XXIV. — LE BAGGALAUUÉAT SPÉCIAL
<lii baccalauréat es letlres, pour faciliter le passajîe d'un régime à l'autre.
Eu outre, ceux de nos élèves qui, en octobre dernier, au sortir de la Septième, sont entrés dans lanouvelle Sixième, y ont apporté un certain bagage de latin ; ceux qui, de la Cinquième, ont passé dans la nouvelle Ouatrième,y apportaient quelques notions acquises de la langue grecque. Ils ne seront donc pas des produits purs de la nouvelle méthode. Pour apprécier l'etlet de cette dernière, à la rigueur, il faudrait une période de sept à Jiiiit ans, car d'ici là les candidats qui prétendront an litre de bachelier auront tous ou presque tous subi l'action du précédent régime. Jusque-là, cette action ne pourra être appréciée que par les examens de passage, procédé excellent en lui-même, et qui depuis longtemps figure dans les règlements universitaires, mais n'y a jamais eu l'efficacité qu'on pourrait en attendre. Il sera désormais pratiqué avec plus d'ensemble, avec une plus juste sévérité, car il est temps qu'on en fasse la sérieuse épreuve; mais il rencontre encore bien des obstacles dans la volonté des parents qui, par mille détours, trouvent moyen d'éluder la sévérité consciencieuse des juges de leurs enfants. En tout cas, on voit combien il est ditricile d'établir dès aujourd'hui quels sont les bienfaits du régime ([ui vient d'être inauguré.
Un moraliste exigeant pourrait aussi demander si l'opinion publique se rend bien compte de ce que l'on continue d'ajqieler éducation libérale et carrière libérale; et ici. j'aurais voulu pouvoir c(''d('r la plinnc au bon cl ingénieux Bersot, si fin ap|tr<''cialeur des nuances h's pbis délicates dans les choses de la vie. Sommes-nous bien sûrs (pie l'aduiinistratioii, la niagislraliire, le barreau, les l'onclions militaires et les fonctions religieusiis, soient les seules carrières auxquelles prépaie notre enseignement, de moins en Egger. 23
3o4 LA TUADITION ET LES REFORMES.
moins pi'ivilégio, des luim;iiiit(''s classiques ? 11 n'est jias lacilt' tle clrfmii- cl (\v ranger, comme dans un cadre à comparlimenls. Ic> divers exercices de I activité liumaine (|iii reclauicnl une l.n\L:e culture de l'e^iiril et du cuHir. A vrai dire, pt'ii de lonclions sociales échappeul à ce besoin; mais il de\ieiit de |)liis en plus impérieux chez tout homme a|ijtele par >e> dcNoirs, par ses ambitions légitimes, à dii'igei' en (piel(|ue mesure la conduite et les tia\an\ d un gr'onpe de citoyens. On cherche en Nain a éviter ce mot de classes dirigeantes : l'expérience et l'hisloire nous l'imposent, et tout ce ([ue l'on peut faire, c'est de tenir lai'gcment ouvertes les entrées de celte inévitable aristocratie. L'ensemble de nos lois récentes sur l'insti-uction à ses divers degrés tend à obtenii- cet henrenx etl'et : de lécole primaire a Tecide secondaire, de c(dle-ci anx écoles supél'ieures, il rend les tiausifions de plus en [dus faciles pouila jeunesse luMinète et laboriense. Peut-être n(> faut-il |>as trop exiger (pie ludre enseignement classique traditioiuud se retranche dans ini i-'olenienl peu modeste; mais encore faut-il lui assnr(!i- les nioxens de pri'pai-er sans relâche 'à une nation telle que la nôtre des recrnes dhommes fortement préparés à devenir de sages ])romoteurs, de constants l'égulateurs du progrès social.
LA LATIMTÉ MODERNE
EN FRANCE ET EN ITALIE (l)
Le spirituel Joubert a dit : « Craindre de passer pour « un pédant dans Li profession de renseignement, c'est être « un fat. » Ou'on me permette de m'auloriser de lui pour parler une fois encore du latin et des épreuves qui Tattendent dans notre Université, à propos du savant italien pour qui le latin a été l'objet de constantes études et d'un culte presque religieux. Je ne sais pas un de mes collègues à qui le nom de Tommaso Vallauri ne soit ou ne doive être particulièrement vénérable (2).
Depuis que sont décrétées les réformes qui ont soulevé tant de discussions dans la jiresse cl dans le Conseil supérieur de rinstruction publi([ue. on dirait que le temps est venu des doléances et des oraisons funèbres. Nos immanistes relèvent leurs morts et pansent leurs blessés. Les vers latins sont perdus, nous dit-on, puisque Ton n'essaiera
(1) Journal des Débals, du 7 octobre 1880.
(2) Thomae Vallaurii inscriptiones, 1 vol. ia-8. Turin, 1880 — Letlere ch illuslri scriltori a Tommaso Vallauri, 1 vol. in-8. Turin, 1880.
plus «loM l'ciire (pit' pdiir Ic^ ([iiciixcs de l,i LicoiU'c et dos agrégations. Le dist-oiiis laliii iir s(" imhIc piii'ii^ iniciix : exclu du liaocalaiircat, il li'st en inèinc li'in|)s do nos Uhôf(ti-i([iios avec son nourricier le Concioii^'s. W faudra pourtant liion (|ii(' les rliotoriciens gardent (|Ui'l(juo habitude d'écrire en latin s'ils veulent devenir des |>rofcsscurs de langues aiieiennes. La iompositio7\ latine les y préparera. î*our cela le tlirnie reste nécessaire, et l'on n"a pas pu lui refuser le droit de se maintenir. Tant de pertes certaines ou douteuses seront-elles coinponsé(;s par la vertu de Texplication, soit préparée, soit improvisée? Les vrais latinistes n'osent guère l'espérer. \i\\ tout cas, les professeurs qui ont si vivement réclamé contre les exercices écrits en faveur des exjdications orales, et qui ont obtenu gain de cause, ont remporté là une victoire dont ils ne prévoient |>eut-élre pas les consé([uences. Ce ne sera pas chose lacile pour eux dexplicpier iitib^nent en une heure plusieurs pages de Salluste, de Tite-Live, d'Horace ou de Virgile, et d'intéresser à cette étude l'attention des écoliers. La difficulté pédagogique se déplace, elle ne disparaît pas.
Quant à la traduction du latin en français, on a ini |ieu trop oublié (ju'elle ne sert j»as unicpuMiienl à mieux connaître le latin, maisà mieux savoir notre langue, elcpi'elle <'\(itt; les jeunes esprits à un travail par le([iu?l se développent leurs meilleures facultés dinvention et de logique. La réflexion et rexpérience feront bientôt ressortir cette vérité; elles aideront à corriger le défaut inhérent aux nouvelles méthodes. En général, nous nous sonunes beaucoujt trop accusés nous-mêmes et nous avons avec trop de complaisance invoqué des excnqdes qui nous étaient mal connus. Je doute (pien Allemagne on approuve notre aAersion si biinanirncnt exprimée pour le thème et pour les exer-