M\'. — LES MUSÉES ET L ENSEIGNEMENT CLA.SSIQUE
longieiii[ts comme un domaine réservé aux érudits, la connaissance, depuis plusieurs années, s'en est peu à peu répandue parmi nos collègues de l'enseignement secondaire, grâce aux nombreuses et brillantes découvertes des voyageurs et aux leçons spéciales de quelcjues professeurs au Collège de France, à la Faculté des Lettres, à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, déjà aussi dans certaines Facultés de province. On a reconnu qu'il y avait là toute une littérature, une littérature lapidaire, comme nous l'appellerons, et qui présente autant d'intérêt que d'utilité, non seulement pour les philologues, mais encore pour les hommes de goût.
Premier avantage : Youlez-vous avoir une juste idée de l'orthographe deCicéron, qui n'est pas toujours inditîércnte [>our l'étude môme de son style? Les plus anciens manuscrits du grand orateur ne pourront guère vous répondre, car ils sont de quatre ou cinq siècles postérieurs à sa mort. Entre Cicéron et le plus ancien de ses copistes, dont nous lisions aujourd'hui l'écriture, il y a peut-être huit ou dix transcriptions successives. Qu'on se figure Froissard, ou même Rabelais et Montaigne, reproduits en un texte inqtrimé selon l'orthographe de notre temps : .quelle difTérencc de physionomie entre la rédaction originale et la copie de nos imprimeurs modernes! Un autre exemple et plus saisissant fera comprendre ce que nous voulons dire ici. Nous ne possédons des charmants récits de Joinville que des manuscrits datant d'un siècle ou d'un demi-siècle au moins après l'auteur ; et c'est d'après ces manuscrits qu'on en a fait toutes les impressions ([ue nous pouvons lire, excepté une. Il existe une trentaine de chartes originaires de la chancellerie du célèbre sénéchal de Chamjvignc, et ces chartes représentent certainement la forme la plus exacte du français qu'il écrivait ou que des secrétaires écrivauMit
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SOUS sa dictée. Va\ éliKliaiil ces pn'ciciix documents, un de nos maîtres, M. Nafalis de \\'ailly,a pu restituer et remettre sous nos veux la veritalde laiiLiue de .loim illc, jus(jue dans 1(> di'Iail de son ortlioi^raplie. Pour retrouver la langue et rortho^M';ij»lie detlicerou. (|ue faudrait-il doiu' ? des eliai-tes contemporaines de ICeriNaiii latin, des documeuls ipii n'aient pas subi linévitalde altération dont les textes ont à soutîVir d'âge en âge sous la main des calligraphes. De tels documents existent, en petit nombre sans doute, sur des marl)res ou des bronzes dont nous avons l'exemplaire original et contemporain, ou peu s'en faut, de Cicéron luimême. J'en pourrais dire autant des cliefs-d'œuxre de la littérature grecque. Aucun exemptai ic imprimé de Sophocle ou de Platon ne représente pour nous la forme précise du texte que lisaient au cinquième ou au quatrième siècle avant notre ère les admirateurs de ces grands artistes. Qu'on jette les yeux sur les marbres qui nous ont conservé des lois, des décrets, des inscriptions dédicatoires de leur temps, on sera parfois effrayé de la nécessaire infidélité de nos copies modernes. Elle est si grande (|u"il faut renoncera la corriger comjdètement, même d'aj)rès les meilleures autorités, sous peine de dérouter les lecteurs.
Mais les inscriptions antiques ont pour nous un autre avantage plus précieux encore. 11 y en a des centaines qui sont de véritables documents historiques, souvent assez longs ; des centaines, qui nous conservent le souvenir de moniiiuiMits détruits, ou (|iii liL^nreiil sur des monuments encoi-e debout de Tart auti(|ue. Or, les inscriptions du bon temps, surtout les inscriptions dédicatoires, sont, jiour la jiliipart, des modèles de précision et de clarté, même dans leur brièveté elliptique. On y trouve, appliquées avec une paifaite correction, les principales règles de la grammaire, telle que la pratiquent les meilleurs écrivains.