XII. — HISTOmii ET BON USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE. li'J
iNoiis sommes donc loin de voir disparaître les patois. Et [loiirqiioi, vraiment, vondrions-noiis les faire mourir? Pourquoi chacune de nos }>rovinces n'aurait-elle pas le droit de garder ces souvenirs originaux de son ancienne indépendance ?Pourquoi lui envierions-nous l'innocent plaisird'exprimer à sa guise les sentiments et les pensées qui lui sont propres ? Notre langue académique, la langue de Corneille, de Molière et de Bossuet, est admirable sans doute ; mais elle est quelquefois trop grande dame pour se prêter aux inspirations modestes de la poésie du village. Certains patois ont un charme particulier de naïveté locale, et comme une saveur du terroir que rien ne peut remplacer ; ils répondent aux variétés du climat et comme aux divers aspects de la nature dans nos provinces. Laissons le villageois, laissons le bourgeois des petites villes écrire et chanter, quand il lui plaît, à la manière de ses aïeux, pourvu que d'ailleurs, à réglise, à la mairie, chez le notaire ou au tribunal, il entende et pratique la langue commune, pourvu qu'en tout ce qui touche aux intérêts de la grande patrie, il reste toujours un bon Français (1).
l'invitation de M. William C. Bonaparto Wyse. Toulon, 1807, in-8 (extrait (lu Toulonnais du 18 juin).
(I) Grégoii-e demandait hardiment (p. 15 du Rapport cité plus haut) « qu'on u ne put être admis à se marier sans savoir bien écrire et parler la langue nationale. » Mais aujourd'hui la loi civile n'ose pas être aussi exigeante. C-ependant Grégoire a cru commencer déjà la réforme qu'il avait si passionnément défendue. Dans son premier rapport à la Convention « sur les destructions opérées par le vandalisme », il dit (p. IG) : a Le projet d'uniformer l'idiome et de donner à la langue de la liberté le caractère qui lui convient, commence à s'exécuter. Déjà, plusieurs sociétés populaires du Midi ont arrêté de ne plus discuter qu'en français. >> — Ces divers Rapports de Grégoire viennent, fort à propos, d'être réimprimés, sur mon conseil, par un bibliophile normand, M. Ch. Renard, en un volume in-8 (Cacn, chez Massif; Paris, chez Delaroque) .
loO LA TRADITION ET LES RÉFORMES.
La laiiiiiic rtaïuaisc nous dllrc daiilns diNcrsiU's et de plus re^rettaltles que eelles des dialectes proN ineiaux. Elle eti a (|ui dépendent des dilléi-ences mêmes de l'éducation eiilir les diverses classes de notre société; elle en a (|ui tiennent aux diverses professions, en tin die en a de tout artificielles. Par exemple, dans un certain monde, aujourd'hui, se répand lusaye de mots nouveaux ou employés dans un nouveau sens. Ces nou\eaut('s sortent on ne sait dOù, et deviennent à la mode ; on les entend au théâtre, on les lit dans les feuilletons et les romans du jour, et les uM'illeurs esprits ont parfois de la |)eine à s'en défendre. Tel est le mot chic,?>o\{ pour désigner une hahileté particulière, soit une façon pittoresque des'hahiller ou d'arranger les choses. Tel est le mot chien^ pour signilier la verve et l'entrain d'un esprit original (1 . Il y a longtemps qu'on toui-mente ainsi notre langue, pour lui faire dire les clioseç au rehours du naturel et (piehpiefois du hou sens. C'est ainsi (pi'au teiii|is de Louis \1\', j'égna jtendaiil (pielques années, un jai-gon tout plein d'une fausse élégance, celui dont Molière s'est si gaiement moqué dans sa comédie des Précieifscs ridicules. AtTccter d'emploscr de ces termes peu usuels ou de donner un sens |)arliculier à des mots d'ailleurs usités, c'est ce (ju'il faut noiunit r, jiar son nom, du pédantismc. Les gens du unilltMir monde en donnent
(1) Tous CCS mots et bien d'autres du patois faubourien et même do l'argot dos voleurs sout réunis daus lo Dictionnaire de (a lungue verte (Paris, 2° édit., 18G7}, par M. Delvau. compilation assurément utile pour les curieux et pour les historiens de notre lannuo, mauvais livre îv mettre en des mains inexpérimentées, car il pourrait s'intituler : Dictionnaire des mots et locutions ù éviter p'jiir lu l,on usnijc d': la hnujuc française.