‹ La Touraine, ancienne et moderneChapitre 43 sur 75 · CANTON DE LANGEAIS · texte numérisé non relu

CANTON DE LANGEAIS

AvRILli, ClÉRÉ, COSTINVOIR, GiZEUX, IsGRANDES, LKS EsSARDS, MaIZIÈRES, SaIM-MiCUEL, SaINT-PaTIUCE.

Cl^Q-MAlis. -- Ce gros bourg, placé entre la rive droite de la Loire et le coteau sur lequel se dressent encore les ruines de Taucien château du même nom, est traversé par la route de Paris à Nantes. Son église, fort ancienne, fixe l'attention des archéologues. L'aiguille en pierre qui la surmonte et lui sert de clocher accuse une hardiesse et une légèreté merveilleuses. Le château, ou plutôt, les deux tours chargées de le représenter, rasées par llichelieu à hauteur d'infamie, et crevassées depuis, par le temps, seraient peu connues, peut-être, sans la sanglante catastrophe qui termina la carrière d'un des seigneurs du lieu, Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars, grand-écuyer de France et grand-bailli de Touraine, décapité, à Lyon, pour avoir conspiré, avec le roi lui-même, contre son tout-puissant ministre.

Hardouin, premier seigneur du nom de Cinq-Mars, dont il soit fait mention dans l'histoire, vivait sur la fin du Xr siéde. De sa famille, le château passa dans celle de l'Ile-Bouchard, par le mariage de Jean de l'Ile avec la fille unique de Barthélémy II, descendant de Hardouin. Après avoir été successivement la propriété des Rougé, des Château-Giron,' des la Trémoille, des de Broc, la terre de Cinq-Mars, vendue à Martin de Ruzé, qui la laissa à Antoine Coëffier d'Effiat, dans le cournnt du XVIP siècle, fut érigée en marquisat en faveur de ce même Henri d'Effiat, grand-écuyer de France, dont nous venons de parler. Enfin, en i768, Armand de Ruzè d'Effiat vendit la terre et le château mutilé au duc de Luynes, qui les fit entrer dans son duché-pairie. Aujourd'hui M. Boisseau, de Tours, en est possesseur.

Sur le revers du coteau qui lui sert d'épaulement, s'élève la fameuse pile, dite de Cinq-Mars, à laquelle, dans notre opinion du moins, le bourg et le château doivent leur nom. De grandes et graves discussions archéologi(|ues ont eu lieu à l'occasion de ce singulier monument. Les plus compétents ont épuisé vainement toute leur science pour éclaircir la question qui le concerne. Hiéroglyphe |iresque indéchiffrable, il verra sans doute jjasser sur son front de pierre bien des siècles encore avant que les hommes aient réussi à pénétrer son origine et son but. Quelques-uns l'ont attribué aux Romains; d'aiftres aux Celtes ; d'autres aux xMains; d'autres, enfin, le font seulement dater du moyen-âge.

Quoi qu'il en soit, cette construction, de forme quadrangulaire et d'un aplomb merveilleux, n'a pas moins de quatre-vingt-six pieds six pouces de hauteur, sans y comprendre les quatre petits piliers qui lui restent, sur douze pieds six pouces de largeur à sa base. L'intérieur n'est formé que de moellons noyés dans du mortier, et le revêtement offre une épaisseur dans laquelle sont entrées, dit-on, jiar évaluation, cent dix-huit mille briques de grande dimension. A peu près au tiers de la hauteur de l'édifice, se voit un cordon de deux rangs de briques faisant saillie, et, entre ce cordon et l'entaldement, onze compartiments rectangulaires remplis de mosaïques, du genre de celles que Vilruve appelle pavimenla sectilia, tracées avec d'autres briques de diverses couleurs. Ce sont ces mosaïques qui, décrivant des demi-sphères entrelacées, des losanges et autres ligurCN géométriques, ont été prises, par M. de Gaylus, pour des écussons.

Langeais. — Cette ville {Alcym'ensis viens, Alingotna), un des premiers lieux de la province où saint Martin soit venu prêcher le christianisme, en y fondant une église, est assise sur la rive droite delà Loire, entre le ileuve et le coteau, et date de l'occupation romaine. Neuf siècles s'écoulent sans que ses annales nous offrent aucun événement digne d'être conservé. Foul(|ues- Nerra, alors en guerre avec Eudes I", comte de Touraine, avait construit, tout autour de la capitale de son adversaire, un cordon de forteresses dont Langeais formait l'un des nœuds. Assiégés par Eudes, le château et la ville furent pris en 99i. En 1199, sans parler ici des seigneurs particuliers de Langeais, sur lesquels, au reste, nous avons peu de notions bien certaines, nous trouvons cette ville au pouvoir d'Arthur de Bretagne, qui en fait don à Robert de Vitré, son défenseur contre Richard Creur-de-Lion. Cinq ans après, lorsque Philippe-Auguste, par suite de la mort tragique d'Arthur, et la condamnation, par la cour des pairs, du meurtrier, Jean-sans-Terre; eut réuni la Touraine à la France, Bobert de Vitré s'empressa de lui faire hommage de. Langeais.

52C ARRONDlSSEiMENT DE CHLNQN.

Sous Louis Vin, celte ville passa au comte de la Marche, qui la rendit à saint Louis, moyennant la promesse d'une rente annuelle de dix mille six cents livres que le roi lui devait payer pendant dix ans. Un concile provincial, auquel assistèrent tous les évcques suffragants, y fut tenu en i'-Ili) par Jean de Montsoreau, archevêque de Tours, et, celle même année, Alphonse de France, frère de saint Louis, à qui toutes les places cl terres confisquées sur le comte de la Marche avaient été données en apanage, vendit le château de Langeais à Pierre de la Brosse, ministre et cluinihellan de Philippe-le-Hardi, dont la fortune fut si extraordinaire, l'élévation si rapide et la fin si mallieureuse. Après la hataille de Poitiers, la ville de Langeais tomha au pouvoir des vainqueurs, qui ne la rendirent qu'en signant le traité de Brétigny. Reprise, en 1427, par les troupes d'Henri VI, elle fut rachetée deux mille cinq cents écus d'or.

Ce fut à Langeais que se réunit lassemhlée chargée par Charles VII, en 14 0, de rédiger les coutumes de Touraiue. Quelques années après, Louis XI donna cette place à François d'Orléans, comte de Dunois et de Longueville, fils du célèbre bâtard d'Orléans, comme garantie de quarante mille écus que le roi promettait pour dot, à Agnès de Savoie, sa belle-sœur. En 1491 le mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne y fut célél)ré, pour ainsi dire, à Juiis clos.

Après cet événement, en quel(|uc sorte le complément du grand règne de Louis XI, la ville de Langeais retombe dans l'obscurité. Aliénés en 1797, la terre et le château qui en dépendent passèrent aux mains de divers propriétaires. M. Baron en est aujourd'hui l'heureux possesseur. L'ancien château, dont les ruines couronnent le coteau , et sont entourées d'un jardin dessiné avec art, fut détruit totalement sans qu'on sache jjar qui ni à quelle époque. Le château actuel date du XIII* siècle, eut pour fondateur Pierre de la Brosse, et est, à notre avis, l'un des plus beaux, nous allions dire le plus remarquable de la Touraiue. Ce que personne ne peut, du moins, lui contester, c'est déporter entier, et presque sans mélange, le cachet de son époque, le grand slyU gothique dans son imposante pureté primitive. L'intérieur répond au dehors. M. Baron, usauf largement d'une grande fort^ine, a fait de ce magnifique édifice, par l'ameublement, un véritable musée.

CANTON DE SAmTE-MAUHE.

Antocsy, Maillé, Marcili.v, Neuh., Nouatre, Ports, Pouray' Pussicsv, Saiste-Maure

Saiste-Catuerise-de-Fierbois. — Deux grandes figuresliistoriques, Charles-Martel et Jeanne d'Arc,] attirent l'attention sur cette commune, d'une minime importance d'ailleurs. Charles-Martel, dit WJ tradition, après sa victoire sur les Sarrasins, les poursuivit sans relâche, ordonna l'édificnlion d'une] chapelle sous l'invocation de sainte Catherine, à l'endroit même où s'arrêta la poursuite, et gratififfl cette chapelle de l'épée avec laquelle il avait sauvé l'Europe et la chrétienté. Jeanne d'Arc, à sooj tour, envoya chercher ce glaive redoutable, lequel devait se trouver derrière le maîlre-aulel , sui^l le tombeau d'un ancien chevalier. Suivant les chroniques de Bouille, la Pucelle serait venue elle^j même en prendre possession, et aurait entendu à Sainte-Catherine trois messes successives. Maitl ce fait ne nous parait pas parfaitement prouvé. *]

Sai>t-Epai>\ — Cette commune, aussi ancienne (|ue considérable, possède une église remarquable^ et une importante seigneurie. L'église, paroisse du bourg, est formée de deux nefs à voûtes ogivales, du XV* siècle, soutenues par des nervures prismatiques. La seigneurie, Montgoger, dont l'étymologie paraît être lUonlgogay ou Monljoyeux, appartenait, en 1433, â la famille Baraton. C'était alors un des plus anciens marquisats de la province. Le 12 février 1502, François de Baralon et sa femme, Antoinette de Sainte-Maure, fondèn^nt et dotéient à perpétuité, pour treize religieux .Minimes, une église et un petit monastère ([ui furent construits dans une pièce de lerre de cinq»' arpents, dépendante du fief. Cet établissement religieux , situé au bas du château, sur le bor<t ' d'un ruisseau nommé Manse ou rivière de Guilboulry, est aujourd'hui tout en ruines. •

Montgoger était du ressort du bailliage et siège présidial de Tours et du siège royal de Chinon. I>e seigneur avait droit di; haute, moyenne et basse justice, droit de voirie, de patronage et de présentation au prieuré de Montgoger, à la chapelle de Notre-Dame-de-Cènes, desservie en l'abbaye.j de Noyers, et à la chapelle de tous les saints, desservie en l'église de Snint-Epain, etc. Cette terre,

après avoir été successivement possédée par les familles de Baraton, de Beauveau , de Burgensis el du Guast, passa, au commencement du XVIIP siècle, à Gabriel, comte de (.Ïhoiseul-Clievigny, en faveur de qui elle fut érigée en duché-pairie, sous le nom de Praslin. Toutefois, elle ne garda pas longtemps ce litre: M. de Clioiseul s'étant rendu acquéreur de la terre de Vaux, ancienne propriété du surintendant Fouquet, et y ayant fiiit transférer son duché-pairie, Monlgoger reprit son ancien litre de marquisat. Aujourd'hui, iM. le comte Arthur de la Villarmoie en est possesseur, du chef de sa femme, Sophie de Grollier, de la famille des Choiseul.

Le château, hàti sur une élévation, était, il y a moins de soixante ans, accompagné de deux très-helles-tours et d'un donjon au milieu, dont les couronnements dépassaient la masse de l'édifice principal, et lui donnaient un aspect fort imposant. Les désordres qui signalèrent les commencements de la révolution, et qui occasionnèrent le pillageet même la destruction d'un grand nombre de manoirs, engagèrent alors les propriétaires de Montgoger à démanteler les tours, afin de diminuer les prétextes qui faisaient agir les démolisseurs. Cet acte, prudent peut-être, mais pusillanime, a fait un tort irréparable au château. Il est environné de vastes jardins bien dessinés, d'un parc complètement clos de murs, et s'il n'offre rien, à l'intérieur, de particulièrement remarquable au point de vue de l'art, on y trouve une chapelle nouvellement restaurée, et dotée de faveurs et immunités par les archevêques de Tours, et même par notre saint-père le pape.

NovANT. — Petite commune riche et agréablement exposée. On trouve sur son territoire l'ancien chcâteau de Brou. Ce manoir, aujourd'hui la propriété de M. le vicomte de Foucauld, eut ])our fondateur le maréchal de Boucicaut, el appartint successivement à la famille de Gibert et à la famille d'Absac. Situe à mi-côte, au-dessus d'une vallée délicieuse, il se compose de trois corps

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