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XIV. — ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE FRANÇAISE

Souvent aussi elle pècliera par un défaut opposé ; je vcu\ dire qu'elle méconnaîtra dans cette même langue certains procédés où la synthèse antique est encore sensible. Ainsi je ne me résigne pas à voir la terminaison fier placée à côté dez^recomme un simple suffixe, même quand on m'avertit entre parenthèse que fice vient de facere (1). Les mots qui se terminent par ces deux syllabes ne sont pas de simples dérivés, ce sont des composés, qui nous sont parvenus tout faits sans doute, mais où nous distinguons encore assez nettement la présence de deux racines, comme dans bénéfice, maléfice^ artifice, orifice. ?S"elïaçons pas dans le français ces traces, visibles encore, de l'organisme latin, et puisque nous recourons cà l'analyse, habituons les écoliers à pratiquer familièrement, même dans leur grammaire nationale, la distinction si importante, en grec et en latin, entre le procédé de la dérivation et celui de la composition.

Une erreur conduit à une autre. Pour n'avoir pas observé assez attentivement les lois de la formation des mots dans la langue latine, on arrive à des méprises d'étymologie assez graves. Par exemple, on dérive «subsister » de siib stare, et « exister » de ex stare ; or le premier vient nécessairement de subsistere ; le second vient de existcre. Substare, s'il nous avait donné un verbe français, l'aurait donné sous la forme souster ou soifter, de même, exstare aurait donné exster ou ester (2).

Mais si la méthode étymologique est déjà d'une application délicate dans les classes supérieures des lettres, combien il est plus difficile encore de l'appliquer devant les

(1) Études et exercices sur les 'Synonymes français, p. 8."».

(2) On sait que ce dernier existe, clans le style judiciaire, mais il y est dérive de stare avec l'addition euphonique de la voyelle initiale, comme dans école de schola, éponge de spongia, etc.

174 I.\ TUADITION ET LKS REFORMES.

('colicrs qui sont ou (juo Ton sujqtosr (Hi'angcrs ;i toute coiin.iiss.iucc du grec et du lalin. ('/est pouiiant co (jiio Al. Micliid se [trojiost' dans sou livi'e, c'('st ce ([u il fait cIkkiui' jour dans uu t'us(M<>uomeut d(uit le succès i-euiar- ([uablc dure dc[)uis plusieurs années. M. Michel apprend à SOS élèves la signification des mots à l'aide d'une analyse (|iii en isole successivement les préfixes, les racines et les teiuiinaisons ; il facilite ainsi pour eux le travail de la uK'uioire, il leur donn(> dans la prati([ue de leur langue luic |ii'(''("isiou et une srir('t('' (pic de lions juges constatent et adniii'eut chaque joui". .1 aime à rajqielcr ces excellents lesultats, et je rends à Ihahiie professeur tous les hommages qu'il mérite. Mais, son livre à la main, je demande si les artifices de sa méthode n'accréditent pas un certain nombre d'erreurs qui, pour être surtout historiques, n'ont pas moins d'im|)orlancc.

.M. .Michel considère notre langue comme un tout homogeue, ou comme un ensemhh; d'éléments (pii s'unissent d'après des lois foutes françaises pour formel' des mots. A ce point de vue, la préposition grecque xr.i {cip'o), cl 1,1 préposition latine ab, ajv {sij)i) et cum sont des préfixes français au même titre les uns que les autres; les terminaisons iquc^ iste, iblc, able, etc., (juclle cpi'en soit l'origine, sont des suffixes français ; les lettres om//7« cpiOn retrouve dans Jtomonyrnr. si/non f/i/ic^ etc., forment un radical fi'aiiçais. Oucl(|ucl'ois seulement, une note ou une courte {)arenthèse nous avci-lit de l'oi-igine de ces radicaux ou de ces affixes ; mais cela ne peut guère tirer à consé- ([uence puisqu'on s'adresse à des auditeurs à qui sont inconnus les idiomes classiques de l'antiquité. Ainsi, ce <\uo les Grecs faisaient jadis pour leur langue nationale, et cela par i^juoranee ou par dédain des autres langues, on le fait ici. pour le fiançais, sans méconnaître le grec et le

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