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XXIV. — GRAMMAIRIENS ET LITTÉRATEURS

du concours, soit même dans Ja profession, on se résignait à une certaine infériorité. Les humanistes ne se défendaient pas de quelque dédain pour les simples grammairiens, et je voudrais pouvoir affirmer que les juges mêmes des concours aient assez réagi contre cette disposition à partager en deux familles les professeurs de lettres dans nos lycées : une famille de grammairiens, que l'on dispensait d'avoir ou au moins de montrer de Tesprit, et une famille de littérateurs, gens d'esprit avant tout, que l'on dispensait de savoir à fond la grammaire des langues anciennes. L'antithèse paraîtra peut-être dure, et je ferai aussi large qu'on voudra la part des exceptions et des nuances. Ne viens-je pas de dire que beaucoup de grammairiens sont appelés à faire des classes de lettres et qu'ils y réussissent? J'ajoute que plusieurs d'entre eux ont gagné avec honneur le titre d'agrégé des lettres, quelques-uns môme le titre de docteur; que tel de mes anciens élèves s'est élevé avec succès jusqu'à l'enseignement de la Rhétorique, d'oij il est sorti pour exercer les fonctions d'inspecteur. Au sein même de l'École, la dignité des grammairiens s'est fort relevée, grâce à l'estime croissante dont ils se voient entourés. Les programmes du concours auquel on les prépare exigent d'eux des connaissances plus solides et plus étendues, et leur inspirent une juste ambition de s'honorer comme professeurs, comme philologues éditeurs et commentateurs. D'autre part, beaucoup d'agrégés des lettres ont fait preuve de savoir et de talent dans les études philologiques, et quelques-uns, pour venir de la province dans un lycée de Paris, ont consenti à y devenir professeurs de grammaire. Le mal que je signale tend donc à s'atténuer mais il a dans l'esprit public et dans nos règlements des racines trop profondes pour disparaître, si l'on n'y apjiorle pas un remède plus efficace que de simples palliatifs ; ce

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remède, dans l'état actuel de; nos études universitaires, me semble ressortir des conditions mêmes qui sont de plus en plus imposées à TenseigneintMil (\i"< Iaii^:ues classiipics. Il consisterait, je le dirai avec iVancliise, a iriinir en un seul concours les a^irégations pour les classes d'humanités et pour celles de grammaire.

Je sais que la division de ces deux ordres d'épreuves et des capacités qu'elles confèrent remonte au\ origines mêmes de l'agrégation, et (ju'on la trouve consacrée, en 17GG, dans le règlement constitutif du concours (1). Mais (|ue de choses ont changé depuis ce temps-là! Et l'ancienneté devait-elle faire loi, (piand ces concours furent rétablissons la Hestauration, apr-ès un intervalle de temps signalé par de si ))rofonds changements dans la société française (2)? En 1706, les docteurs (Kjrégés que l'on créait pour subvenir aux besoins des collèges après l'expulsion des Jésuites étaient des maîtres es arts; les futurs agrégés de giaiiunaire étaieni admis depuis l'âge de dix-huit ans; ceux (I humanilés, depuis l'Age de vingt ans; ceu\ de philosojdiie, depuis l'âge de vingt-trois ans; et la pliilosopliie alors, avec la logiqiu?, la métaphysicjue et la morale, compi'enail la physique et les mathématiques. L'histoire n'avait pas d'agrégation spéciale. Je n'insiste pas sur le détail des programmes et des épreuves poni' elianiii des tiois concours. VjW génfM-al, l'esprit littéraire dominait dans l'enseignenienl, (le|>nis la Sixième jus(pi a la Kliel()ri(|ue : et si les .lesuiles (|uillaient la France, ils \ laissaient elie/ leurs anciens élevés, chez Jeui's l'ivauv et siieeesseurs, {\v> liaditions

(1) Charles Jourdain, Ilinloire de l'Université de Pari:;, aux dix-sopticiiic et dix-liuiticme siècles (18G2-18GC, ii»-f"J, 1\, c. ii.

(2) Voir dans le Code universitaire, d'A. Hendu. 8"" cdit., ISK!, in-8, la si'tIo des actes qui ont d'abord rcMaMi vw princijji', [)nis remis (mi pratique les divers concours d'agrégation.

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