RÉSUMÉ
vailles ; de nombreuses marnières, propres à l'amélioration des propriétés ; des argiles à briques, à poterie, à faïence; do la terre à pipe, de la pierre à fusil, delà craie blanche. On y trouve, en outre, une quantité immense de fossiles, de zoophytes, de teslacés, d'origine lacuslrale ou océanique, irrécusable attestation du séjour prolongé de la mer, des débris de vis, de cames, de burcardcs, de pèlerines ; de vastes couches de faluns, amas informe, mais d'un j^ngrais recherché, de coquilles marines, d'oreilles de mer, d'oursins, de cœurs, dépeignes, avec leurs deux vulves; enlin, des polypiers alcyonilcs fossiles à l'état do sile.v ; des eaux minérales trop peu éprouvées; des grottes à stalactites formant un albâtre dont on pourrait tirer bon parti; des fontaines, l'une pétrifiante, l'iiulrc intermittente, la troisième rougissant les pierres blanches, au bout d'un mois d'infusion ; un étang déposant sur le bois, en le colorant tantôt en brun, tantôt en rouge, tantôt en violet, de bizarres pétrilicalions. Phénomènes étranges, qui frappent les yeux, émeuvent le cœur, confondent l'esprit, et en face desquels on s'écrie avec saint Basile : Et liœc admirabilia sunt — sed quo fado fiant nobis ignotum est
De la naluvc physique, revenant à la nature morale, nous trouvons encore en Touraine de nombreux sujets d'étonnement, d'intérêt et d'étude. On a beau le nier, le pouvoir du sang est incontestable. Il en est des hommes conmie des races d'animaux, elle se perpétuent. Descendants des Phocéens, les Marseillais ont un caractère à eux, qui diffère essentiellement de celui des autres peuples de la France. Ainsi des Tourangeaux. Tour à tour mêlés aux Romains, aux Visigoths, aux Sarrasins, aux Alains, aux Normands, aux Bretons, aux Anglais, ils sont demeurés Gaulois. Seulement ce sont des Gaulois quelque peu déchus de leur primitive origine. Le temps, en moditiant le ciel de leur pays, a influé sur leur personne et leurs mœurs. Les délices du Jardin de la France ont altéré leur vigueur et jeté dans leur âme une invincible propension à ce dglce far nienle des Italiens qui les distingue aujourd'hui des autres peuples du royaume. Ils semblent avoir été bercés au refrain de cette ode à Virgile de Gresset.
Des Gaulois ils ont en général conservé la stature, les cheveux blonds, le teint blanc, la riche et belle carnation, la santé. D'un naturel doux, violents par boutades, bienveillants toujours, affables, polis, affectueux, ils accueillent les étrangers avec une cordialité séduisante. D'un commerce lacile, ils se lient promptenient, se détachent, il est vrai, de même, et sont encore, sous ce point de vue, les instahiles du vieux temps. Leur obligeance n'a point d'égale : leur égoïsme, contraste étrange, est sans bornes. La réflexion, chez eux, paralyse le premier mouvement, généreux d'ordinaire et tout spontané. Du reste, aimables convives, gais, joyeux, spirituels, caustiques, médisants, n'épargnant personne, justifiant le vieux mot : Rieurs de Tours, passant bravement le quart de leur vie à table, ce qui a fait dire d'eux à l'abbé de Longuerue : « Ces gens-là aiment la bonne chère, la bonne pâtisserie ; ils ne songent qu'à boire et à manger. » Jugement un peu rude, quoique sincère. On a dit souvent, et l'on prétend même encore, que la Touraine est le pays de France où l'on parle le plus correctement la langue française; que cette province, sous ce rapport, est pour le royaume ce que sont Séville pour l'Espagne, Florence pour l'Italie, Andrinople pour la Turquie, Dresde pour l'Allemagne, et pour l'.4ngleterre, Londres. Celte assertion nous paraît un peu hasardée. Les Tourangeaux, placés au centre de la Gaule, parlèrent longtemps le gaulois le plus pur; devenus Romains, ils adoptèrent le latin le plus expressif: Français, le séjour prolongé de nos rois épura beaucoup leur idiome. En faut-il conclure qu'ils n'aient conservé ni patois, ni accent, ni formules? Rabelais dota son pays d'une quantité de néologismes qui y sont restés. Verville contribua à les populariser. On dit encore essarter (défricher) ; échaler (abattre des noix ; un bornais (une terre argileuse) ; accoutrer (arranger) ; une droliêre (une jeune iille) ; une couette (un lit de plumei ; des cas (des noix); égailler (répandre); anuit (aujourd'hui); (/ro«?er (agiter) ; marer (remuer la terre) ; métivtr (moissonner); une noce de pain (un petit morceau de pain) ; picote' (marqué de petite vérole) ; un prot (un dindon) ; cironer (tourner) ; croner (pêcher des écrevisses à la main) ; gauler (abattre des fruits avec une perche) ; un godet (récipient de bois pour puiser de l'eau dans une seille) ; un butet (une petite hotte) ; albotter (ramasser du raisin après, vendanges) ; erusser (cueillir des feuilles d'arbre pour les bestiaux) ; guédé (mouillé jusqu'au os) ; fambrayer (faire la litière des établesj ; poignasser (toucher à une chose] ; ma fine, non ! (ma foi, non !) ; un pâti (prairie sans valeur) ; t^ari^Mte (peut-être) ; écosser des pois (éplucher) ; biner (embrasser), etc. De même, on dit vulgairement : la chanvre, la seigle, le lyand (le glandj , la miche, la fouace, le tourteau , un coureux, un eioloneux, un chevau, un animau, vtnbesquiau; etc.
Même observation quant à la prononciation. Point ou peu d'accent à Tours. A Loches, au contraire, à Chinon, à Amboise même, des inflexions de voix sonores, mais traînantes, saccadées ou rapides, monotones et sans euphonie. Comme l'a remarqué Ménage, on prononce : meurier pour mûrier, meure pour mur, Saum£ur pour Saumur, preude pour prude, seur pour sur, lierd pour liard, armouere pour armoire, victouere pour victoire, r)?i?sse pour messe, d'in poilr d'un, moiquié pour moitié, flambant pour flambant, cheux nous pour chez nous, asieure (sic) pour à cette heure, ménuit pour minuit, belouard pour boulevard, la Icune pour la lune, /ret pour froid, i50u.<t mette ytour vous mettez, rot** me iaîVez pour vous me laisserez, un labelier pour un tablier, des paumes de tare, une foucille, dans \e guernier, sous le pressouere, mon p'pa, une gueurnouille, etc. Il est vrai de dire que cette prononciation défectueuse, ces locutions vulgaires, cet archaïsme grossier, ces intonations agajjan-
UESUME.
U'S, pour des oreilles surtout disposées à cnteiiilre un langape, sinon lyii(jue, du moins châtié, i!,r;nnniatiial, académique, sont plutôt parliculio-rs aux habitants des canipagncs ([u'à ceux des villes mêmes. Tonlefbis ces derniers ne nous semblent point professer un purisme assez harmonieux pour mériter, quoi qu'on en dise, leur absolue réputation à cet égard
Et maintenant, nous voici au terme de notre tàclic. iSous avons autant i(u'il était en nous, autant que nos recherches, nos études et nos veilles nous ont mis à même de le l'aire, montré la Tourainc sous tous ses aspects, ancienne et moderne, gauloise, romaine, barbare, anglaise, -française, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Rois, princes, ducs, comtes, vicomtes, barou.s, chevaliers, ont tour à tour passé sous notre plumé. Gouverneurs, évèques, baillis, maires, nobles et roturiers, bourgeois et manants, abbés et c-liauoines, le clergé, l'armée, la marine, le barreau, les sciences, les beaux-arts, les belles-lettres, l'agriculture, le commerce, l'industrie, il n'est rien que nous ayons, volontairement du moins, oublié. Nos travaux ont sans cesse tendu à réunir, à grouper dans l'espace dont nous pouvions disposer, tout ce qui concernait de près ou de loin la province, les villes, les villages, les églises, les abbayes, les châteaux, dont elle se compose, les grands hommes, de tous les pays, de tous les étals, de toutes les fortunes, appelés à jouer un rôle dans son histoire, Gaulois OH Romains, Visigoths ou Rretons, Allemands ou Français, Italiens, Anglais, Espagnols, sous la pourpre, sous la mitre, sous l'étole, sous le haubert, sous la toge, sous la bure. Les monuments, quelle que soit la main qui les ait élevés, quelle que soit la cause (jui les ait produits, quelque soit le temps qui les ait vus naître, ont fait vibrer toutes nos libres, excité notre admiration et mérité nos éloges. Les belles actions, du seigneur, du piiysan, du bourgeois ou du prince, ont ému vivement notre cœur et conquis toutes nos synqiathies, de même que les mauvaises ont provoqué les amers reproches, les flétrissures, le stigmate, dont nous les avons constamment l'i-appées.
Telle a été, nous le répétons, notre marche, tels ont été nos principes, nos seules pensées, nos désirs. Et cependant, une crainte nous reste : avons-nous bien mesuré nos forces à l'importance de l'œuvre que nous nous sommes, en un jour d'audace, chargé d'accomplir? Avons-nous bien, lancé dans l'arène, suffisimmcnt rempli nos obligations?.. On ne nous refusera pas du moins le courage, la bonne foi, l'intention; et si, grâce à Dieu, nous parvenons à conquérir l'estime de nos concitoyens, de nos amis, de notre famille, nous serons largement réctmipensé de* nos efforts.