XXIV. — GRAMMAIRIENS ET LITTÉRATEURS
bien dilïé rentes de celles qui tendent à dominer chez nous depuis un demi-siècle. Il y a des exemples qui gardent peu d'autorité, quand tout change autour de nous, dans les mœurs et dans les institutions. On aurait donc pu, lorsqu'on rétablit l'agrégation, ne créer qu'un ordre d'agrégés pour les classes, depuis la Sixième jusqu'à la Rhétorique. Toutes, en effet, exigent une littérature solide, une vraie connaissance des deux langues anciennes, le talent et le savoir nécessaires pour intéresser les élèves à l'explication des auteurs, pour corriger avec sûreté leurs compositions écrites. La Rhétorique seule demande peut-être en surcroît un certain talent de parole, car elle forme le lien entre l'enseignement des lycées et celui des Facultés. Or, déjà l'usage administratif est de n'y pas élever sans distinction tout agrégé des classes supérieures des lettres; on en fait d'ordinaire la récompense de ceux qui se distinguent par un talent particulier pour la critique littéraire. Youlait-on consacrer ce mérite par une épreuve spéciale, il suffisait d'exiger que, pour arriver à la Rhétorique, le professeur eût obtenu le grade de docteur ès-leltres.
Toutes ces objections contre le régime actuel des concours circulent depuis longtemps parmi nous ; beaucoup d'excellents esprits en reconnaissent la justesse ; mais voyez quelle a été la force de Thabitude. En 1852, sous le uiinistère de M. Fortoul, un fâcheux esprit de défiance avait conduit à supprimer la division des agrégations en (|iialr(> ordres el les avait toutes réduites à une, oi^i la tli\efsilé des vocations pouvait seulement se faire connaître par le lihre choix entre quelques épreuves spéciales dans les concours (1). Quatre ou cin années d'expérience suffirent à
(Ij Voir, dans le Journal rj&nâ'ul île r Instruction publique du 7 .idùl KS,"»;', le Rapport fait, au nom de la commission d'enquête, par M. D. Xisanl, Rapport dans lequel on remarque l'omission des coul'crenccs pour la section do
332 I.A TRADITION KT LHS HÉFORMES.
nioiitror (|ii'(Mi de Icllcs conditions ni ri"]col(> Noriniilc ni les candidalni't's du didiors no fonrnissaicnt pins des prolesscnrs sérieux ponr elia(|iie spécialité do renseignement; on ne trouvait plus à recruter ni l)ons pi'olesseui's d"hisloire, ni bons professeurs de pliilosophio. L'iMisoiuiionienl des lettres soulTrait moins peut-être, mais il soulTrait encore (fil 110 loII(> uniformité de préparations et d'épreuves. 11 fallut donc revenir au ])rincipe de concours dilIV'ronts. Par où commença-t-on alors? Ce ne fut ni parla jdiilosophio ni par Thistoire, qui pourtant avaient, plus cpio les autres, besoin de vocations et de préparations particulières. On songea tout d'abord à rétablir une agrégation pour la grammaire: c'était flatter un préjugé trop commun et trop fort, au lieu de le combattre, comme l'occasion s'en présentait pour la seconde fois. Je sais bien tout ce (pi'on pouvait justement dire en faveur de la sé[)aration ainsi renouvelée des deux concours. D'aboid, tous les espi'its m; sont pas également faits pour insli'uin; l'enfance et pour instruire la jeunesse; puis les épreuves de grammaire étaient d'un accès jdtis facile an\ modestes professeurs réduits à se préparer seuls, dans de petites villes de province, et privés des secours de tout genre, en maîtres et en livres, que l'École Normale oflre aux beureux privilégiés, devenus ses pensionnaires ; cMilin. (pu* serait un concoius où vlendi'aient figurer doux cents candid.its an moins? car c'est le cbilîre (jne dé]>asse aujouidluii le nombre total des candidats aux deux agrégalions. Mais toutes ces difficultés tendent cba([ue jour à disparaître. L'utile et féconde institution des conférences dans nos Facultés, ci celle des boursiers externes qui s'y rattacbe étroitement, multiplient, en doliois do ri"]cole Normale, les moyens d'éludé i)oiir tous les
grammaire à l'École Normale. Le même Journal contieut (18 septembre liib'2} le règlement nouveau et couformc aux couclusions du Rapport.