‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 200 sur 205 · XXV. — LATINITÉ MODERNE EN FRANCE ET EN ITALIE. 3:J · texte numérisé non relu

XXV. — LATINITÉ MODERNE EN FRANCE ET EN ITALIE. 3:J

cices de composition, soit en \ei'S, soit en prose. Le latin est une langue morte, à la bonne heure. Mais s'il est mort pour le plus grand nombre des Français, il ne l'est pas pour tous ceux qui s'élèvent au-dessus des simjdes éléments de la science et de la littérature. Pour ceux-là il est encore. si4'on sait en user avec quelque liberté, une langue commune et très propre à relier sans effort les savants de Stockholm, de Rome et de Xaples, ceux de Saint-Pétersbourg, de Berlin, de Paris et de Londres. Les sciences naturelles et surtout la botanique lui trouvent des qualités précieuses, et même, si elles ne l'emploient pas pour l'exposition de lois générales, elles ne cessent de lui emprunter des termes précis et clairs pour leur nomenclature. La philosophie (je me permets de le dire au risque de mécontenter mes amis les philosoplies) devrait dédaigner moins la belle langue de Cicéron et de Sénèque. C'est pour l'avoiitrop négligée qu'on la déclare incapable de suffire aux spéculations de la pensée moderne. Surtout en morale et en esthétique, je m'assure que les philosophes romains ont au moins le mérite d'une riche latinité, et je verrais avec regret que l'on exemptât nos jeunes docteurs ès-lettres d'écrire en cette langue l'une de leurs deux thèses. Je le regretterais particulièrement pour les thèses d'histoire et de critique littéraire ; car, en vérité, on se demande ce cpii manque au latin de Cicéron, des deux Sénèques et de Ouintilien pour exprimer môme les nuances les plus Unes de nos jugements en ces matières.

A cet égard, ne confondons pas les tours de force d une imitation laborieuse avec une pratique qui devient presque naturelle aux esprits pourvus d'une solide culture des langues anciennes. Le premier des deux recueils de M. \allauri peut nous aider à faire sentir cette diiVérence.

L'usage du latin pour les légendes de nos monuments a

été longtciii|ts iiiiiNcrsel ; |>tM<oniie ne s'avisait d \ contredire. Ce fut même, on le sait, l'origine de la « petite Aca- « demie » qui ost dcYcnue avec le temps l'Académie des Inscriptions cl lîcllis-Lettres. Elle n'était d'al»ord (ju'une commission de (| ni lie memjjres tirés de lAcadémie française poui" s'occuper specialcinent « des devises et médailles « de Sa Majesté. » Les esjirits chagrins se moquaient bien parfois de voir tant de latin gravé sur la pierre et sur le bronze, où la j)lupart des lecteurs français ne pouvaient le comprendre. Mais la tradition ne s'en maintenait pas moins. On sentait que de tels textes, s'ils n'étaient guère compris de la foule, {"('laicnl, en revanche, de tous les étrangers un peu lettrés. 11 y a quel(|ues années, vous auriez lu encore sur l'ancienne place Saint-Michel, au-dessus d'une fontaine, ce joli disticpie de Sautcnil :

Hoc sub jnonte siios reserat snpientia fontes. Ne tamen liane ptcri respue fonlis aquam (1).

Les porteurs d'eau et les ménagères du quartier ne s'inquiétaient guère de savoir si cela voulait dire : fontaine d'eau dArcueil; mais il ne de|)laisait pas à l'Université d'y voir célébrées les doctes eaux de l;i montagne Sainte- Geneviève. ^^e rions pas de cet aimable et innocent pt'dantisme. Quand il s'exprime en ^ers. il n'est sans doute pas exempt d'alï'ectalion ; mais la piose latine a, pour les inscriptions historiques destinées à être gravées sur un monument, des ressources de précision heureuse (jue nous refuse la syntaxe de uoiiv langue, j^^ssayez de mettre en l'iaiiciis les iiisci'i|il ions lalines de l,i Poric Saint-Denis, ou l•(■ll(■■^ (|ui dccoi'cnl Jelcgaiit arc-dc-lrionijihe du ("liàteau-

1 1 La plaquo de marbre qui porte ces vers, culevée lors du nivelleiucnt du boulevard Saint-Michel, a trouvé asile dans le Musée municipal de l'hôtel Carnavalet.

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