‹ La Tournée du petit ducChapitre 7 sur 36 · LL - Savez-vous bien, madame : Jouer · texte numérisé non relu

LL - Savez-vous bien, madame : Jouer

cœur Re honimes..

— Dites donc tout suite d'être l’aînée de mes filles __ — Ça, non, par exemple, on doi répéter trop souvent! Mais a$se que diable! vous êtes 1à à tou toton. Faut-il que je me Je p “un. fauteuil?

— Voulez- -vous ne ja pro rière, Re Én =\Oh]- rassurez-vous, “un pyjama rouge-brique à vue de mes guibolles au g

-voirs.

ANR RE

Ed hontnes dans ur %, à ce n'est pas à nos âges. S

Mme Jouarre constatait onteré que Maugis et elle étaient contemporains, mais le romancier, peu soucieux de ces FARAyIS n'accusait jamais le coup.

— J'espère, madame Tontre répondit-il, évasivement, que vous ne précédez que de quelques instants votre charmante fille?

Mme Jouarre, installée au fond d’une bergère qui gémissait doucement, expliqua, avec uné affectation de dignité assez bien imitée :

— Voyons, tout de même, monsieur Maugis, vous ne pensez pas que je: serais venue comme ça en éclaireuse ?

— Vous n'allez pas, je présume, s’écria l’écrivain, faussement indigné, car il savait à quoi s'en tenir depuis l'entrée de Mme Jouarre, vous n'allez pas m'annoncer qu'Aminte me pose dans sa garenne coutumière, un lapin de plus?

— Ne vous fächez pas, monsieur Maugis… au ’est-ce que vous parlez de lapin! Une enfant qui n'ouvre la bouche que pour dire du bien de vous. Ah! en voilà une qu’on ne peut pas lui reprocher d’être ingratel

— Enfin, elle m'aime tant. qu’elle n’a pas osé venir me dire qu’elle ne venait pas?

La douairière médita un instant sur la subtilité de ce propos. Puis prenant son courage à deux mains et le taureau par les cornes, elle <xpliqua : # -

__ — Justementi.… La pauvre petite à eu si Fra de vous faire de la peine,

— Tandis que cette crainte ñe vous a pas arrêtée, vous?

— Of! je pensais bien que vous commence.

Triez par crier un peu; mais, de bon compte et de bon aloï, vous ne pouvez tout de même pas en vouloir à cette enfant de remplir ses de-

— Je ne savais pas que cela s'appelait aïinsif

Non, laissez-moi parler. qu'Aminte se ballade

où elle veut, je ne suis pas som amant et je . n'ai aucun droit sur elle, mais je désire que

l'exactitude de nos rendez-vous ne souffre point de ses occupations. Car je suis fort occupé, madame J ouärré, je gagne ma pauvre vie et quelques autres à des besognes qui ne supportent pas le désarroi ni l'imprévu; je travaille à des heures indues, maix fixes, Et si Mille

votre fille cadette... ».

-— Mais sapristi, interrompit Mme Jouarre

qui s’'alarmait en songeant aux vingt-cinq louis

mensuels et aux cadeaux de l'écrivain, si vous

ne me laissez pas causer, on ne s'entendra

: jamais! Quand je vous dis qu'Aminte peut. avoir des empèckements sérieux, C'est que c’est - des empêchements sérieux: M. Lemarle-Thi-

bault tenait à l'emmener diner avec lui; vous

€ savez comme il s'intéresse à la petite.

-— Paternellement! insinua Maugis, un peu

ge |. tosse Et comme Mmé Jouarre ne PERS

- pas; il ajouta: j’envie le bonheur de M

De M TOURNÉE BU PÉTIT DUC.

» Le

se. Thibault à qui vous ne envez jamais riem refuser... l'habitude, la grande habitude!

Un sourire mystérieux plissa toute la face de Mme Jouarre qui répliqua, finaude:

— Allez, allez, vous nous en voudrez moins tout à l’heure!

Et sans qu'il pût s'expliquer pourquoi, ke

fine silhouette du petit duc traversa ses espé-

rances.

— Expliquez-vous, madame Jouarre, je ne vous cacherai point qu'Aminte a beaucoup à se faire pardonner.

— Je ne suis pas venue seulement vows apporter de mauvaises nouvelles.

— Il y a un prix de consolation?

— Comme vous dites, et un joli... Ah! c’est que tout le monde vous aime bien à la maison, monsieur Maugis !..

Mme Jouarre ménageait son effet, ponctuaît ses phrases prometteuses de sourires dont ka grosse malice exaspérait Maugis, qui, très S$6rieusement, songeait à lui jeter en pleine figure le contenu de la tasse de chocolat restée intacte sur sa table de nuit. à

Après deux bonnes minutes encore de restrictions minaudières et de crispants « je vous le donne en mille » qui réveillèrent chez som interlocuteur l'âme violente des primates caver-

neux, la douaïitière se décida enfin :

— Th bien! je venais vous inviter à diner chez nous jeudi prochain. &

Immédiatement Maugis sentit tout le prix de cette invitation, où il devina l’occasion tant cherchée d'introduire le loup dans la bergerie.

—— Voilà, répondit-il, une charmante surprise, en ‘effet, madame Jouarre, et rien ne saurait m'agréer davantage. Maïs, je crains:

bien, hélas! qu’il ne me soit impossible de me rendre à votre gracieuse invitation,

— Vous n'allez pas faire ça! s’écria la douai. rière avec un tel accent de désappointement que Maugis comprit qu'il était le clou de la soirée, qu'on avait besoin de sa présence et qu’on accepterait toutes ses conditions.

— C'est que. voilà. bredouilla-441, je me suis déjà engagé.

, = La belle affaire! Vous eti seréz quitte pour vous dégager.

Et comme le machiavélique Maugis acdait un silence circonspect :

— Voyons, ça n’est tout de même pas possible que vous nous lâchiez! Aminte et Narcisse comptent absolument sur vous et Pâquefleurette vous exige! Ah bien. je serais joliment reçue en rentrant si je rapportais un refus!

—= Quoi, s'écria Maugis qui entrevoyait le septième ciel, Narcisse et Pâquefleurette seront des vôtres!

— Et sans personne pour les accompagner répondit victorieusement Mme Jouarre qui savait l’antipathie de Maugis nous MM, Vafre ‘ef Staper-Wilson,

. ati CARRE | ie Love Mais c'est. un diner de gala!

une feinte modestie, seulement ça nest pas tous les jours que je puis réunir tout mon petit monde; Narcisse at Pâguefleurette sont. si occupées...

— Comme le Maroc, acquiesça Maugis, sans que la délicatesse de cette allusion füt sentie par Mme Jouarre gai ne se passionnait guère.

pour la politique extérieure.

rm. Il:y aura aussi, poursuivit-elle, M, Lemarle-Thibault... :

— Qui sera là comme chez vous!

…— Ah si vous disiez vrail Voilà assez longtemps qu il doit me la donner en toute pror, priété, cette maison où je ne suis que locataire! Cest pas qu'il soit exigéant pour le terme, le cher homme! Depuis que j'habite là, jamais ae ne m'a présenté une quittance. Hé .— Cette horreur du geste inutile n'a rien pour me déplaire, concéda Maugis.

Ce disant, il allongea plusieurs directs, du

droit, à son oreiller; puis, s'étant adossé, les

mains sous Ja nuque et les yeux au ciel de lit comme pour le prendre à témoin d’une telle infortune :

— Madame Jouarre, prononça-t-il d'un ton solennel et douloureux, les mots les plus tendres jamais ne diront la félicité que je me forge à m imaginer ce groupement sympathi-

que où je vois comme un pendant à l’Heureuse :

Famille de Greuze, cocu attendrfi; maïs quand vous saurez la raison qui m empêche. Fe

.— Attendez! continua la doudirière en se-.

couant une tête obstinée; il faut vous dire que le but de cette réurion est de vous présenter une petite Espagnole adorable, la nièce d'une amie à moi qui l'envoie à Paris pour voir venir, Un amour! Une taïlle comme Ça, des yeux comme ça…...et une allure à empaumer tous les ‘ hommes... le meneo, comme ls disent B-bas.

— « Menco D luibu auribus, murmura Mau:

gis, qui songéait de plus en plus à son petit duc. Et comniènt se notime cétte ibérique | beauté?

Ça, C'est conne un ait exprès, jamais Je Lie me rappeler de son nom, «Tadilla », peut-être ? ‘Ce ‘serait piquant.

.— - Je vous dis que jé peux pas m'én rappen ler. C'est un nom à coucher dehors.

— Rassurez-vouss si:elle est aussi jolie, que vous me l’affirmez, elle tr ouvera bien à cou cher dedans.

— Sans compter Qu'elle danse à ln posa la tête au hotnimes.. Et si vous voyiez ses jantbes !.... Sa mère, qui sait comme j'ai des relations à droite et à gauche, surtout dans le

. monde bien, :me l'a «envoyée, comme qui dirait en. pension, pour que Narcisse et Aminte IA : promènent «in pet, — Très bon, le footing, très hygiénique.

— Vous avez beau rire, m'sieur Maugis, ad jour d'aujourd'hui les occasions ne se déran-

TLA TOURNER DU PETIT Duc. .

— Oh! nont protesta Mme Jouarre avec

He CAT de ile Ça, rapport à a2 |

cu pas pour venir vous trouver, ie au-devant| Et alors, nous avions pen | Ça que si, des fois, vous pouviez lui un engagement, à cette enfant?

- je ferai tout pour SOURERT

= HT ae ouae, .

bien mal fait comprendre? [3 que je porte à votre jeune ami faire oublier la stricte obligation ÿ trouve de diner jeudi avec un ue du Tonkin:

kin |! 4 — Non, tous les samedis AE Mon at sera à Paris lundi soir; les plus graves in ts. le contraignent à une ‘exactitude ï vip | que: cenest pas un hotune, c'est Je musée ‘6: Horaires! are os Ah! mon Dieu, £e est si sai ds — Ce n’est pas ce que je NAME à notre réndez-vous de jeudi soif télégraphe sans fil, est d'une aie imp A € : que rien ne saurait plus me le faire nue.

Mme Jouarre manquait, heureusement po Maugis, de renseignements sur linstallation d télégraphe sans fl à bord des M. f.. Ge:

allusion aux dernières conquêtes de la Scier l’impressionna au point qu’elle sentit .

. force de l’Inévitable! 2 Accablée, elle se tut: mais ce ‘douloëreu:

silence qui ravissait E Mangis dura peu; elle fi explosion : RE de — Sommes-nous bêtes. ve respect de arler monsieur Maugis{ Il y a un moyen a a les choses!

— Je men vois aucun, hélas!

-— Parce que les hors. ne ne pensée, madame Jouarrel ë — Ah! ça ne m'étonne pas 1 | donc, vois dinez avec votre Tonkinois?

r— Je lai invité .onze fois depuis trois moi partous les courriers, pour cette date précise de jeudi prochain; il m'a répondu quatre fois que je pouvais absolument compter sur. du.

ce qui rend impossible tout avis, contre — Eh bien! amenez-le chez nous, pourrez causer avec lui tant que e x L voudrez après diner:!

— Mais jamais je m'oserais.. !| — Aïlons donc! ça n’est pas: un orçat libéré, votre ami? / — C'est un ri homme € rats Fe Ah? tant pis!

l.— Comment, tant pis?

le cœur si sensible. SA fe — Bannissez toute crainte, édre mère! Mo.

Jeune ami est de ceux oe on pe dit 4 (rien

| qui ne disent pas grand’Chose, Il ne parle qu’en

monosyllabes.

— Une langue de là-bas? | | — Non, c’est du français, mais court; je

veux dire qu'il faut lui arracher Îles paroles.

Et sa timidité a de quoi décourager les pires avances, — Et il s'appelle? Je vous demande ça pour

les menus.

Maugis résista à l'envie d'éblouir Mme Jouarre; voulant ménager au petit duc le béné.fice de révélations successives, il répondit, simplement : a :

— Il s'appelle. Lodi,

— Drôle de nom!

— Un nom de bataille,

— Où il était? |

— Pas personnellement, mais il pourra Île raconter au dessert.

— En tout cas, vous l’'amenez, c'est entendu! Mais voilà une heure que nous sommes à bavarder et je vous empêche de vous lever, Et puis, il va encore falloir que je m'envoie un taxi-auto. Chez nous, c’est gentil comme ça quand .on y est, mais, pour y aller!

— Et le métro, madame Jouarre?

— Oui, parlons-en! c’est plein d'hommes qui vous pelotent. T1 n’y en a pas un pour céder sa place, et cinquante pour vous pincer les fesses! Croiriez-vous, que pas plus tard qu'avant-hier, je me suis trouvée à côté d’un sale type, que si je n'avais pas eu de pantalon.

— Il y a des gens de goût partout.

— Voulez-vous bien! Aflons, au revoir, affreux satyre, À jeudi sans faute, huit heures pour le quart. D'ailleurs Aminte viendra vous rappeler votre promesse mercredi. Et vous savez

si je m’entends à faire une langouste en Belle- -

vue...

Sur cette promesse afléchante, Mme Jouarre

disparüt par bonds successifs, comme il est

prescrit dans le Service en campagne, Une heure plus tard. Maugis recevait ce petit bleu: :

Mon cher guide,

« Les embêtements de ma réinstallation dans l'Hôtel de mes pères (sonnez, fanfares), où je vis parmi des électriciens outrecuidants et des tapissiers mélomanes, ne m'empêchent point de songer aux voluptés que vous m'avez fait entrevoir la semaine dernière. D'autant plus que j'ai risqué une expérience bien propre à me

dégoüter pour jamais de toute initiative per-

sonnelle: j’ai ramené avant-hier de l'Abbaye une jeune femme qui a passé la nuit à me ra-

- conter, dans un argot dont je n'ai plus la clef, - les derniers potins de Montmartre. Je cite ; Més

« maine est toujours avec ce cavé de Cur

« (si c'est pas malheureux)! Tant qu'au (sic), « tant qu'au baron, Pierrette ‘et son homme, « Lagusse, le font en double, salement. Quand « il a besoin d'argent, Lagusse s'amème chez « le bistro du coin de la rue de Traktir et ül « envoie en douce un garçon à la « baronne »

« qui lui dépêche la môme Suzanne porteuse « de tout le pèze qui se trouve à la taule,

& Et puis « y a » Emilienne qui s'envoie « une petite tantouze de chez Palmyre. Son « mari s’en fout, mais Radoline, qu'est chipée « pour elle, râle terriblement ; l’autre jour elle « lui a fait une scène de jalousie, au bar des

-€@ Ambass! c'était crevant.… »

« Ayant tout dit, la douce enfant a respiré

ün demi-litre d'éther et est tombée dans un

sommeil malodorant mais agité dont je pense que mon chauffeur a dû la tirer ce matin, Ah! mon coup d'essai ne fut point un coup de maitre!

« Ce faux départ ne fait qu’accroitre mon désir de connaître cette famille Jouarre en qui je mets toutes mes espérances; je ne rêve que ’Aminte, de Narcisse et de Pâquefleurette et fé me sens prêt à leur consacrer toute une vie d'honneur, de travail, de, etc.

« Un mot, je vous en prie, pour entretenir

l'enthousiasme de votre affectueusement recon-

naissant,

& Mario, »

Vu répondit à Marie-Octave, dut. de Pie dès le surlendemain soir :

« Mon cher petit Duc, « 1 m'est rien de tel qu’une inaction réso-

lue pour mener à bien les plus difficiles en-

treprises.

« Vous êtes invité à diner jeudi soir chez la

douairière, où vous trouverez réunies: Aminte, Narcisse, Pâquefleurette, additionnée d’une jeune Espagnole, aussi ravissante que suréroga-

toire. Dieu bénit les nombreuses famillesi Ne:

me remerciez pas; je n'ai rien fait pour amener ce résultat qui, grâce aux dieux, passe mon espérance. Venez me prendre chez moi jeudi vers sept heures; je vous expliquerai pourquoi vous vous trouverez dans l'obligation d’être à la fois rosse et monosyllabique, au moins en présence de la douairière.

« Et soyez sûr de votre succès auprès des quatre; le seul four que le duc de Lodi puisse noire est ce four. in hand.

‘ Adieu, ce mot lâché me fait rougir de on |

« Irrétrécissablement vôtre,

« Henry Maucis. »

TT

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