‹ La Tournée du petit ducChapitre 12 sur 36 · EN BALADE · texte numérisé non relu

EN BALADE

: Ludovic La Frimpe, espoir et décor de l’avenue de la Grande-Armée, perdait en général beaucoup de sa désinvolture devant son patron; M. Staper-Wilson lui en imposait par l’aridité d’un aspect et d’un nom qui l’auraient fait croire Anglais, n’eût été l'éclair dont ses yeux noirs tranchaïent parfois sur son visage ras, et certain sillon au coin de la bouche que Paris, seul, creuse, Avec cela, irréprochablement capa- ‘raçonné par un de ces excellents tailleurs de Londres comme le Languedoc en sait fournir aux bords de la Seine, sombre et parlant peu.

Ludovic occupait chez cet homme indéfinissablé un poste indécis: Tour à tour secrétaire ou chauffeur, voire un peu valet de chambre, il s'y affirmait, surtout, beau-frère. Aussi bien, à qui se fût-il adressé, sauf à Pâquefleurette, lorsqu'il manquait de quelque chose, d'argent par exemple, comme aujourd’hui? Et se rappelant ‘que lors de la dernière attaque, huit jours à peine passés, sa sœur ne s'était pas rendue sans quelque résistance :

— Faudra bien que Île Paquet marche, tout

de même, murmurat-il, sans quoi...

Et l’é légant jeune ‘homme fit le simulacre de Se cracher dans les mains pour les fendre plus habiles, car, chez lui, le frère se doublait d'un éducateur,

Pauvre « Paquet » ! Depuis son enfance, elle

-svait horreur des coups; et dépuis son enfance

on l'en comblait, quand on ne l'en voulait pas accabler.

Comme l'avait expliqué MESURE à Lodi, qui ne s'en souvénait déja plus, 1. tante Jouarre

elle-même, douce à la marmaille, et de qui les menaces de châtiments corporels à ses filles n'étaient jamais suivies de fessées, avait donné à sa nièce autant de taloches que de tartines; plus tard, quand Îa jolie fille sortit d'Écouen pour suivre à Paris un de ces cours de « Beaux- Arts appliqués à l'Industrie » comme 1l ne s’en voit que dans cette ville immense, Mme Jouar. re ne fit que passer la main (si on peut dire) à Ludovic qui extorquait ainsi à Paquefñleutette ses pauwres semaines, et, de mêmes coups, lui enseignait fa supériorité du mâle.

Lorsque Staper-Wilson l’eut levée à la porte

Ce mufle qui la battait,

de son école, il suivit sa fortune en continuant de lui taper dessus à l’occasion, car s’il n'avait

- fréquenté les classes ni d'Ecouen, ni même de

l'instituteur le plus primate (s'étant, aussitôt orphelin, donné le plus d'air possible), Ta forte école du plein air parisien lui avait enseigné ce qu’on doit aux dames.

Pâquefleurette le haïssait sournoisement, ce mufle qui, lorsqu'elle ne se conduisait pas à son gré, la battait avec un flegme ardent et une canne de rotin.

Pauvre Paquet...

— Paquet, dit Ludovic sans autres circonlocutions, j'ai besoin de quatre louis,

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— Tu sais bien, répondit la petite avec douceur, que tu mas tout pris mercredi dernier.

Et depuis, il ne m'est rien rentré.

— Je ne te demande pas de me dire des obscénités, je te demande quatre ous, seize thunes, quatre- vingt balles.

— Oh! j'ai compris; mais je n'ai rien.

— Ecoute, frangine,/tu vois comme je suis raisonnable, je pourrais te demander le fañot complet; et je ne te demande que quatre louis.

— Demande-moi 4 lunes, pendant que tu y es! |

Et Mlle La Frimpe, voyant venir l'orage, leva son coude, faible et vaine défense contre un frère exercé. Puis elle appela les cris à son aide.

— Madame à sonné? demanda la femme de chambre, én entrant.

— Vous, la boniche, fichez-nous Îa paix, en-

joignit Ludovic.

Et il se remit courageusement à la besogne.

— Assez, assez, Ludovic! implora enfin Päquefleurette. Laisse-moi, je vais essayer de les demander au patron.

— (C’est bon, vas-y. Et tâche de ne pas revenir les mains vides ou gare aux miennes!

M. La Frimpe avait de la vocation. Quel dommage qu'il n'rût trouvé encore à l'exercer qu'en famille!

La petite revint presque aussitôt:

— Voilà bleu. Il n'avait pas de monnâie; alors je vais envoyer changer ce billet.

— Ne dérange pas la livrée.

même.

Et, comme une fleur, il cueillit le fafot., Déjà, tandis que sa sœur poussait un soupir, il ga-

J'irai moi-

gnaîit la porte, quand M. Staper-Wilson entra,

plus aciéré que jamais,

Il dit:

— Mon cher Ludovic, ce que vous tenez à la main me dispense de m’enquérir pourquoi

je viens d’être « tapé » par Mile La Frimpe, : et si peut-être elle ne l’avait pas été avant mot.

Jusqu'ici je n'ai pas voulu intervenir dans ces épanchements fraternels, ne Îles croyant dus qu'à la tendresse, Voyant qu’il n’en est rien, je vous prie de respecter désormais Pâqueñeurette. Si j'apprenais que vous vous êtes encore occupé d'elle, cela pourrait ne vous procurer aucun agrément. Non, ne me remerciez pas, Ludovic: à tout à l'heure, après le déjeuner.

Vous ïirez chercher au garage la 30 chevaux

que j'y ai retenue, et vous vous tiendrez avec elle à-la porte.

Quand le jeune homme eut disparu, la nageoire un peu basse, Mile La Frimpe se jeta .au cou de son amant:

— Comme tu es bon, Evenor!

I] faut avouer que le courtier s'appelait Eve

mor.

__— Je ne suis pas bon, répondit- il, je cut économe, C’est pour toi, ce que j'en fais, et

d’abord un Tchèque, du nom de Tsvp, puis un apparemment).

laissa entendre que Mme Jouarre l'avait one

dit-elle en montrant un papier

pour moi aussi, pour que nous ne mañgions pas ta dot d'avance. Là-dessus, comme il va falloir encore s'appuyer le Danube Bleu, va habille pour le déjeuner. :

Les Austro-Hongrois que, depuis une se maine, M. Staper-Wilson pilotait en attendant partie, ne tardèrent pas à poindre un à un:

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