XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEENES Ell.EES
grec, et cela n'est pas de médiocre conséquence, même en dehors de nos études littéraires. Laissez-moi vous le faire sentir par un exemple. Je me souviens qu'au temps de ma jeunesse (les choses ont heureusement changé depuis), lorst[ue l'École des Beaux-Arts mettait au concours, pour la peinture ou la sculpture, quelque scène empruntée aux récits homériques, les vers d'Homère étaient ordinairement transcrits pour les jeunes artistes dans la prose de Bitauhé, c'est-à-dire d'un traducteur qui, comme tant d'autres avant lui, habille Homère à la moderne, pour l'ajuster au goût des Français du dix-septième ou du dix-huitième siècle. En lisant ces programmes, un helléniste ou un antiquaire se demandait naturellement quelle image devait concevoir des héros homériques le jeune artiste qui ne les connaissait que par de si infidèles représentations. Si l'artiste avait pu, avec l'aide d'un philologue de profession, traduire mot à mot cent vers de V Iliade ou de \ Odyssée, et se faire expliquer le détail de cette poésie mêlée d'énergie sauvage et de beauté sublime, il en eût fait passer plus sûrement l'originalité dans les formes de son œuvre. C'est assurément le service que peut rendre, même ici, un professeur de littérature ancienne, sur certaines pages d'élite d'un auteur grec ou latin, en y détachant, pour les expliquer à part, les traits que toute traduction aurait plus ou moins altérés. Mais on comprend combien serait facilitée la tâche de telles comparaisons, si le professeur s'adressait à des personnes qui eussent au moins quelque teinture des langues anciennes.
A un autre point de vue, cette élude, même réduite anx notions élémentaires, doit vous être bien recommandée. L'histoire et la grammaire liistorique de notre langue suivent aujourd'hui une tout autre méthode que chez nos devanciers. Autrefois l'histoire de la langue française se
composait dune srric de jiii^ciiiciils sur les écrivains qui, dans clia(|iie siècle, en represeiileiit la eorreclion classi([iie et la loi-nie la |(liis el()(|iiiMile. On Taisait volontiers honneur à nos lii'ands éeri\ .liii^ d.iNnir. ikui x'idcinciil e|iiire, li\e dans sa [xMJ'eclidii , mais ci'eé, suit la langue oratoire, soit la laniiiie |Mtéti([ue. On sait anjonrd'lnii ("aire plus juslenuMit la part de la nation, la pail du |ien|tle, dans la l'ornialion de son lan<2:age. On veut suivre, dans ses évolutions séculaires, le développement moitié instinctif, moitié réfléchi du lexique et de la irrammaire dini idionn\ Oi' le notre, ainsi ([ne la très bien mai'({ne {•Cnelon dans un passaiie de sa Lettre sur los occupations de l' Académie frauçaisc, est un composé de latin et de grec, avec ([uelques mélanges de tudesque (c'est-à-dire d'éléments germaniques), et cpnd- ({ues restes du vieux gaulois (pie parlaient nos aiu'étres avant la conquête romaine. De ces(piatre éléments, le latin est de beaucoup le plus considérable. (Test aux Homains. concjueranis de la vieille (iaide. (|ne la l'rance doit de |Kirler un des idionn'S néo-latins issus de la langue des soldats de César. Or, comment taire comprendre les transformations j)ar lesquelles le latin p(t|inlaire est de\enn |ien ;i |''en la langue d'oc ou la langue doïl, jiuis est ariivé sous cette dei'niére forme à lunité littéraire que nous voyons: comment, dis-je, comprendre et vous faire comprendre toidcela sans vous |(resenler an moins les tr.iits |irinci|ian\ de la déclinaison, de la conjugaison el de la fornialiini A<'> mots, dans la langue nu'i'e de nolic l'ram;ais?
Il lanl aller plii-^ loin (M l'ccon naiti'c (|ue noire langue dn di\-iu'u\ ieme siècle senrichit cha([ih' j(Mir on. ^i I on veut, s'encombre de néologisnu's, (MUpi'unles avec (iln>ou moins de bonlicnr au g^rec et an latin, et (pii demeurent bien obscurs |i.)nr des personnes lont a l'ait etiaugères à ces deux l.iii'jne^.