‹ La Tournée du petit ducChapitre 11 sur 36 · LATE · texte numérisé non relu

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périmentée, que je trouve ce Lodi… superflu, Un petit voyage qui la dépayserait, qui lui donnerait le, dernier vernis d'éducation mondaine, voilà ce qu'il lui faudrait.

La mère Jouarre respira, Elle commençait à voir venir.

— Tout justement, je vais Érborties deux ou trois mois en Italie et en Autriche. Voulezvous me la confier pour ce petit tour ?

— Ah! vous savez bien que-vous êtes le maitre ici, des gens comme des choses.

— Vous êtes exquise; nous mettre en route, pour tout de bon, il serait utile que je visse Aminte quelquefois à la maison. Elle n'a jamais fait de voyage sérieux jusqu'ici, que je sache. Tout ce qu’elle en peut savoir, ce n’est que par des camarades, ou par des livres, ou encore par ce qu'ont pu lui faire deviner de petites excursions sans importance, n'est-ce pas ? |

— Oh! tout à fait sans importance, bien sür,

— Il y a donc une foule de détails matériels qu’elle ignore en voyage: de choses à faire ou à défaire, à ouvrir ou à fermer. de * raffinements qui donnent un tel surcroît de prix au principal. enfin vous me comprenez?

— Oh! bien sûr, avec vous autres hommes, il y a tant de menues soies, concéda la douairière non sans une ombre de réserve, que M. Lemarle-Thibault ne laissa point passer inaperçue.

La proposition du botaniste comblait le vœu secret de la douairière. Depuis longtemps elle souhaïitait que son ami reportàt sur Aminte l'affection qu'il avait d’abord montrée à Narcisse,

« Eh, vas-y donc, c’est pas tes filles! » lui eüt-elle dit peut-être dans un autre moment.

Mais elle n'eut garde. Un autre souci lui tenait au cœur. Et puisque aussi bien l’avenir d'Aminte paraissait s'arranger, elle ne se défendit pas de penser au sien et de mettre aussitôt à profit les dispositions bienveillantes que montrait M. Lemarle-Thibault. Tous deux avaient fait trêve un moment.

— Et tout le temps que vous serez là-bas, monsieur Arthur, qui est-ce qui s’occupera pour ici, des impôts, des grosses réparations ? Car les petites, vous savez bien que je m'en charge.

— Bon, ne vous inquiétez pas.

regarde mon homme d’affaires.

— Ah! soupira-t-elle, vous en auriez le cœur bien plus à l'aise si vous aviez mis tout cela en mon nom, ainsi que vous aviez promis, tenez, quand vous m'avez retiré Narcisse du Conservatoire, comme Aminte aujourd’hui.

— Mais, c’est que cette maison...

— Ah! Arthur! Elle me rappelle tant de choses!

« Bon, songea le botaniste, puisqu'il en fau-

Tout cela

dra toujours passer par là, autant vaut tout da

suite. »

mais avant que de.

Et tout are

— Mais, ma chère amie, voilà une heure que je me tue à vous dire d'en venir signer les actes quand vous voudrez; ayant toujours considéré que, maison et jardin, tout ici était à vous.

— Bon! Dites-moi seulement quel jour il faudra que je signe, et quel jour je vous envoig Aminte.

— Maïs. le même, lança M. Lemarle-Thibault, sans sourire. Mardi prochain, voulezvous ?

— Cest à vous, Arthur, à vouloir, roucoula l'ancienne lingère. N'’avez-vous pas toujours

été le maître, depuis que vous m'avez fait.

épouser ce pauvre Jouarre? En voilà un aussi qui vous aimait! Autant que moi, peut-être.

— En vérité? hasarda le botaniste, un peu troublé d’avoir inspiré pareïlle tendresse à un gros homme dans la teinture.

— Il me répétait toujours, en parlant de vous: « Ce garçon-là, nous lui devons tout... Vois-tu, Léontine, si tu lui disais tant seulement: ouf, je te mettrais tremper dans la Bievre. » Et quand vous lui avez fait avoir un emploi aux Gobelins, ce qu'il était fier! La flerté, c'était sa vie, à cet homme- là, et de boire. On peut bien dire qu’il s’est tué à force de travail. Sans compter la naissance d’'Aminte, qui nous a tant fatigués. Vous vous en rappelez, Arthur?

— Je me le rappelle, Léontine.

Mais feu Jouarre le laissait, quand même, un peu froid. Pour le moment, il contemplait sa maison, joliment découpée sous la lune. C'était une assez modeste folie, bâtie jadis par son trisaïeul, le financier Thibault de la Thibaudie-

L'illustre Lemarle-Thibault en avait fait, sous Louis-Philippe, un asile à ses herbiers: et du jardin, sa pépinière. Arthur Lemarle-Thibault lui-même y avait travaillé, sous les yeux de M. de Candolle, avant d’y installer Léontine, Celle-ci régna à la Folie-Thibaudière, et joua bientôt à la dame, selon l’image tout au moins qu’elle se faisait d’une dame, Peut-être même serait-elle devenue une façon de personnage dans le quartier, si l’on n’y avait jugé qu’elle prenait de grands airs, et surtout qu’elle recevait « du monde au-dessus de sa condition ».

M. Lemarle-Thibault, cependant, ayant tourné ses études vers la flore tropicale, la pépinière s'était transformée peu à peu, sans qu'il y mit obstacle, en potager et jardin d'agrément, tan: dis que les boiseries Louis XVI de la maison se couvraient des plus étonnants papiers peints, et d’estampes prépanamites.

Au milieu de tout cela Île botaniste avait” goûté des minutes heureuses. Est-ce que, par hasard, se démanda-t-il, les filles d’aujourd’hui ne vaudraient pas les mamans d’alors?

Mais la lune, tout près de disparaître derrière un toit, es éclairait d’une douceur pareille, De loin, il aperçut Maugis qui continuait

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d'entretenit — des plus flatteuses espérances — la señorita de Rocadazur; Ludovic avec sa ‘tante et Aminte, qui reégardaient jouer, de la tonnelle, une moire d’ argent sur la Bièvre téné: breuse : Plompou qui somnolait doucement, Narcisse enfin, à ce moment même, abordant Mario duc de Lodi. Et satisfait d’être débarrassé de la douairière, M. Lemarlé, songeant ‘au tendre passé, au présent hasardeux, au bref avenir, se prit à sourire avec mélancolie.

Cependant Narcisse, qui avait posé sa fine et longue main sur l'épaule de Lodi, demeurait à le contempler, dans la décroissante Jueur, com: me si elle ne le devait jamais plus revoir, la lune une fois couchée. Et, de sa parole un peu voilée :

— N'est-ce pas, monsieur Lodi, que ma sœur Aminte vous plait beaucoup?

. Sous la double caresse de cette voix et de cette main, le jeune homme eut une espèce de frisson, et ne put que balbutier:

—— Comment, ça $e voit?

— Un peu... ‘Ma cadette sait cacher ce qu'elle pense, mais pas cé qu'ellé sent...

Mario, qui croyait Narcisse plus bête que ça, demeurait interdit.

— Et comme ça, continua la belle fille, c’est la première ‘et la dernière fois qu’on aura le plaisir de vous voir?

— Mais vous l'aurez tant que vous voudrez ét même davantage, protesta le petit duc. Maintenant que Maugis m'a fait l’honneut de me présenter à la douai. à Mme votte mère.

..— Oh! maman, fit Narcisse en riant, on peut se passer d'elle, des fois!

Et ramassant son ample jupe sinueuse, elle s’éloigna.

Le petit duc demeura perplexe,

— Elle est belle, conclut-il en lui-même.

Mais Atminte est la plus jolie.

Îl n'y voyait plus très clair au fond de son cœur. Et la lune ayant disparu, la nuit aussi était tout à fait noire,

Lu Aminte où Narcisse? concetliait Maugis dans le taxi-auto qui Îles ramenait vers des uartiers sinon plus civilisés, du moins plus éclairés, mais toutes les deux ! Et, par- -dessus le marché, cette petite Espagnole qui vous dé-

vorait des yeux, tandis que je m'occupais da

ses jambes et de son avenir, d'ailleurs inséparables l’un des autres.

Quoique dénué de toute fatuité, le petit duc sentait vaguement qu'il #’avait point perdu sa soirée,

— Je ne m attendais pas, dit- il, june Aminte aussi accueillante.

— J'avoue que j'en demeure stupide. Mai’ j'ai Cru comprendre, sans vouloir vous discuter les bénéfices du coup de foudre, que la pau: vre petite est talonnée par l'échéance.

— Que vouiez-vous dire?

A a trouver

— Que son excellente et digne mère la des-

tine à remplacer Narcisse auprès & M. Le. :

marle- “Thibault. La douairière ne permettrait point à son vieil amant de travailler pour l’exportation et d’aller consumer ailleurs ue dans la famille Jouarre les derniers restes d’une ardeur qui ne veut pas ‘s'éteindre. Aminte m'a paru ce soir marquée pour le sacrifice et vous lui êtes apparu, mon Dieu, un peu comme Achille à Iphigénie.

— Pauvre petite! =

— Quant à Narcisse, vous me semblez lui

avoir inspiré un sentiment, sinon noble, au moins direct et clair. :

DA

Aminte ou Narcisse?

.— Lequel?

— L'enviel… Voui, c’est un mot et un mot

à double entente, puisque le désir de Narcisse . né de la jalousie naturelle qu’elle n’a jamais cessé de ressentir pour les béguins d’Aminte Ah! jeune voyageur, vous. voilà bien loti!

— Lodil Lodi! corrigea le petit duc en souriant. Maïs je voudrais bien n’en point rester là et que Cette soirée, gräcé à vous si pleine d’espérances, ne demeurât point sans lende main. Car enfin je crois bien avoir déplu à tout le monde, là dedans, à la mère Jouarre, au lord. protecteur Lemarle- Thibault, à insignifiant Plompou des Rostures, que sais-je encore?

— À tout. le monde, sauf à Narcisse, à Aminte et à Lyda. Je ne vous ai d'atteuss amené Que pour cela.

— Je ne demande qu'à vous croiré, mais

comment faut- il que je m'arrange à présent pour revoir ces trois jolies personnes ?

— Arrangez- -vous comme vous voudrez, mais

ne vous dérangez pas. D'ailleurs de quoi vous inquiétez-vous ? Navez-vous pas invité tout le. monde à diner? à

e LA TOURNÉE DU PETIT DUC qi

— Je crois bien m'en souvenir, mais nous

n'avons pas pris de date,

— Vous eñn”serez quitte pour écrire à Îla douairière et lui fixer un jour. Une fois qué les Jouarre auront franchi votre seuil, laissezléur prendre Pied chez vous et vous les aurez toutes les quatre. Si même j'osais vous tutoyer, je vous dirais, en manière d'impératif cornéie

« Laisse faire le temps, ta faïence et ton Moi »

— L'essentiel est que, déjà, je m'amuse énormément. Et pourtant cette charmante soirée me laisse un regret.

Et cothime Maugis levait vers fui un monocle interrogateur, le petit duc dit, dans un soupir presque sincère :

— Pâqueñleurette n'était pas là!

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