VIIT BUSINESS IS BUSINESS
Pâqueñleurette n'avait point voulu faire Îa paix avec son amant, ni, de tout le déjeuner, lui adresser la parole, mais Staper-Wilson, se rendant compte qu'il avait été exagérément brutal tout à l’heure, eut l'air de ne pas s’en apercevoir. Et ce fut même avec une certaine satisfaction, le moment de regagner Paris étant venu, qu'il la vit monter en automobile avec Alexandrador, et la voiture disparaître sans attendre d’autres voyageurs.
— Elle s’humanise, pensa-t-il avec un victorieux sourire. C’est comme toutes les femmes : il n’y a qu'à lui parler raison.
Lui-même monta en limousine avec Plompou, qui insistait pour jouir de sa compagnie, et Lyda.
La petite Espagnole, sans montrer pour cela plus de sympathie à M. des Rostures, finissait toujours par céder aux instances de ce doux entêté, et l’accepter pour cavalier. Aussi bien était-ce le seul homme de Paris qui prit d’elle un soin continu, sans pour cela en mieux obtenir, jusqu'ici, que les rebuffades qu’elle lui lançaïit, de sa voix rauque et chantante, en ce français de tra los montes, dont Staper-Wilson se divertissait extrêmement. Mile de Rocadazur lui plaisait d’ailleurs tout entière à ce courtier; et il eüt, de bon cœur, pour le lui prouver, mis à profit la bouderie de Päquefleurette. 7
Depuis un an et plus qu ’elle vivait avec lui, il ne l’avait pas trompée une fois, et du
reste sans grand mérite, Car il se sentait le
goût du ménage, outre que la plupart de son
temps se dépensait aux affaires.
Plompou, astucieux, suite :
— Gens sérieux observa-t-il, "ces Autrichiens. De la galette, et de l’expérience, cela se voit.
— Oui, répondit le faiseur d’affaires distraitement : beaucoup à gagner, avec eux.
Il ne disait pas quoi, mais l’autre savait bien que c'était de l'argent. ,
— Le malheur, reprit M. des Rostures, est que c'est chasse gardée, sans doute; et que ce genre de spéculations passe par-dessus [a tête d'un pauvre petit capitaliste comme moi.
— Dans lespèce, expliqua Staper-Wilson, c'est une spéculation sans doute, mais doublée d’un placement.
Il se prit à sourire, car, au fond, c’est « déplacement » qu’il pensait. Mile de Roca-
dazur, qui ne pensait à rien, bâilla. Et son
Jy ramena ‘tout de.
patito, pour le moment oublieux d'elle, s'ex- E
clama avec enthousiasme :
— C’est admirable!
étant de ces gens qui abordent avec la plus invisible méfiance une affaire simple et de facile contrôle, mais sont toujours prêts à se laisser vendre un morceau de la lune.
« Hé! hé! se dit brusquement Staper-Wilson, est-ce que ce ladre ridicule serait à roulettes? Quel pain bénit, de le rouler! »
— Vous pensez revoir ces messieurs? demanda encore Plompou, qui suivit son idée.
Le malheur pour. lui, maintenant, la suivit aussi, tout en interrogeant du genou le haut d’une jambre espagnole, que découvraient beaucoup par en bas des jupes fort courtes et cintrées, révélatrices de mollets irréprochables. &
— Certes oui, je les reverrai, ces Austro- Hongrois. Et vous aussi, mon cher des Rostures, pour peu que vous le désiriez.
— Mais, très vivement! Ces messieurs sont pleins d'intérêt. Le troisième surtout... Portugaleff.
— Portugaleff... le baron Japhet est charmant, en effet; d’un charme... oriental, si l’on peut dire. Mais, quant à leur affaire, vous l'avez dit vous-même, ce n’est pas avec
des peaux de châtaignes qu’il s’en faut mêler.
— Et... cest une très bonne affaire? .
c'est que l'autre,
= OR! très bonne, heu... moyenne, plu
tôt; mais solide, On serait à peu près sûr, et revendant dans les dix mois la moïtié de ses actions, de se couvrir, et, avec l’autre moitié, de jouer sur le velours... de jouer, c’est-adire de toucher des dividendes sur l'usine; du 20, je pense, ou du 25.
Comme ces vieillards mal: tefrais à qui l’on conte des histoires de petites filles, M. des
Rostures avait, à ce tableau, de la salive au
coin de Ja bouche, Das
De das - AS | 3]
— Du resté, poursuivit le tentateur, ça ne ferait jamais, une fois couvert, que du 10 ou du 12 de la mise de fonds primitive.
— Oui, aquiesça Plompou, mieux vaudra
conserver tout le paquet. Et, à votre idée, quel :
est le minimum qu'il faudrait engager, pour être en bonne posture?
— Ah! mon cher, excusez-moi, mais tout ceci est bien professionnel pour en parler longuement devant Mile de Rocadazur... et d'aussi beaux yeux que les siens, ajouta-t-il, en lorgnant ses pambes.
— Le fait est que Lyda a des yeux superbes, répondit M. des Rostures, avec une pointe d'orgueil du propriétaire.
— I] n’y a pas dé quoi vous vanter, déclara la petite,
A ce moment, la limousine s'arrêta devant la porte de M. Staper-Wilson.
— Au revoir, fit-il, en descendant. Et ne vous chamaiïllez pas pour d'aussi petites, — ou plutôt pour d'aussi grandes choses.
Content de son madrigal, il monta, au lieu de s'arrêter dans ses bureaux, jusqu’à l’appartement.
— Madame est rentrée? demanda-t-il à la femme de chambre.
— Non monsieur.
Le soir, madame ne rentra pas davantage — ce qui permit au courtier d'aller diner en garçon — mais de toute la nuit non plus, ni du lendemain, Evenor se sentant « croître nerveux », comme on dit là-bas, s’en fut aux renseignements. Au garage, on lui apprit que la voiture d'Alexandrador n'avait eu ni accident ni panne, et, à l'hôtel, que le Danubien y “était rentré l’avant-veille à son heure ordinaire, pour s'habiller avant diner.
— Seul?
— Mais oui, monsieur, répondit, avec un air de réprobation, le portier, un portier ÿîen majestueux, M. le comte est rentré seul.
Monsieur voulait-il qu’on appelât le valet de chambre de M. le comte? …. Non, monsieur n'y tenait pas. — D'ailleurs, M. le comte avait averti qu'il ne rentrerait peut-être pas de deux jours. — Et il était parti sans bagages? — Oh! (avec un air de supériorité), il devait y avoir des magasins, là où allait M. le comte.
De retour chez lui, Staper-Wilson envoya Ludovic en éclaireur chez Mme Jouarre.
Mais, aux Gobelins non plus, on n'avait nulles nouvelles. Le mystère devenait énervant; et le courtier, irascible, Il songeait de plus en plus à sa badine.
Le lendemain, il se la serait passée au travers du corps; et pourtant, ce n’est pas la marée entière qui lui manquait, comme à Vatel, mais sa maîtresse seule. Il ne descendit même pas à ses -bureaux, et tua la mati-
née en se promenant de long en large dans
leur chambre... Cela n'a jamais fait venir personne.
A midi, Pâquefleurette n’avait point reparu.
Evenor était vert comme le toit de la Madeleine. Il déjeuna, triste et solitaire, puis se décida à faire un tour au bureau où Ludovic attrapait des mouches, en attendant les clients que la chaleur, sans doute, avait fait fondre. Staper-Wilson, devant un courrier nul, s'avisa que la solitude lui pesait. Oui, ce qu’il prenait pour de la jalousie, pour ‘de l'amour peut-être, ce n’était que ce désir d’être deux, qu'un Dieu multiplicateur a déposé comme une graine dans le cœur de ses créatures.
A deux jours de là, ce même besoin discul'avenir de
table d’où dépend l'humanité,
Monsieur le comte est rentré seul
amena le petit duc chez Maugis vers quatre heures après-midi. ; , Le romancier goûtait les charmes de cet état voluptueux qu’il appelait son dernier sommeil: tout autre que Lodi eût essuyé les rebuffades de Fred et connu les tristesses du huis clos. Mais le groom avait des ordres et Mario n'attendit pas plus d’un quart d'heure avant d'être introduit dans la chambre de Maugis qui déjeunait d’une tasse de chocolat mousseux dangereusement équilibrée sur les journaux du matin.
— Faut bien que ce soit vous! grogna le chauve dans le fond de sa tasse. On n’a pas idée de réveiller les gens à l'aube...
ré
Mais Mario, brusquant les choses, cria
— Je vous emmène!
— À |a campagne?
— Presque! Aux Gobelins, là-bas, enfin, à a Folie-Thibaudière où j'ai besoin de vous pour prendre langue avec la douairière, notre belle-mère à tous.
— Je vous sais gré d'avoir pénsé à mot...
Mais ne pourriez-vous pas aborder tout seul cette difficulté?
.— Tout seul? Vous ny pensez pas, Mau- 215!
—— a Jouatre faît péür?
— D'abord, avoua Mario. Et puis; bien que je lui doive une visite de digestion, je ne saurais. comment poser à Mme Jouarre la triple question qui me brüle Îles lèvres, et à laquelle d'ailleurs il vous sera peut-être pos-
sible de répondre.
.. —— Posez d'abord!
— Eh bien! vous trouvèrez tout naturel, je pense, qu'après avoir pris contact avec la nièce, la jeune amié, et la fille aînée de Mme Touarre.
— J'aime à voir, intérrompit Maugis, vous les citez par otdré chronologique!
— ... je tienne beaucoup, continua le petit duc, à entreteñir,,,
— Pâqueñleurette, Lyda et Narcisse à la fois? interrogea Maugis, inquiet.
—,... sinon ces demoiselles, qui me plaisent toutes trois à des titres divers, au moins mès relations avec elles.
— ‘Telle était bien mon intention en vous présentant comme membre actif dans cette famille profitable,
— Alors, vous ne vous étonnerez pas que, réduit depuis la nuit de Boismeudon à la plus affreuse solitude, je sois venu vous demander ce que fait Mile Narcisse, à quoi s'occupe Millie Paäquefleurette, ét ce qu'il advient de Mlle Consolidacion Rocadazur. J’ajouterai une quatrième question, et qui peut-être me tient le plus au cœur : que faites-vous de cette délicieuse Aminte? ”
— Pas tant de Bottin, mon cher enfant, je vous en prié, répliqua Maugis en sé bouchant les oreilles... et laissez-moi d'abord & sérier » les questions, comme le presctivait Descartes (en meïlleur français, d’ailleurs). Grosso modo, je vous répondfai... j'ignore tout des
que
faits et gestes, parfois si agréables pourtant,
de notre commune Aminte.
— Pardon, protesta Lodi... Aminte est la seule de la famille que je n'aie pas.
— Parbleu! cest bién pour cela qu elle vous.
intéresse plus que les autres!
Cependant Maugis s'était levé, Et sa voix arrivait maintenant des profondeurs de la salle de bains, pêle-mêle avec des ruisselle- — d’éponges triturées.
Pendant quelques instants, le petit duc, tout |
de Voir qué Maugis paraissait Fap-
‘assura Maugis..
Je délai dernandé à quelques secondes. *
l'usage. siésage, ue dire, qu'on
et Son confident reparut enfin, dant à con
temporaine dans un peignoir à liseré rouge.
— I ne faut point en vouloir à Aminte,
dit-il, d'en être restée aux premières stations
de la carte du Tendré... Si 1 ee cet infinitif, : ;
— Je ne lui en veux pas. Re er
— Vous avez raison; d'abob, le 1. ne convenait pas à un entretièn plus intime. Et puis la pauvre enfant, comme vous ne l'ignorez point, est üne intéressante victime de Cet: RQ esprit de famille, honneur et fofce des Jouarre! Une tradition, établie par sa sœur aînée, la condamne à réserfver.at seul Mis Lemarle- Thibault la primeur...
— La peste soit dé ce botaniste: qui s’intéresse aux fruits verts! Et avec tout cela, ” je risque fort de n’arriver que le second. |
— N'en doutez point | Je le crains : ne plus que, toute la semaine, je suis résté sans | nouvelles d'Aminte, ce qui me ferait Éruire (ce cochon de Fred a encore interverti a Cat boutons de chemise!) ,..ce qui me ferait croire que l’astucieux vieillard, mis en éveil par notre visite aux Gobelins, pourrait bien avoir pris les devants, si j'ose TERRE ainsi.
Mario blaphéma doulouréusement Re
— Mais vous préndrez votre revanche! ï.
. et autre chosé aussi. a __ Et Narcisse? demanda le petit duc, com- Re me pour changer dé souci. Lies 1.
— Narcisse, je m'en fous!
— Et Lyda ?
— Je m'en contrefous!
M rEh Pâquefleurette ?
— Je m'en gardefous! +: “ Cependant voyant la mine déconfite de Lodi :
Ne vous frappez pas même avec dés flirts, Comme vous lavez fort. ‘justement si pensé, quelques instants de conversation avec la dotairière dissiperont nôtre. quadruple n-certitude ét vous mé voyez prêt à vous accompagner... Le temps de réparer. le désordre de Sue mä chevelure. ?
L'irrémédiable calvitie de Maugis réduisait 4
Le petit duc sourit, puis, se penchant à. da fenêtre, ciia dans le vide de Ja rue hace Ù biges : F
— Remettez le moteur en mate. |
— Vous avez pris un taxi au Fois? demañnda Maugis.. Fe
— Que non point! J'ai fait Yernpiéte d'une 48 HP Douillard-Fourneau 6 cylindres, régu= lation sur Tladmission, châssis en acier émbouti, «quatrième en) prise Muse Enfin vous voyez ça d’ici. es
— Comme si je l'avais faite Mais c'est à
+ à Le