‹ La Touraine, ancienne et moderneChapitre 2 sur 75 · î^ ^ FKKFACK · texte numérisé non relu

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(les Aiiquctii, des Vély, et de ceux qui ont marché sur leurs traces, sont délaissés pour les écrivains piliorcsques qui ont fouillé d'une main habile ol hardie dans le trésor poudreux des anciens chroniqueurs, et reconstruit l'histoire d'après Ie3 récils chaleureux et mouvementés de ces hommes naïfs et consciencieux qui écrivaient, après avoir écouté dans les salles d'armes cfes rois gothiques les confidences politiques des hommes d'État et les récils guerriers des grands capitaines.

Les Barante, les Guizot, les Thierry ont ouvert de main de niaîlro celte roule nouvelle où une foule d'imitateurs plus ou moins heureux les suivent à pas inégaux. Le succès européen de leurs beaux ouvrages a donné l'idée de reconstruire, dans le même genre, l'histoire de France pièce à pièce, pour ainsi dire, et d'en faire un vaste tableau où chaque province vient s'enchâsser, comme les pierres précieuses des mosaïques florentines, avec ses chroniques locales, ses légendes naïves et merveilleuses, ses grands noms* aristocratiques et artistiques, ses monuments, ses ruines celtes, romaines, gothiques, que le temps émiette et emporte, enfin, ses sites reproduits par d'habiles crayons. Cette idée grandiose est d'exécution difficile, car il ne s'agit plus de faire seulement un livre avec des livres. Après avoir compulsé les bibliothèques, il faut aller chercher les traditions locales à leurs sources, étudier les antiquités, détailler les monuments avec le savoir spécial de l'archéologue et le coloris du paysagiste; être ici historien prudent, critique éclairé, et là conteur naïf, orateur éloquent, poëte même en certains endroits, à la manière de M. de Chateaubriand qui dépeint les sites de la Bretagne comme nul autre que lui ne peut les dépeindre.

C'est qu'aussi M. de Chateaubriand est Breton, et que sa brumeuse patrie lui apparaît avec le charme que lui donnent les souvenirs lointains, les amitiés d'enfance. Il l'aime tant» qu'il la voit belle jusque dans ses steppes de bruyères roses, jusque dans les vagues verdàlresqui se brisent en blanchissant contre ses dangereux écueils ; et cette chaleur d'âme qi\'il répand sur des descriptions d'une exactitude sévère gagne son lecteur (|ui se prend ;'i aimer l.» nr<'i.i<jn«' aussi.

PUEFACE. ^^)

C'est que pour bien décrire il faut se passionner un peu, et que rien ne vous met en verve comme l'amour de la patrie.

J'incline à croire que pour bien décrire une province quelconque, il faut y être né ; autrement il y aura toujours dans le travail des réticences et des lacunes. La province, qui ne le cède guère à Paris maintenant en intelligence, n'est pas expansive de sa nature ; elle a retenu les façons réservées de la société ancienne : c'est une belle et chaste femme qui cause familièrement avec ses enfants, mais qui se voile avec une grâce timide devant l'étranger.

M. Stanislas Bellanger, un de ces jeunes savants qui honorent leur patrie par leur talent et leur beau caractère, et qui réunit toutes les conditions voulues pour bien traiter un sujet de ce genre, nous donne l'histoire de sa province natale daiis ce livre-ci. La Touraine, cette délicieuse et fertile province dont la Loire reflète dans ses belles eaux les ruines féodales, les châteaux modernes et les coteaux couverts de vignes, a trouvé ce qu'elle n'avait pas eu encore : un historien pour compulser ses chroniques presque inconnues, un peintre pour décrire ses beaux sites, un archéologue pour exhumer de leurs ruines ses vieux monuments, et un cœur plein d'amour patriotique pour la faire aimer. Et elle méritait bien de secouer la poussière que les siècles ont épaissie sur son écusson, la noble province ! Que de héros ont traversé ses campagnes fleuries ! que de rois sont venus en suppliants au pied de ses autels! C'est Clovis, le Sicambre, qui demande un oracle de victoire à saint Martin ; c'est Charles-Martel qui engraisse ses champs des cadavres de trois cent mille Maures;, c'est Louis XI qui fait du Plessis-les-Tours la capitale de son royaume, et qui met judicieusement la Jjoire entre lui et l'entreprenant Bourguignon; c'est Marie Sluart, la rose de l'Ecosse, qui gouverne un instant comme duchesse douairière le jardin de la France, et qui s'écrie en s'éloignant avec des larmes dans les yeux, qu'elle préfère son beau duché français aux sombres bruyères de son rude et turbulent royaume.

Et puis, ce sont les guerres de religion qui dépouillent les sanctuaires et y promènent le fer et la torche; ce sont les fureurs révolutionnaires qui

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changcnl en écuries les lieux les plus saints, el jellcnl à la porte des palais royaux changés en hospices les vieux genliisliommes blessés dans les guerres du XVUr siècle, et les vieux prêtres qui les servent, afin qu'ils expirent de compagnie sur des grabats prêtés par la misère. Eiiiin, c'est une description des villes de la Touraine , telles que le temps, les révolutions, les lumières et les arts les ont faites.

On le voit, si la matière est riche, elle a été habilement exploitée. Ce livre prendra rang parmi les œuvres' de conscience et de bonne foi. C'est un acte de patriotisme, en même temps qu'une de nos illustrations les plus remarquables sous le rapport vrai.

i/aiuik OnSIM.

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