LES MUSÉES [ET L'ENSEIGNEMENT CLASSIQUE
Je viens de parcourir les principaux musées de Paris avec un excellent guide, M. René Ménard (2), bien connu des amateurs pour son grand savoir en toute matière d'art et d'antiquité. 11 m'était naturel de m'arrcter avec lui de préférence dans les salles du Louvre et de l'hôtel de Cluny, où figurent en si grand nombre les monuments grecs et romains, et je ne puis dissimuler que j'ai eu là quelque déception. M. Ménard sans doute n'a pas songé à remplacer par un volume, môme par un volume de 700 pages, tous les livrets spéciaux qu'on achète à la porte de nos précieuses collections. Quelquefois, dix pages de son livre résument tout un de ces livrets ou catalogues. Mais n'y a-t-il pas certains sujets qu'il effleure à peine, quand il ne les passe pas tout à fait sous silence? S'il mentionne rapidement les principales inscriptions égyptiennes et grecques exposées dans les salles du Louvre, il ne dit mot des nombreuses inscriptions latines qui entourent ou illustrent les monuments romains. L'artiste a trop oublié que tous ces textes méritaient aussi l'attention des visiteurs, soit qu'ils expli-
(1) Journal des Débats du 7 novembre 1881.
(2) Les Curiosités artistiques de Paris, Versailles, Saint-Germain, guide du promeneur dans les musées, les collections et les édifices, par M. René Ménard, ancien rédacteur de la Gazette des Beaux-Arts, auteur de la Mythologie dans l'ait ancien et moderne. Paris, 1878, iu-12. Librairie Delagravo.
'25i L\ TUADITION ET LES RÉFORMES.
([iR'iil l;i destiiialiuii des iiiomiimMils où ils sont j^i'avés, soit qu'ils rappellent des œuvres dont nous ne possédons plus ([ue la dédicace. Oue Tauteur me [)ardonnc ces regrets de liraniniairien et d'humaniste : j'étais, en le lisant, tout pré- ()cciii»é de questions universitaires et des réformes de notre enseignement classicjiie, et je nie Iroiixais iiuliiil à raiipclcr au jml)lie combien seraient utiles pour rinstructiou de la jeunesse tous les textes lapidaires devant les(juels elle passe le |ilus souvent avec iuililVéï'cnce.
Je; sais bien que nous avons, pour les inscri])tions grecques du [^ouvre, un assez bon catalogue rédigé par M. Froeliner : pour les grecques comme pour les latines, le grand ouvrage du comte de Clarac. Mais ces deux ouvrages, le second surtout, ne sont j)ointau courant des nouvelles ac- ([uisitions du Musée, et ils ne sont guère à la j)orlée des simples visiteurs. Or, si les élèves de nos lycées doivent désoiinais, eoninie ou le conseille à leurs maîtres, s'instruire en ])arcourant quelquefois nos salles d'antiquités, ils auraient vraiment besoin, j)our le faire utilement, de quelques notions élémentaires sur la valeur de tous ces textes lapidaires, encastrés dans les murs ou gravés sur la face même des tombes, des autels, des vases anti([ues.
On me permettra donc d'expliquer là-dessus ma pensée avec franchise, et de remonter un peu haut |)our la faii'e comprendre.
Le latin et le grec (ju'ou ('ns(Mgne dans nos classes, c'est la langue des auteurs, la langue des livres d'élite, celle par exemple d'Homère ou de Xénoplion, de Virgile ou de Salluste. Mais le grec et le latin ne sont pas seulement rej)résentés aujourd'hui pour nous par des poèmes, par des discours, par des récits historiques ; ils le sont encore par des milliers d'inscriptions déposées sur les monuments de la Grèce et de Rome. Et ces inscriplious, (pii lurent tenues