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XIV. — ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE FRANÇAISE

peine le sens de la linale ment dans les adverbes, où elle dérive du mot latin mente joint à un adjectif, et dans les substantifs où elle répond au suffixe latin mentum; on peut rendre compte du sens, souvent collectif, de nos noms en «z7, par le pluriel latin en alla dont il dérive, comme :

Aumaillo (archaïque) de animalia

Bétail (bcstail) de bestialia

Muraille de miiralia, etc.

Mais si Ton s'engage dans cette voie, il faut la suivre jusqu'au bout et ne pas s'arrêter à des ressemblances trompeuses, comme lorsque l'on range le mot tout oriental caravansérail (ou plutôt caravanseraï) dans la même classe queportail, éventail, etc. (1). Il ne faut pas laisser croire que les suffixes et les préfixes latins conservent toujours dans nos mots français le sens qu'ils ont dans la langue mère, lorsque, même en latin, le progrès des temps en a souvent afi'aibli la valeur. Par exemple, la particule ad n'offre plus aucun sens distinct dans les composés français attendre, apprendre, où le radical verbal tiré du latin se comporte pour nous comme s'il était simple, parce que nous en avons, dans l'usage, perdu de vue l'origine. 11 en est de même dans attribuer et approcJœr. Déjà, chez les Romains, une longue pratique avait, pour ainsi dire, fondu l'un avec l'autre, la racine verbale et le préfixe en un granrl nombre décomposés, qui prenaient ainsi dans la langue le rôle d'autant de mots simples. Lorsque deliberarc signifiait « peser dans une balance » (de lihra., libéra), la particule de j)0uvaity avoir un sens bien déterminé (2). Mais, lors({ue ce verbe passa du sens primitif au sens figuré, le seul que

(1) M. Sardou, Nouveau Diclionnaire des Synonymes français, p. II.

(2) Comparez pensare, fréquentatif do pendere, « peser » , qui nous a donné ea français penser, par une dérivation de sens tout à fait analogue.

connaisse l.i langue classi(|ii(', la >-\ll,il)(w/i" nr iniiiia plus (iniin seul tout avcr le radical liber on iihr, foiniiic clk' l'ait aujourd liiii dans V'ivwwcxw^ déUhércr . La même oltscrvaiion s'a|»pli(|ii('iail an vcrl)e dolectavo, don noire vei-hc français délcclcr. Au contraire, dans le français délier, fornté, en France même, de de et de lier, mais non directement du lalin dclujare, la particule de a une force né«2:ative (fue nous sentons très nettement, tandis (]ne dans le lalin deligare, le sens positif de la j)ai'ticule <^/e est ditl'érent, et la force en est moins sensible. Il va donc, dans ces rapports de nos vocables avec les vocables latins correspondants, des nuances fort délicates et fort importantes à ol>server. Des nuances semblables se retrouvent dans remploi des suflixesou terminaisons. La finale des advei-bes en ment dérive d'abord de l'ablatif mente joint à des adjectifs comme forti, tenera ou autres, qu'une log^ique naturelle en avait souvent rapprochés. Mais une fois cette locution adverbiale consacrée pour des idées relatives à certains états de l'àme, elle s'est peu à peu étendue à d'autres idées, et la forme ment a fini par caractériser une classe presque innombrable d'adverbes, les adverbes de manière. D'un antre côté, cette môme terminaison ment représente encore, chez nous, la terminaison mentum du latin, c'est-à-dire un véi-i table suffixe qui n'a jamais eu (du moins (jue l'on sache) le rôle d'un mot dislincl dans la lanjjrue des Romains. Ici encore létymologie, si elle ne tient pas compte Av<> tcMnjis et des lieux, ou, en d'anli-es termes, si elle ne sallie |»as avec l'histoire, devient |>our les jeunes esprits un miide bien ti'ompeur. Souvent elle prête aux éléments de notre langue une fausse symétrie (1), et elle explique la formation des mots par des procédés tout artificiels.

( I ) Vojoz Eludes et exercices sur les Sij7i07ii/)nes français, j). (! 1 et t!G oi'i . .'i propos AwmoK ossement, il sulTisait doliservcrqucccmotviont diibaslatin ossatncntum.

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