‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 193 sur 205 · XXIV. — L'ENSEIGNEMENT SECÛNUAlHl!: SPECIAL · texte numérisé non relu

XXIV. — L'ENSEIGNEMENT SECÛNUAlHl!: SPECIAL

lui ont assurée les travaux de son père, dût-il môme les continuer pour s'enrichir plus encore. De là l'attrait qu'exercent invinciblement nos études classiques, et qui tient à un des meilleurs sentiments de la nature humaine.

Il faut encourager tous les essais qui ont pour objet de constituer à côté de nos lycées, mais surtout en dehors de nos lycées, un enseignement moyen entre les études classiques et des études plus appropriées aux besoins de tant d'esprits justement jaloux de s'élever, mais dont la portée ne peut s'étendre à des spéculations littéraires trop variées. C'est l'objet que se sont justement proposé le ministre créateur de l'enseignement spécial et les fondateurs de tant d'établissements qui, soit à Paris, soit en province, s'ouvrent à une jeunesse laborieuse, mais destinée à d'autres carrières que les lettres, l'administration, la médecine et le droit. Mais on ne doit pas s'étonner que les maîtres souvent hésitent dans le choix et l'application de leurs méthodes, et que les familles flottent souvent indécises, entre l'éducation qui mène à nos grades de bachelier et celle qui prépare seulement à la variété des carrières lucratives, sans assurer aux études l'honneur si recherché de nos vénérables diplômes universitaires.

11 y a surtout un sujet d'étude sur lequel bien des débats s'engagent, c'est le latin. A l'Ecole de Cluny, on Fa d'abord désiré ; puis, après l'avoir obtenu, on s'en est découragé, et linalement, je ne sais si les derniers programmes adoptés pour cette partie de l'enseignement réussiront à l'accréditer d'une manière utile. 11 nous est pei-mis néanmoins de l'espérer, et je voudrais dire jioui-quoi nous le souhaitons.

A cet égard, les écoles allemand(>s dont le régime était si bien étudié et apprécié naguère par mon collègue et ami M. Bréal, ne sont [)as dans la même situation que les nôtres. Le latin, en Allenuigne, restera toujours, quoi que l'on fasse,

3ii L\ TnAniTlON ET LES REFORMES.

iinn liiitiiio sav;inl(\ plciiK^ de richesses incomparables |MMir les amis de la lielle littérature, mais bornée, dans la pratique, aux communications enti-e lettrés et savants de profession. En matière de latinité, les souvenirs de ce prrand pays, si Ton exce])t(^ ses frontières sur le Hliin, ne remontent pas au delà du moyen àge^. Le fond des dialectes et des littératures y est purement germaniqiu^. Un fermier de la Saxe ou de la Silésie, un industriel de Hambourg ou de Leipzig ne trouve pas autour de lui le moindre souvenir de Rome, de ses institutions et de son langage.

Il n'en est pas de môme pour la France. Depuis plus de deux mille ans que les Romains y ont mis le pied, le latin y a pris racine; il s'y est si bien implanté, propagé, sous rinflucnce d'une civilisation supérieure à celle des Gaulois nos ancêtres, que notre langue est, pour les quatre cinquièmes de son vocabulaire et pour toute sa grammaire, un dialecte néo-latin. Jusqu'au quinzième siècle, le grec n'y figurait que par une soixantaine de mots qui même avaient été tous latinisés avant de devenir français. Le tudesque (comme l'appelait Fénelon) ou élément germanique n'y a pénétré qu'avec les invasion bai'bares: le gaulois n'y a laissé que des traces confuses. Plus de G,(JOO inscriptions latines antérieures aux Mérovingiens, témoignent, sur notre sol, de cette forte et pénétrante occupation de la Gaule par les Romains. Partout nos ch.àtelains en trouvent autour de leurs habitations; nos fermiers les font sorlii- de teire en labourant leurs champs. Nos instituteurs primaires, souvent et dans les moindres localités, ont sous les yeux des témoignages écrits de la vie romaine. Le premier historien et le premier géographe de notic j^ays n'est auln* que Jules César. Quand les liénédictins commencèrent leur Histoire littéraire de la France que continue rAcadémie des Inscriptions, et qui est un des grands monuments de notre

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