‹ La Tournée du petit ducChapitre 23 sur 36 · EG LY · texte numérisé non relu

EG LY

PLOMPLOU AV

ke

| es viétimes plutôt du cruel destin. Après 1e a déjeuner, Plompou avait proposé à sa plato- - nique conquête une promenade au bord de - d'eau, chose aussi agréable que saine, et qu’approuve l’économie, Le hasard les mena le long d'un bras de la Seine, où des bois so- itaires et le miroir mourant des ondes, l’herbe abondante et le silence composaient un paysage délicieux, M. des Rostures en avait les larmes aux yeux qu'on püt jouir, sans bourse délier, de choses aussi belles; et il choisissait de ces sentiers doux à travers le gazorr, où ne s’usent point les bottines. Cependant - Lyda s’étonnait que ce pays lui rappelât PAndalousie, à force de n’y point ressembler.

— Il fait calor, dit-elle, en s'asseyant au bord de là rivière.

Et ellé ajouta, rêvant tout haut :

__: — Comme agréable serait de se baigner!

+ — Oui, répondit le docile Plompou, s’il ne = fallait pas un costume. '

Presque aussitôt, il regretta ces paroles, qui pouvaient le mener tout droit chez la couturière. Mais Lyda n'avait point encore assez - d'usage pour saisir ces occasions. Du reste, elle non plus m'aimait pas les dépenses inutiles.

— Un ne fit-elle, méprisante. Mais à Guadajara, nous nous baignons como nos mères nous ont faites. quand il y a de l'eau — Quoi! s’exclama Plompou émoustillé, pas du tout de linge?

— No, yé vous dis, la peau.

. — Je fait est qu'ici personne ne passe, sans - compter que tous ces arbres nous dissimulent. * Alors, pourquoi ne feriez-vous pas comme en ,. Andalousie? \

des messieurs avec nous otres… Il faudrait vous en aller.

= M. des Rostures fit la grimace, \ — Et qui gardera votre linge :

— Mais puisque vous dites vous-MÊmes que né passe personne, ”. Jl n’y avait rien à répondre.

: = Eh bien! je vais m'en aller jusqu'à ce coude que fait la Seine, et prendre un bain, moi aussi, Je vous entendrai, si vous mM'appere

- Les choses ainsi convenues, et Plompou dis- paru déjà derrière un abri de saules, Mlle de Rocadazur commença à se dévêtir, besogne assez rapide si l’on songe (et lon pourrait songer plus mal) qu’elle n'avait, sous sa robe de toile bise, zébrée de rouge, que ses bas et une chemise couleur d’or, qui eût rappelé sans doute à M. Staper les dessous de sa perfide amie. Et quand Lyda, trahissant d’un seul coup aux génies du bocage les fruits aigus de son jeune corps, quand Lyda, les bras hauts, les seins dardés et les reins creux, laissa s’envo-

SALE L'or ne .

mes

— Parce que, là-bas, nous ne prenons pas

ler Join d'elle ce tissu glorieux et léger, on eût

dit, à le voir Tics un instant avant de se poser sur le gazon, une de ces nues pénétrées de soleil que le soir; fait surgir d’un ciel couleur de perle.

Ces préparatifs achevés, Mile da Rocadazur entra dans la Seine, après avoir, d’un orteil frileux, tâté l’eau paresseuse; on eût dit une . nymphe (de Jean Goujon, bien entendu) regagant son, humide demeure; tandis que Plomz=

Plompou ressemblait à quelque faune adipeux.

. pou, au même instant, avec son ventre rouge, ses genoux de corde noueuse, ses pieds en éventail, et s’accroupissant pour faire une pusillanimèe trempette, Plompou ressemblait: à un Faune adipeux et à court-pattes, épilé par le doigt méchant des Hamadryades, Mais bientôt, il reprit courage, l’eau n'étant ni froide ni profonde, et, en se dissimulant le long du bord, .

". gagna un bouquet de vernes dont Îles branches

suspendues sur la rivière, au point même où elle faisait coude, devait servir de rideau à la jeune fille nue. La, il regarda longuement à travers le feuillage et se réjouit de ce qu'il voyait.

Ces bras, que l’âge n'avait pas encore engraissés, cette jambe plus riche en ses contours, ce double éperon d’une gorge hardiment bombée, toute cette nudité, enfin, mince, éclatanté et mate, où l'eau rejaillissait durement, semblait-1l, m'était-ce point un spectacle à a fois inédit et gratuit ?

Ah! ce n’est pas lé corps seulement que se rinçait M. des Rostures!

Un pas étouffé le détourna vers la rive, inquiet, jaloux déjà que la baigneuse laissât voir à quelque autre toute cette blancheur dont elle était pétrie, à peine çà et là nuancée de vert, insensiblement, comme l’amande en son germe.

Hélas, c’est bien de Lyda qu'il s'agissait, et de vert pâle! Voici ce qu'il vit sur la rive :

| 3. Un trinardeus de la plus laide apparence,

este et roux, et qui téhaît contre tu, comité une brassée de fleurs, toute la légère dé- -poutlle de Mile de Rocadazur, sur ses vêtements à lui, Plompou, que dis-je? se courbait.… il les ramassait déjà, peutêtre pour les mettre à l'abri de l’humidité.

Un trimardeur de la plus laide apparence.

Les siens aussi : c'en était trop! Poussant un cri rauque, et, rappelant dans son cœutf un Courage quil économisait d'ordinaire,

M. des Rostures, tout nu, agitant ses cheveux, et tel qu'un Aldonduin sur le sentier

de la guerre; M, des Rostures bondit sur le

sol retentissant,.

« Mon frère est un guerrier renommé »,:

se dit sans doute le chemineau, en levant les yeux sur cette étrange figure.

‘Et sans prendre son resté — où plutôt celui de Plompou — il gagna du champ,

Lyda aussi s'était retournée. Elle vit fuir un inconnu, entendit des cris affreux, et, sans rien comprendre ni plus songer au PEN sordre de sa toilette, courut, comme un. autre Campeador, au secours de son compagnon.

— Ïl a tout pris,

linge, et mon chapeau, et mes chaussettes

avec des jarretelles toutes neuves. Il n’a laissé

qu’une chemise, pour nous deux, tenez, ct le veston aussi!

À ces mots, même) apparut d’un seul coup à Mlle de “Rocadazur, qui s'en affaissa sur le sol Que faire, et de quoi lui servait son courage en pareille fortune? T1 n'y avait plus qu’à pleurer, C'est ce qu'elle fit, de tous Ses sombres Yeux, avéc abondance — « comme uné source

24 TOURNÉE re DS

sé courbait.

cailloux qui lui entraïient dans le séa

7 pleurs;

‘1é-Couft,

- l'arrivée de Plompou aussi Touge, Ça n'a pas assez du Bois de Boulo-

. partager le peu de garde-robe qui avant de les y conduire. Lyda se faisait mal

gémissait celui-ci, votre,

la vérité (aussi nue qu'elle

Lente Hola. Fi él étéié si son chagrin qu'elle ne sentait pas le

qui l’herbe sans doute eût offert un “plus.

mol. asile : fessis in gramine, pour citer un. autre vieux. +

M. des Rostures, plus PP rectoills #2 débris de vestiaire que le: chemineau avait semés au hasard de sa course. Cest ainsi qu'il

Lois et, plus loin, son éilet. url ioia encoré, ef. haut d’une haie. sa cravate violette aw.

vent. Il la prit aussi et revint en hâte sur ses pas, sans seulement se vêtir. Mais Lyda il était plus seule, cet RE on Elle était toujours assise, 4 Dares te mais elle n'était plus seule : debout à son côté, les yeux aussi brillants que la plaque qui lisait À” don bras, se tenait. Léonidas Pocholle-Lecul, garde-champêtre de Boissy Et peut-être que cet. homme se serait laissé attendrir'à tout cé qu'il. voyait, sf dévêtu ‘que soi amie, mais moins aimable à la vue, ne Peût soudain rempli d’une furéur lose:

— Ah! c'est comme ça! vociféra- il en dé visageant, si l'on peut dire, ce satyre. à ventre

gne, il faut que ça vienne déshonarer localités honnêtes! Allons, ouste, au poste! ,

C'est à peine s’il leur laissa le. temps dé 4e restai

aux pieds; elle Pre et | Abohane ave

Mile de Rocadazur « fessis in 1 gramine DA - se Wiit à pleurer, .

È 1 te ve ; Es

L 2 cravate violette de Gaëtan, dit Plompou à se faire une ceinture... RE

Of a déjà vu par. duel) hétreux © hasard Lodi et Mougis étaient arrivés à pou pour

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Fons Fe x À a

bus tout arranger, Leurs ‘efforts auprès du maire’ . ayant réussi, la soirée s’acheva, plus gaîment qu'elle n'avait commencé, à la Villa des Amis. M. des Rostures ne prit qu’une part discrète à cette franche cordialité, Et, sans doute, il n'avait pu se dérober aux devoirs de la

reconnaissance. l'intervention providentielle de Maugis et du petit duc l'avait tiré d’un trop mauvais pas pour qu'il ne se crût point obligé de leur faire bon accueil. mais, par un sentiment bien naturel, il leur en voulait déjà de lui avoir rendu service, et leur présence inattendue ne laissait pas que de linquiéter. Qu'étaient-ils venus faire à Boissy-sur-Marne? Et n'y a-t-il pas d’autres lieux d’excursion dans les environs de Paris? Comment avaient-ils appris le secret de sa retraite sentimentale?… D'ailleurs la sincère et vibrante Andalouse ne cachait point sa joie d'avoir retrouvé deux amis qui lui parlaient d'autre chose que de la cherté des vivres, de la difficulté croissante de placer son argent, et de la diminution progressive des revenus.

: Plompou commençait à nourrir des soupçons qui le déchiraient, comme s'il eût été pélican.

Trois trois, déjà, pendant le diner, Lyda avait tutoyé Maugis, et quatre fois Mario! De toutes parts, finstinct de la propriété se réveillait dans l'âme ulcérée de M. des Rostures.

Que füt-ce lorsqu'au dessert, et après avoir |

fait déboucher ‘une bouteille de champagne (la cinquième, compta tristement Plompou), le romancier continua en ces termes un développement hardi sur la jalousie que lui inspirait l'heureux garde-champêtre, auquel il avait été donné de contempler sans voiles les charmes de Mlle de Rocadazur :

— Mais tout cela n’est rien, Ô notre hôte, auprès du légitime orgueil. dont il vous sera donné de vous gonflér, si j'ose dire, quand, vers la fin de septembre, vous verrez le talent et la beauté de notre charmante amie consacrés par l'enthousiasme d’un promenoir en dé-

ire.

— Que voulez-vous dire? MENT tr à la fois Lyda et Plompou, quoique d’un ton bien différent.

# — Je veux dire, reprit Maugis d’une voix

solennelle, que notre présence ici n’est pas due au seul hasard... à

(Aïe, voilà bien ce que je craignais se dit Pilompou qui en sav. it assez sur Maugis pour

ne point le considérer commé un persontiage

épisodique.)

CIE . Je ne suis pas venu ici seulement, accompagné de mon ami Marie-Octave de Lodi, pour vous arracher à l’injuste rigueur des lois, continua . Maugis avec le «plus pur accent du camelot parisien, Non! monsieur, non, made-

moiselle, nous fle nous serions pas crus autorisés à venir troubler votre tête-à-tête...

TA | TOURNÉE DU PETIT DUC ÿ 8e

gr men en

sans vous, aurait fini dans 16 vio-’

4 Qui,

lon, remarqua Lyda,

— Ce petit service que nous vous avons rendu, poursuivit Maugis, ne mérite pas qu’on en parle.

— Mais, si, Piompou.

protesta mollement

mais si,

Debout à son côté, les veux aussi luisants que la plaque..

— Notre ami des Rostures en eñt été quitte pour une forte amende, insinua l’homme de lettres.

-(A cette phrase, les épaules de Plompou se HEbECnE d'un: frisson rétrospectif.)

— Notre charmante hôtesse, ajouta, le petit duc, sera beaucoup plus Sensible, j'en suis sür, aux nouvelles que nous lui apportons.

— Aux nouvelles que j'apporte, mirontonna Maugis, vos beaux yeux vont pleurer. d’allégresse.

— Oh! dites pronto, vite, supplia Lyda que toutes ces précautions oratoires faisaient se tortiller sur sa chaise.

— Eh bièn! ma chère enfant, je suis venu vous annoncer que le directeur de l’Impéria vous attend demain soir pour vous engager à la rentrée... .

I! n’eut pas le temps d'achever, Mile de Rocadazur était dans ses bras et, en phrases, bilingues et éntrecoupées, lui manifestait sa gra-

“20, titude, comme si Plompou n'eût jamais été là! — Ce. cher querido Maugis aimé! balbutiaitelle, et yo qui l'accousais d'avoir oublié ses promesses !

Et elle roulait sa tête brune sur la. large poitrine de Maugis, qui se contentait de lui tapoter paternellement la croupe.

Cependant M. des Rostures faisait les plus louables efforts pour contenir sa fureur. comme le petit duc pour contenir son allégresse.

Non! monsieur, non, mademoiselle, je ne suis pas venu 101.

— Ja joie que je Hs dans les yeux de M.

-des Rostures, ne manqua pas de s’écrier Maugis dès que les étreintes de Lyda se furent enfin dénouées, est la meïlleure récompense que je pouvais espérer.

— Permettez! balbutia Plompou.

— Je ne vous permets pas, cher ami, de m'exprimer une reconnaisance à laquelle j'ai si peu dé droits. trop heureux si je puis être pour Mlle de Rocadazur l’occasion d'un succês |

— Mais croyez-vous, put enfin Re M.

des Rostures, que la PATete CORRE convienne à TydaP

— Si elle me convient! s'écria l’Andalouse outragée.

= Si elle lui convientl répéta Maugis avec autorité, mais vous n'avez donc jamais regardé les jambes de mademoiselle ?

— Et puis, si elle ne vous convient pas, mon vieux, jé m'en fous! s’écria Lyda.

Ft, comme Plompou demeurait stupide, ce qui lui était une attitude familière :

— Mais, mais, croirait-on pas, vraiment, re-

ue TO URNÉE D

pagne?

Ê sursurra Maugis, trant.…

ES

is, déjà installé dans sa baignoire.

plus à cœur, interrogea le petit duc, que d'ac- de

pour lui, Lyda. Nous avons Re à causé,

ie LE

U PET Duc.

it la véhémente As que Se ie erl France pour m'enterrer à.

— Il y a dans les cimetières de province, un charme intime et. péné-

— Partons-nous at nuit? demanda M e de Rocadazur. ue — Ma chère enfant, puisque M. des. Rostures a bien voulu nous inviter jusqu’à “des main chez lui, vous ferez mieux, je crois, de vous reposer cette nuit, après tant d'émotions. — Et demain, nous vous emmènerons tous deux! conclut le petit duc. Sa Mlle de Rocadazur battit des mains. do à M. des Rostures, il eût battu tout le monde. — Je ne vois pas, risqua-t- Ale ce que vous gagnerez à vous exhiber en public. Lie :

— Maïs, moi, yo le vois très bien, répondit * Lyda Séchement. je ” — Elle y gagnera toujours. Lies: re ar douze louis quotidiens pour PE à Maugis, sournoisement bluffeur.

Ah! vraiment? je ne savais pas, Plompou, qui commençait à entrevoir uñ autre aspect de la question. si — Ou je me trompe fort, Son Fa gis, ou l’avisé directeur qu est Nathanaël vou- dra vous intéresser dans son affaire. I. vous L proposera quelques actions de l’Imperia… :

— Et ça rapporte? demanda Pr “quiet. — À Jui, beaucoup! +. action Ja cès des coulisses, des entrées de faveur, fes

Mais je lui en ne mo, de. ac tions! s’écria le petit duc.

Lyda remercia Mario d’un regard nd reux, et M. des Rostures sentit une fois de plus ‘combien ilest difficile d'accorder les choses de l’amour avec celles de l'économie do- 7 mestique. :

…Mais la nuit, qui porte conséil, dat fournit en la personne de Lyda une ample matière à réflexions. ; Ft le lendemain, après deu au mo-.

-ment de monter dans la voiture, il allégua des soucis de propriétaire, “des. obligations qui le forçaient à rester pendant quelques jours à.

la Villa des Amis, pour des réparations “ur-

gentes…. ri “es obligations. foncières, doi! dit Mau

ER Et en avez-vous donc qui vous tinhont <

compagner Mile de Rocadazur?

— Oh! Plompou est bien gentil, répondit,

cette nuit.

— « La douce nuit qui marchel » cita Mau- ae gis. nr. :

— Cochon, vous comprenez toujours à es |

CE

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