‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 166 sur 205 · XXIII. — LE GREC EST-IL MORT? EST-IL MOURANT · texte numérisé non relu

XXIII. — LE GREC EST-IL MORT? EST-IL MOURANT

concours de bien des esprits zélés et courageux pour Télude de la langue et des antiquités de la Grèce (1)? Or, depuis treize ans bientôt ce concours ne s'est pas un instant ralenti ; au contraire, il tend à se développer.

A diverses reprises, le Comité de l'Association ouvre des discussions sur des sujets de son ressort. Au moment où les débats allaient commencer dans le nouveau Conseil supérieur sur la réforme de nos métbodes universitaires, il n'a pas manqué au devoir d'en délibérer; une commission choisie parmi ses membres les plus compétents a rédigé, pour être soumise au ministre et au Conseil une Note (2) qui, nous avons lieu de le croire, n'a pas été sans influence sur la décision d'après laquelle le commencement de l'étude du grec, d'abord reculé jusqu'à la Troisième, a été finalement placé dans la Quatrième. C'est un succès dont il faut savoir tenir compte si l'on songe avec quelle vivacité Tesprit d'innovation s'attachait à l'idée des trois cycles formant chacun un ensemble : le premier, de la Neuvième à la Septième ; le second, de la Sixième à la Quatrième ; le dernier de la Troisième à la Rhétorique, avec l'année complémentaire et finale de la Philosophie.

Que nos professeurs de grec, jeunes et vieux, se rassurent donc en se comptant. Us forment une assez belle armée avec les simples amateurs qui se plaisent à les encourager, avec les Hellènes et les philhellènes qui les soutiennent non seulement de leurs vœux et de leur estime, mais quelquefois aussi de leurs libérales souscri[)tions.

J'ai parlé du philhellénisme. Celui de nos contemporains, que l'on y prenne garde! n'est plus le môme que le philhel-

(1) \ Qiv \ai Notice publiée par M. G. d'Kiclitlial claus V Annuaire do 1877.

(2) La note est signco de M. Hodolplio Darcstc, conseiller à la Cour de (Cassation, savant traducteur de Démosthône, et de M. Alfred Croiset, maître de conférences à la Faculté des lettres.

It'iiisiiiiî de 1821. Les Chjiteaulii-i.iiul, les Esnard el les Villemaiii avaient devant eux une Grèce en haillons, toute souillée de san^- et de [)()udre, toute couverte encore des stigmates de l'ancienne servitude, et dont les héros souvent ne savaient ni lire ni écrire. Les choses ont hien changé: nos philhellèncs aujourd'hui ont pour cliente une nation pleine de vie, déjà formée aux mœurs, aux études comme aux amhitions de l'Europe occidentale. Ces clients-là ne sont pas toujours dociles aux conseils de leurs protecteurs ; ils ne prati([uenf ])as très correctement le régime parlementaire; ils ont beaucoup d'autres défauts dont le princijjal est encore de n'être ni assez puissants ni assez riches; mais enfin, ils font revivre une langue que l'on croyait morte pour toujours, et ils assurent à notre étude du grec ancien l'à-propos d'une sorte de nouveauté. Dans les écoles du j)etit royaume hellénique, ce n'est pas le grec vulgaire c{ue 1 on enseigne, c'est le grec de Sophocle et de Démosthène; c'est celui-là aussi qu'on s'efforce d'écrire dans les journaux et de parler à la tribune, etl'ort souvent malheureux, je le crains, mais qui trouve son excuse dans l'admiration pour de glorieux souvenirs. S'il réussissait, — et je connais de bien nobles esprits qui se complaisent dans cette espérance [ï), — le grec que nous enseignons dans nos lycées, ne serait plus une langue morte, mais une langue vivante ; (jui sait même? une langue destinée peut-être à servir de lien entre l'Orient et l'Occident civilisés. Cette; belle illusion ne reste pas enfermée dans un cercle étroit de philhellènes ; elle a pénétré dans l'enseignement de nos collèges, et plus d'un professeur la fait luire aux yeux de ses élèves pour animer leur zèle à l'étude des chefs-d'œuvre du grec classique. J'y résiste pour ma part, non sans regret ; mais je re-

(1) G. U'Eiclitlial et Rciiiuri, De l'usage pratique de lu langue grecque. Paris, ISCi.

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