XIV. — ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE FRANÇAISE
w science étymologique. Un Dictionnaire des synonymes sera e comme une partie du Dictionnaireétymologiquedelalangue. -^ Avant même que M. Lafaye eût publié son grand lexique, e l'ouvrage qu'il avait commencé sur un autre plan et dont rf un premier volume a paru en 1843, avait suscité des imi- H tateurs, et l'on avait songé à répandre le goût de ces études î dans nos classes. Tel est l'objet que se propose M. Sardou . dans ses Etudes et exercices sur les Synonymes français^ ^ manuel publié en double rédaction, l'une pour les maîtres, î l'autre pour les élèves (1). En même temps, un maître habile, honoré par de longs succès dans l'enseignement, M. L.-C. Michel, étend à la langue française tout entière la méthode étymologique, dans le livre, également publié en double rédaction et qui a pour titre : Etude sur la signification des mots et la propriété de l'expression, ou Cours complémentaire de Grammaire et de Langue française (2). Chaque jour donc les professeurs sentent de plus en plus qu'il ne suffit pas d'enseigner une langue, même la langue maternelle, par des procédés simplement pratiques, et que la décomposition des mots est à la fois un bon exercice pour les jeunes esprits, et un des meilleurs moyens d'apprendre, avec l'orthographe, les nuances délicates de signification qu'il faut observer pour bien écrire.
11 est donc opportun, ce me semble, d'examiner les avantages d'une méthode vraiment assez nouvelle pour les maîtres comme pour les écoliers, d'en signaler les avantages et, s'il y a lieu, les inconvénients.
Et d'abord, il est fort juste de considérer la langue française comme un tout organique, développé selon certaines lois de dérivation et de composition. Quelle que soit, à ce point de vue, la différence du français et des langues syn-
(1) In-12. Paris, 1856, chez Dezobry et Magdeleine.
(2) ID., Ibid,
thétiques, telles que le latin, le grec ou rallemand, cette différence n'est pas telle qu'on ne puisse utilement habituer les jeunes gens et même les enfants à reconnaître dans notre langue certaines flexions spécialement attribuées à l'expression de certaines idées. A part un bien petit nombre d'accidents, rien n'est fortuit dans les mots dont se compose un idiome ; rien surtout n'est moins fortuit que les ressemblances qui caractérisent certaines classes de mots. Ce n'est point par un effet du hasard que tant d'adverbes ou de noms en français se terminent en menty tant d'adjectifs en able, en ible ou en eux. L'instinct nous prépare, mais l'éducation doit nous habituer mieux encore à sentir la valeur générique de ces désinences et, par conséquent, à employer avec justesse les mots qu'elles terminent. Aussi je loue fort l'idée principale qui domine la classification des synonymes par M. Lafayeet par M. Sardou, et qui a inspiré le livre de M. Michel. Tous évidemment s'efforcent de présenter et d'analyser le lexique français, comme les naturalistes présentent et analysent les produits de la végétation : c'est là le point de vue le plus élevé de la linguistique moderne.
Mais, dans l'application, ce principe comporte bien des réserves.
Quoiqu'il laisse de bonne grâce à M. Lafaye le périlleux honneur de parler aux savants de profession, M. Sardou prétend néanmoins ne pas s'adresser aux tout jeunes enfants ; il pense que les exercices sur la synonymie ne doivent commencer qu'après les classes dites de grammaire ; et comme, sans doute, il entend par là celles de nos lycées et de nos collèges, il compte bien ne s'adresser qu'à des enfants qui sachent déjà honnêtement le latin et même un peu de grec. Devant un auditoire de ce genre, on est encore à l'aise pour parler des synonymes en s'appuyant sur l'analyse étymologique. Par exemple, on peut expliquer sans