‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 74 sur 205 · XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES

Il y a une plainte que répètent sans cesse les adversaires de nos humanités classiques et les partisans de Tinstruction qu'on appelle utilitaire : le grec et le latin s'en vont, nous dit-on; à quoi bon donner un tel rôle, dans l'éducation de nos enfants, à des auteurs dont les idées comme les langues ont vieilli, dont les beautés ont pâli depuis tant de siècles, dont les passions mêmes, dans le renouvellement de toutes choses, ont fait place à tant d'autres passions? A quoi bon Homère et Virgile, Démosthène et Cicéron, au milieu de l'Europe transformée par tant de révolutions profondes, éclairée par tant de découvertes, qui renouvellent le champ de la science et de Tindustrie? A ces plaintes banales, je n'ai pour aujourd'hui qu'une réponse à faire : il se peut que les humanités classiques perdent de leur crédit par le progrès de nos idées modernes ; mais ce qui est certain, c'est que le latin, et plus encore le grec, par la richesse et la souplesse de leur vocabulaire, sont restés pour la science des instruments de prédilection. Et qu'on ne croie pas qu'à cela les hellénistes et les latinistes contribuent le moins du monde, par un amour pédantcsque des langues qu'ils font profession d'étudier et d'enseigner. Ce sont les savants, naturalistes, physiciens, chimistes, ce sont les industriels de tous les degrés, qui s'obstinent depuis plusieurs siècles à puiser dans ces vieilles langues tous les mots que réclame le progrès de la science et de l'industrie. Nous avons beau, nous autres philologues, dire aux inventeurs : Avant tout demandez au français les mots dont vous avez besoin ; à défaut d'un mot unique, ne craignez pas le composé ou même la périphrase ; si le français n'y suflit pas, adressez-vous d'abord aulatin, moins éloigné de nous, phis familier à nos oreilles, et ne recourez au grec ({u"a[>rès avoir vraiment épuisé le lexique national. Une fâcheuse coquetterie veut (ju'ou aille

«24 LA THADITION ET LLS UÉFOHMES.

toiil (I alionl rt lin |>rriiiiir ImukI ;iii irn'i-. \h)\\v lui (Iciiiaiider les vocablos (jni dcNidiil dcsii^nci' iiucî sultstancc noiivoll(\ nu MU inccaiiisinc iioiiNcau. \ Oiilcz-vons deux, exeni- |>l('s de ccl iiiiiNcrscl emploi des lancines anciennes potir les usag'es de la seienei" cl de rindu-^liii'? .le coiiiiai- un ancien inticnieur des ponls vi chaussées (pii, admis par l'aison au\ loisirs de la reiraite. s'(>sl souvenu davoir jadis aime l)eatu'()U[» la liolanitiue. el en a re|wis r(''lnde avec ardeur. .Mais dans cette étude, se ^oyant ari'èté, presque à chaque li^ne des nonienclatures el des desciiptions, pardes mots techniques d'origine latine et grec(|ue. il sentit hientôt le besoin et il eut le courage de rapprendre dahoid son Lliomond, puis son liurnoul". Mais ce lU' lut |»as tout : car le grec étant connu aujourd'hui pour une langue sieur du sausci'it, notre ingénieur s'engagea lasolùment dans cette troisième étude, (ju'il a conduite si loin (\\\v maintenant il csl homme à réciter par cœur une ode de Pindare ou un hymne du Rig-Yeda. C'est plus sans doute que ne demandait la science à un disciple de Linné ou de Jussieu. — Mon autre exemple est plus modeste. Il y a quelques années, à la fin d'une de mes leçons philologi(|ues sur un anteiir grec, je lus polimenl ahoi-de |»ar un inconnu (jui était venu m'entemlre, ou plutôt me demander le seivice que voici : il était serrurier, et il avait inventi' un nouv(>au secret |)oui' la l'ei'meture des coIVres-l'oih : nalnicllemenl, il voulait que son invenlion iïil e(u»sacrée jiai' tin liean iienhigisme empi'unti' au grec, .lai du l'aider à salisl'aiie eclle innocente amhilion.

•Mai-^ la science el lindnslrie ne sont pas seules eii\alii(>s par le le\i(|iie des langues anciennes. La langue lilleraire et celle des heaux-arts se sont de ce côté ouvertes a hien des in^a•^iolls. Il \ a hd |iays de l'Europe où un iimsc'e de jicinlnre sappidic \\\\^' /)i)i'icothèqiic ; wnv collection de

Page 1