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L'ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE FRANÇAISE

Les académiciens qui publièrent, en 1694, la première édition du Dictionnaire de l'Académie française, justifiant Tordre qu'ils ont suivi pour la rédaction de cet ouvrage, disent dans leur préface :

« Dans cet arrangement des mots, on a observé de mettre les dérivez avant les composez et de faire imprimer en gros caractère les mots primitifs comme les chefs de famille de tous ceux qui en dépendent, ce qui fait qu'on ne tombe guère sur uiE^de ces mots primitifs qu'on ne soit tenté d'en lire toute la suite, parce qu'on voit, s'il faut ainsi dire, l'histoire du mot? et qu'on en remarque la naissance et le progrez ; et c'est ce qui rend cette lecture plus agréable que celle des autres Dictionnaires qui n'ont point suivi l'ordre des Racines. »

On sait que l'accueil fait à ce gros livre ne justifia pas l'attente des auteurs, et, quoique l'on eût pris la peine d'ajouter à chaque volume un index alphabétique, qui ren-

(1) Journal général de l'Instruction publique, l*' fémer 1860.

voyait à la page et à la colonne pour chaque mot expliquée son rang étymologique, le plaisir d'apprendre « l'histoire des mots » ne compensa pas auprès de la plupart des lecteurs Tennui d'une recherche toujours un peu laborieuse. D'ailleurs, nous avions alors et nous avons encore peu de goût, en France, pour l'histoire des langues. L'étymologie n'était guère jusqu'à ces derniers temps que l'art de jouer au paradoxe avec les mots; n'ayant point de méthode, elle méritait à peine de s'appeler une science, et elle n'était pas pour cela plusen faveur auprès du monde. On la laissait volontiers aux pédants de profession. Dans l'enseignement de nos écoles, mise à la mode et seulement pour le grec, par le petit livre des Racines de Port-Royal, l'étymologie ne fut que tardivement appliquée à l'étude du latin ; elle ne le fut jamais, que je sache, avant notre temps, à l'étude du français. Quand l'abbé Girard publia, en 1718, son joli petit livre des Synonymes français, il se garda bien d'y mettre un seul mot qui ne fût de morale ou de littérature. Uinvoqual'usage, l'oreille et le goût des «honnêtes gens», surtout son propre goût, pour décider sur les nuances de sens que peuvent offrir les mots synonymes ; mais il ne remonta pas une seule fois à leur origine.

Les choses ont bien changé depuis ce temps. L'abbé Roubaud d'abord, puis M. Guizot, dans la préface d'un dictionnaire demeuré classique, nous ont peu à peu habitués à unir l'étude des synonymes avec celle de l'étymologie. Aujourd'hui, voici que M. Lafaye, pour nous donner un traité définitif de synonymie française, applique rigoureusement à cette étude une méthode qui consiste à distinguer les mots synonymes selon l'identité de leurs racines et l'analogie de leurs terminaisons : c'est-à-dire que désormais on ne pourra plus traiter à part ces questions de goût et de correction grammaticale, il faudra les soumettre à la

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