XXIV. — LE DOCTORAT ES LETTRES
sites d'outrc-Rhin nous offrent, pour ce défaut, un correctif bien facile, un exemple peu coûteux à imiter. Là, chaque thèse se termine d'ordinaire par une page où le candidat signale huit ou dix questions très spéciales de critique philologique ou d'histoire, sur lesquelles il s'engage à répondre. (Jui empêcherait les doyens de nos Facultés de changer en règle pour nous un si commode usage ? Ont-ils besoin pour cela de provoquer un arrêté ministériel? De même, nos programmes et nos exercices d'agrégation se sont fort améliorés depuis dix ans et par la seule bonne volonté des présidents et de leurs assesseurs. Je n'ai ici que l'embarras du choix entre les exemples ; il en faut citer au moins un. De tout temps les candidats au concours de grammaire ont dû se préparer à l'explication de textes français. D'abord on ne leur a demandé de répondre que sur des textes classiques; quelquefois on a osé les convier à lire du Montaigne ; de hardiesse en hardiesse, voici qu'on les fait remonter jusqu'à Joinville. L'autorité supérieure n'y a pas contredit, et vraiment elle a bien fait, car ainsi l'histoire de notre langue a pris place là où jadis elle était presque inconnue ; et, chose singuhère! cette explication, si redoutable en apparence, d'un texte français se trouve être celle où les candidats réussissent le mieux. 11 en ressort une leçon, c'est que certaines études sont d'autant plus profitables et môme attrayantes, qu'elles coûtent plus d'efforts. 11 est bon de ne pas fatiguer les jeunes esprits ; mais, au lycée comme ailleurs, en ménageant trop leurs forces naturelles, on les expose à s'endormir ou à se dissiper sans travail sérieux.