LES CARMES
Louis XI, dauphin, obligé de iuii' la cour, par suite d'une conspirai ion qii il veiiail, coiiinie d habitude, d'ourdir contre son |>èrc, avait pris le parti de gagner secrèlemenl le D.iiipliiiié. Gheinin liU.sjinl. dit la chro-
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nique, il rencontre un carme de Tours, et se lie d'entretien avec lui. Tous deux ils se font, sans se connaître, de réciproques confidences. L'un apprend à son compagnon de voyage que les Carmes, après avoir longtemps habité la Vicillc-Carmcrie (près du Plessis), viennent d'être transférés à Tours par les soins de Regnault GaslincUc, qui les a gratifiés d'une maison dont ils ont fait une chapelle. L'autre imagine la plus lamentable histoire: victime des persécutions injustes de sa famille, il abandonne le toit paternel. Emu, à ce récit, le bon père cherche à ébranler la résolution du jeune homme, à le faire rentrer au logis. Puis, voyant qu'il n'obtiendra rien, qu'il a de trop graves raisons pour se comporter de la sorte, et ne voulant pas que, sans ressources, il puisse mourir de misère, il lui offre sa mule et le fruit de sa collecte, dix écus ! Touché, de son côté, de tant de confiance et de générosité, le fugitif accepte, et promet à son bienfaiteur de lui rendre un jour le tout avec usure.
En effet, parvenu au trône, Louis XI, se ressouvenant de l'aventure, fait mander au Plessis le religieu.\, qui, ne reconnaissant pas son ancien compagnon de voyage, et ne sachant ce qu'on peut lui vouloir, tremble comme la feuille. Le l'oi commence, pour accroître son inquiétude, par lui demander sévèrement s'il n'a pas, à certaine époque, donné des secours à un ennemi de l'État. Le carme, à ces mots, qui lui rappellent le passé, se jette aux pieds du souverain et jure par tous les saints du paradis, qu'en faisant l'aumône à un jeune homme, à un inconnu, il ignorait avoir affaire à un rebelle. Louis s'amuse quelques instants de sa frayeur, après quoi, lui apprenant la vérité, il se reconnaît son débiteur, et déclare être prêt à s'acquitter comme il le lui a promis.
C'est à cette curieuse circonstance, si l'on en croit la légende, que les Carmes durent la construction de leur église et de leur couvent. Le roi poussa la générosité jusqu'à faire mettre chaque jour dix écus dans le tronc de la petite chapelle, pendant tout le temps que durèrent les travaux. Quelques mois après, mécontent de l'archevêque de Boi'deaux, de Montoléon-Rohan, il exigea de lui, comme punition, qu'il décorât le nouveau temple, à ses frais, de vitraux des meilleurs maîtres. Enfin, il fit placer à la clef de voûte, où le temps et la main des hommes les ont respectés, le nom et les armes — un cœur volant en champ d'azur, chargé de trois étoiles, avec cette devise : si'es mea deus — du carme, Gilles de Musset, qui était venu si généreusement à son aide. Il le nomliia ensuite prieur, et le fit son chapelain et son confesseur.
L'église, aujourd'hui paroissiale, se compose de trois nefs d'inégale hauteur, sans transsept, et est terminée à l'orient et à l'occident par une ligne droite. Le collatéral gauche, percé de sept ouvertures, est de toute récente date encore. La voûte en ogive de la nef du milieu s'appuie, d'un côté, sur des arcs en tiers-point, et de l'autre, sur des arcades à plein cintre. Le collatéral droit, en style ogival, de la fin du XV® siècle, est également percé de sept fenêtres en ogive. Une grande fenêtre du même genre en éclaire le chevet.
Les réparations et les annexes faites à ce monument, remarquable sous beaucoup de rapports, en ont déplorablcment altéré le caractère. Il serait convenable qu'avant de réparer les mutilations qu'il a subies, on fît disparaître la lourde maçonnerie dont quelques manœuvres sans goût l'ont chargé dans ces derniers temps.
Indépendamment des vitraux modernes dont M. Thévenot de Clermont a décoré les fenêtres principales, et qui sont dignes de rivaliser avec ce que l'art azitique a laissé de plus beau en ce genre, l'église des Carmes possède deux rangs de stalles en chêne provenant de l'abbaye de Cormcry. Ces stalles, acquises par les soins de M. l'abbé Voisins, et parfaitement conservées, sont, de même que le devant du maître-autel, couvertes de ciselures d'une verve capricieuse et originale.
SÂINT-CLÉMEKT.
Lors du concile tenu en 816, à Aix-la-Chapelle, en confirmation du septième canon du concile général de Nice, il avait été recommandé aux chapitres et aux grands monastères d'ouvrir un asile à tous les pieux pèlerins. C'est ainsi que ceux de Tours fondèrent successivement deux maisons hospitalières, l'une sous le vocable de Saint-Clément, l'autre sous l'invocation de Saint-André, toutes deux se joignant, la première, affectée aux pauvres gentilshommes* venant en pèlerinage au tombeau de saint Martin ; la seconde, aux personnes de condition inférieure.
Enlevée à ses destinataires par le comte Eudes, abbé de Saint-Martin, qui la donna à titre de bénéfice à l'nn de ses chanoines, la maison de Saint-Clément leur fut d'abord rendue en 896, par Robert, frère et successeur d'Eudes. Mais les voyages au tombeau de saint Martin devenant par la suite de plus en plus rares et n'étant guère entrepris que par des personnes riches, inutile pour ainsi dire désormais, on dut l'appliquer à un autre usage. La population du bourg de Châteauneuf s'était sensiblement accrue et réclamait une église: on érigea Saint-Clément en paroisse, et elle subsista, dans son état primitif, jusqu'au milieu du XV siècle. A cette époque, trop petite pour les besoins du culte et le nombre des fidèles, elle fut totalement reconstruite aux frais et par les soins du premier maire de Tours, Jean Briçonnet, qui, né dans cette paroisse, y avait également sa demeure.
On remarque dans cette église le principe bien caractérisé de l'architecture ogivale flamboyante dont s'inspi-
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raient alors les artistes cliréliens. Les piliers, les arcades, les fenêtres, les portes et les voûtes qui forment et ornementent la nef et les deux latéraux, portent évidemment le cachet de la période ogivale tertiaire. Les voûtes, à clefs ciselées et armoriées, soutenues gracieusement par de fines nervures prismatiques, sont dans un bon état de conservation. Il n'en est pas de même des deux portes, principal ornement de l'édifice. La porto occidentale, ornée, à rintérieurj' d'une belle tribune en pierre, avec des fantaisies de la Renaismnce, ii été déplorablement mutpée. Le portail septentrional, avec son parvis ou narthex, est à lui seul un délicieux monument. Tout ce que l'art religieux a inspiré de plus délicat, de plus parfait, s'y trouve réuni : dentelles, festons, guirlandes de feuillage et ciselures. On y respire le plus suave parfum de l'art ogival. Le pilier symbolique sépare en dcu.x la porte dont la couronne est formée de légères découpures flamboyantes qui servent d'encadrement aux armoiries de l'illustre famille Briçonnet. Les panneaux, en bois finement ouvragé, s'harmonisent parfaitement avec le portail.
L'église de Saint-Clément, enlevée au culte en 95, sert aciuellement de balle aux grains. Ne serait-il pas possible de faire, en sa faveur, les mêmes démarches que pour Saint-Julien? Outre que son peu d'étendue^ la rend complètement insuffisante aux besoins du commerce, les mutilations dont elle a été l'objet, les dégradations du temps et des hommes léclamcnt vivement, en son nom, la sollicitude de l'administration supérieure. Elle ne lui fera pas défaut, nous aimons à le croire.