaita Dieu, avenir, tout nous appartient sans que nous ayons à en rendre compte a qui que ce soit. Point de parti dont nous dépendions , point de coteries auxquelles nos actions soient subordonnées. Nous sommes libre. C'est assez dire ((ue, prenant notre épigraphe pour devise, il n'est pas un<' ligne de ce livre que nous n'ayons écrite avec courage , conscience et l)om>e foi. (Lommr un jeune écrivain de nos confrères , dont nous estimons les œuvres et apprécions le caractère , — catholique par l'espiit et le cœur, mais aussi , plein de respect pour les autres croyances religieuses, plein d'enthousiasme pour la gloire, d'entraînement |M)ur les hommes de bien, de mépris pour les lâches, de sympathie pour les malheureux, de sollicitude pour les faibles, nous n'avons jamais eu en vue qu'une stnile chose : apporter notre pierre a l'édifice national qui de tous cAtés s'élève , et jamais formé qu'un seul vœu : leboulieur de notre pays !

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