‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 70 sur 205 · XL — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

XL — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES

demandant à Tun d'eux d'où vient F usage de dire : « Dieu vous bénisse ! » aux gens qui étcrnuent. ou lùen : « Pourquoi les cijgnes, qui chantaient autrofois si Inen, chantent-ils aujourd'hui si mal? » Et Facadémicien répondait par un rourt et agréable Mémoire. Ces aimables esprits formaient comme une société moyenne entre le beau monde et la science austère des Bénédictins. ISe laissons pas perdre la tradition de cette heureuse alliance, ne demandons même pas trop à la science qu'elle se fasse petite pour s'accommoder à une futile curiosité ; avec son caractère sérieux, laissons-lui toute sa dignité et, dans ces limites, l'érudition saura n'être ni fièrc ni embarrassée de son rôle devant le monde.

Au fond, comme Fa dit sagement un philosophe de Port- Royal, « le pédantisme n'est pas un vice de profession, c'est un vice d'esprit ». Grands et petits, ignorants et savants, nous en sommes tous capables, si nous n'y prenons garde. En voici un dernier exemple. Dans un port de la Manche, où je passais mes vacances, la femme d'un brave marin, devenue veuve avec de nombreux enfants, comme •cela, hélas ! arrive souvent chez ces laborieuses familles, voulant assurer un état lucratif à Faîne de ses fils, l'avait placé en apprentissage chez un maître caltat. Vous savez à quoi s'occupent les calfats : à l)oucher avec de Fétoupe et du goudron les fentes qui restent dans la charpente d'un navire, après le travail du charpentier. Au bout de quel- •([ues semaines, la pauvre veuve s'en va demander des nouvelles du travail de son lils au maître calfat. « Ma bonne dame, lui dit notre homme, cela ne va pas. Votre garçon n'a pas de talent pour notre métier. Vous en ferez un menuisier peut-être, peut-être un horloger; mais, pour un calfat, n'y pensez pas ; j'en désespère. » Entre ce naïf pédantisme et celui des savants en us^ il y a bien des

il8 I..\ TIIADITION I:T LES HÉTORMES.

degrés, liicii «les wiriclfs. (juc je iciumci' ;i ciiiiiiicrcr |iliis loiiLiiiciiifiil (l('\.iiit \(iiis : cil' jt> toinborais ;i mon lodi- (l.iiis le travers dont je Neti\ \niis (lélondrc. J'en ai dit assez |iour vous convaincic (jnc vous pouvez lieaiieoii|» (•N|Mirr et ne rien eraiiidre des ensei<iiieiiieii Is (li\ei- ([iic MHi^ \(iie/. cliiMclicr ici : \oiis n'avez, jtoni- cela, (|n a en u>er ,i\ee le lion sens et la délicate mesure dont votre sexe a riieurenx privilèg-c. Ne craignez pas de trop savoir, mais seulemeut de mal savoir: c'est le conseil (|ne je v(^us adresse en terminant ; il est, Mesdames, ci'(>yez-le bien, d'un ami (jui songe aux devoii's et aux intérêts les ])lus élev(''s de votre vie. Rien lU' lrem]ie mieux les cœurs, rien ne lornu' mieux les jeunes esjuàls, (|ue de connaîti-e largenuMit I(> monde et l'humanili'" ; rien ru' les conduira [dus nainrellement à la notion des choses dixines. Toutes ces études, pai' leui' ensemble même el \\:\v leiii- xariet('\ n'exciteront jias dans vos Ames mi \aiii orgueil. Dexanl les immenses tableaux de l'Iiisloii-e, de\an[ les innombrables cliers-d'(eu\ re de larl. (Ie\ant les merveilles de l'univers et la simplicité de ses lois, le sentiment ipie Ton éprouve est plutôt celui dune religieuse modestie.]

Page 1