XXIV. — LE BACCALAL'RliÂT SPÉCIAL
d'affermir, car il répond en définitive à des besoins très sérieux de la société française. On connaît le rapport fait par M. Gréard sur ce sujet devant le Conseil académique ; je souhaiterais bien que ce rapport fût lu et médité par nos professeurs de tous les degrés dans l'enseignement. On peut louer beaucoup, sans être suspect de flatterie, le savant vice-rectfiur. 11 a depuis longtemps fait ses preuves d'administrateur et de publiciste ; mais ce rapport est, entre toutes ses œuvres, un véritable modèle. L'histoire, la statistique, le sentiment de tous nos devoirs en matière d'éducation s'y trouvent dans le plus heureux accord. Je suis loin d'être un statisticien; mais j'ai connu, dans une longue et douce intimité, le regrettable Jtdes Bienaymé, qui fut si longtemps à fAcadémie des sciences le rapporteur du concours de statistique et qui, dans ses rapports annuels, marquait avec la plus heureuse précision les vraies conditions de cette science délicate, surtout dans son alliance, souvent nécessaire, avec la morale. Je ne doute pas qu'il n'eût applaudi de cœur aux pages où M. Gréard interprète et anime les chiffres de la statistique en père de famille, en véritable instituteur de la jeunesse. On ne pouvait mieux défendre et justifier la pensée qui inspira le législateur de 1805. Oui, ne craignons pas de le redire, entre l'enseignement primaire et l'enseignement traditionnel de nos lycées, il y avait place pour une insti-uction aj>proj)riée à une classe nombreuse de notre population scolaire. Depuis plus de deux siècles, cette idée circulait, essayait de se faire jour, de se donner un nom. Elle avait fait, sous celui de bifurcation, une tentative malheureuse; il fallait qu'elle se relevât de cet échec, et depuis quinze ans elle s'en relève, non sans embarras, non sans défaillances, mais enfin elle se relève. Espérons qu'elle ne sera ni contestée, ni combattue.
Une commission, dont la présidence avait été sagement
et libôralt'incnl confire! ;i ]\I. Diiriiy, a pr(''|tar('' en vingtquatre séances le travail trune léorganisalion de renseignement spécial; ce travail a été soumis au Conseil supérieur de rinstruclion puMicjue dans sa dernière session, oii Ton n'a pas pu en achever Texamen, mais où Ton a du moins préparé le texte du décret qui affermit les bases et détermine le caractère du nouvel enseignement.
En déterminer le caractère, là était le plus dilTicile d'une tàclic pour laciuelle les commissaires s'associaient en parfait accord de bonne volonté plutôt que d'opinion. Chose singulière et que j'ai souvent eu l'occasion d'observer, les plus sincères défenseurs des humanités ne sont pas toujours les humanistes, mais leurs collègues les professeurs de sciences abstraites et de sciences naturelles. Mieux que personne, on dirait qu'ils sentent ce que vaut, pour la culture de l'esprit, l'étude des lettres et même des lettres anciennes. Us sont heureux de voir que la connaissance du latin au moins est toujours exigée pour le diplôme de bachelier es sciences, et je m'assure qu'ils n'ont pas vu sans regret des humanistes voter de bonne grâce le titre de Baccalauréat spécial pour des épreuves oii le latin figurera tout au plus comme instrument d'étymologie.
Ce regret sera peut-être atlouci j)ar la tolérance accordée aux élèves de l'enseignement spécial de se faire iiiitiei' au lalin par des répétitions cjui leur faciliteront l'accè's du baccalauréat es sciences. D'ailleurs, et Dieu merci, en bornant aux langues modernes l'instruction littéraire de l'enseignement spécial, on n'a pas voulu ([ue les maîtres de cet enseignement fussent étrangers à toute étude des langues anciennes: en exigeant le l)accalauréat es lettres pour l'entrée dans la section littéraire de l'École normale de Cluny, on a consacré de nouveau ce principe que le maître doit savoir plus que ce qu'il est expressément