XXIV. — LE BACCALAURÉAT SPÉCL\L
chargé d'enseigner. On a compris que notre civilisation moderne est en rapport trop étroit, par les idées, par les langues même, avec la civilisation gréco-romaine, pour que Ton puisse être un bon professeur de lycée spécial sans avoir traversé, comme élève, les épreuves de l'enseignement classique.
Voilà donc le nouvel enseignement pourvu, comme on dit, de ses organes, en possession du terrain sur lequel il doit se mouvoir, des diverses carrières qu'il doit suivre. 11 a déjà des concours d'agrégation qui lui sont propres, qui fonctionnent, un peu péniblement, il est vrai, depuis plusieurs années, et dont le jeu va devenir de plus en plus efficace pour le recrutement des maîtres. Il est même question de créer pour lui une licence, qui sera l'intermédiaire entre le baccalauréat spécial et l'agrégation. Désormais, l'administration s'engage à lui assurer le plus tôt qu'elle pourra des établissements distincts de nos lycées et de nos collèges classiques, ce qui ajouterait à son indépendance et à sa dignité. Rien ne manquera donc à ce dernier venu dans la famille universitaire; il a son droit de fraternité officielle auprès des humanités classiques. C'est à lui d'y faire honneur. Les élèves, certes, ne lui manqueront pas. D'une part, le grec et le latin ne sont pas en faveur auprès des amis de l'éducation ntihtaire; ceux-là jusqu'ici ne fréquentent nos écoles d'ancien régime que parce qu'ils ne voient pas d'autre moyen de figurer en gens bien élevés dans le monde. Si les autres écoles parviennent à former des hommes vraiment aptes aux professions agricoles, industrielles et commerciales, et en même temps assez ornés de belles-lettres pour tenir honnêtement leur rang à côté des houimes engagés dans les professions dites libérales, le courant se portera de plus en plus vers les nouvelles écoles de l'État, comme déjà il se porte vers les
écoles lihros, snscilôos ot diritrécs par lo iiuMiic esprit d'innovation. Dantrc part, nos vieux lyctM^s oi colli'ges ne regrcttei'ont pas trop les générations d'iiKlillérents ou de rebelles ([ue des familles souvent ignorantes s'obstinaient à maintenir sur nos bancs. Héduil à sa véritable clientèle, renseignement classique, avec des auditoires moins cliargés d'élèves, sera plus libre de ses mouvements, plus sûr de son action sur la jeunesse.
Mais ici se présente une autre face de la (juestion (jui vient d'être bardimeul résolue |)ar les réformes de Tan dernier et par celles de l'année présente. Nous avons, je l'espère, salué d'assez bon cœur nos jeunes rivaux. 11 est temps de songer à l'honneur et aux intérêts de leurs aînés, les humanistes. En ce moment il y a concert de zèle pour le succès des réformes décrétées en 1880 et mises en pratique dans le cours de l'année scolaire qui vient de linir. Au nouveau, tout est beau, dit le proverbe, qui en vieillissant n'a rien perdu de sa vérité. Les promoteurs du mouvement se sont joyeusement engagés dans la carrière; les défiants ont suivi par discipline, par amour du devoir ; mais leur déliancc pourrait bien être sage en quelque mesure. Il est bon d'y songer. Kn même temps que l'on s'efforçait de mieux armer l'enseignement spécial, n'a-t-on pas unpeu désarmé l'autre? Ou phitùt ne l'a-t-on pas surchargé d'un bien lourd bagage? Les sciences matliéniati([ues elles sciences naturelles, les langues modernes s'y soni fait une bien large place, et ont daulant resserré celle (|iii restait pour les langues anciennes. Celles-ci avaient j)eul-étre abusé de leurs droits ; on les en a cruellement punies.
Les discours latins et les vers latins se sont vu exclure avec une rigueur passionnée, qui parfois pouvait bien faire sourire les praticiens de l'ancienne méthode: car, enfin, ils se rendaient compte que ces exercices tant maudits