XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES
homme Chrysale. Mais, à côté de ces sottes bourgeoises, Molière n'a pas oublié leurs sœurs en pédanterie, les « précieuses ridicules ». Celles-là ont une bien haute origine : c'est à riiôtel de Rambouillet que naquit et se développa ce goût d'une élégance raffinée dans les manières et dans le langage, qui devait peu à peu infecter la petite bourgeoisie. Prendre pour nommer chaque chose d'autres mots que le mot simple et vulgaire, courir après les subtiles périphrases, raffiner sur les sentiments comme sur le style, c'était encore une forme du pédantismc, véritable Protée, qu'on retrouve dans tous les temps et à tous les degrés de la société ; on dirait comme Tinévitable corruption de la haute culture des esprits.
Un siècle après Molière, Saint-Lambert écrit : « Les gens de lettres ne sont plus pédants. » Ce qui rappelle le gracieux compliment de Voltaire à l'Université, dans son Temple du Goût :
Non loin de là, Rollin dictait Quelques leçons à la jeunesse, Et, quoiqu'on robe, on l'écoutait.
Saint- Lambert ajoute : « Mais il y a beaucoup de pédants chez les gens du monde. » Que voulait dire l'aimable poète des Saisons ? Si je le comprends bien, d'une part, il reconnaissait chez les savants certains progrès des bonnes manières et, de l'autre, il voyait autour de lui se montrer ce que, quelques années plus tard, Madame de Staël appelait chez nos Français le pédantismf de la légèreté. Connaissant également bien la Fi-ance et l'Allemagne, cette éminente femme appréciait ce qu'il y a de sérieux dans la science allemande ; elle savait ce que longtemps, en France, la belle société a oublié, que l'antiquité, })our être bien comprise, exige la connaissance des langues
H6 I.V TRAltlTION ET LES RÉFORMES.
aiicionnps. Elle av.iif \ii df pi'ès, elle avait pu apprécier, clans les imiver-sih's .ilIrmaïKlcs et dans le salon des j)rincos, ce piMsniiii.i^c ipiHii ,i|ipill<' wn pliilologuc, et dont le iiniii ii(> s'accrédite elie/ nous (|u avec jieinc. A ce propos, Mesdanu'S, pei'meltez-inoi un souvenir personnel. Il y a ((uel((ues années, j'avais ofCert à une dauie d'un espril aiuialde et très orné cei-taiu .Mcuiniic de nia (a on sur les oriiiiin'S de la [toésie pastorale, et je lavais signé de ces mots : « Hommage d'un philologue. » Ouelques jours après, me remerciant avec des paroles obligeantes de la lecture (pi'elle avait faite de mon petit Mémoire, elle ajoutait: « .Mais, Monsieur, qu'est-ce donc, je \ous \m''\q, ([u'un philologue? » Il me fallut le lui expliquer. Nous sommes en effet trop peu liahitués à celle alliance du goût littéraire avec la science à^i?' langues anciennes. 11 nous reste un fond de défiance envers les latinistes et les hellénistes de mt'tiei'. toujours uu peu suspects du pédantisme d'autrefois. Les esprits studieux se distinguent volontiers chez iiou< en deux classes: ceux qui ont ou croient avoiil('< fines (pialités de la critique littéraire, et ceux à (pii lopinion ne reconnaît guère qiu' lolisciir mérite de IVm'U- «lition. L'Académie savante fondée [>ar (lolheil eu KiO!}, et (pii a gardé son titre dWcadémii' des Inscriptions et Belles- Lettres, a |>onrtant contrihiK' à faire connaître et ap|)i'eeier dan>- le monde une façon desavoir discrète et modeste, non moins éloignée du faste de l'érinlition (pie de la fausse éli'gaiice. A |)arconrir les premiers \olnmes de ses Mémoire^. on se cntirail parfois dans ([uehpu^ salon du meilleur monde, où la maîtresse de la maison j^osaitaux docte^ académiciens, ses amis, des (piestions d'histoire on <!(> littérature aneienne (|n iU de\aienf liailer en que^pies pages, avec sa^oi|• sans doute, mais avec sohriele et hou goût. Par cxcmiile, j'entends d ici une grande dame