‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 112 sur 212 · XV. — PRÉFACE DU DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE · texte numérisé non relu

XV. — PRÉFACE DU DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE

libéral dans cette laborieuse et difficile expérience : il n'osa pas rompre avec la grammaire générale telle qu'on l'entendait au dix-huitième siècle ; ou du moins, il n'eut pas le temps de développer ce que son érudition et sa critique araient de plus original. Les rédactions de son cours sont restées dans l'École un précieux souvenir de ses efforts, plutôt que le monument d'une doctrine durable. Repris, six ans plus tard, avec un zèle qui suppléait autant que possible, à l'infériorité du savoir et du talent, l'enseignement de la grammaire à l'École Normale se perfectionna, durant plus de vingt ans, se rattachant de mieux en mieux au principe de la comparaison historique des langues. On en peut juger par le manuel que le professeur chargé de cet enseignement publia, en 1853, sous le titre de Notions élémeritaires de Grammaire comparée^ et qui s'améliora sans trop s'étendre dans plusieurs éditions successives. Le maître actuel* de la Conférence de grammaire, M. Ch. Thurot, n'en a certes pas amoindri les doctrines ; il les a plutôt étendues et affermies. Il est, d'ailleurs, bien secondé, à cet égard, par plusieurs de ses collègues dans les autres conférences.

De 1841 à 1843, les conférences d allemand avaient reçu dans le même sens un heureuse impulsion. M. Ad. Régnier, qui, comme helléniste éclairé parla connaissance du sanscrit, venait de nous donner pour la première fois une bonne théorie de la formation des mots grecs (1840), appliqua, mais pendant trop peu de temps, sa méthode si claire et si sûre à la langue allemande rapprochée de ses principales sœurs dans la famille germanique.

Toutefois, les fruits de ces divers enseignements se produisirent lentement au dehors : chaque année, quelques jeunes professeurs partaient de l'École pour répandre dans les lycées les leçons de leurs maîtres, selon la mesure ap-

propriée aux besoins des classes. Parmi eux, un petit nombre se hasardaient à approfondir les doctrines recueillies dans nos conférences, à les appliquer au renouvellement des livres classiques : quelques éditions de textes plus corrects et mieux annotés, quelques grammaires où FinnoTation utile pénétra peu à peu, mais timidement encore, sont les seuls témoignages publics d'un travail qui n'a pas été stérile, mais dont le profit se renfermait dans l'enceinte même de nos lycées. Le nouveau Manuel des Racines grecques et latiîies, par M. Anatole Bailly, est le premier ouvrage considérable qui se rattache à l'enseignement de l'Ecole Normale. Je n'ose pas faire remonter si loin la louable pensée d'un cours d'histoire de la langue française au collège Chaptal, pensée dont M. Monjean, le directeur, partagea l'honneur avec le professeur, M. Pellissier. Ce dernier, qui a résumé son cours dans un intéressant Tableau historique de la formation et des progrès de notre langue, n'avait passé que quelques mois à l'École Normale. Il n'a guère trouvé que dans les livres la tradition des leçons que je commençais l'année même où il entrait comme élève dans cet établissement. On signalerait plus justement dans les profonds travaux de M. Lafaye sur les synonymes français (1841 et 1858), le souvenir du cours, qu'il avait pu entendre, de l'illustre E. Burnouf. Mais surtout TÉcole doit rappeler avec satisfaction que c'est dans ses conférences que se décida la vocation de M. Michel Bréal, traducteur de la Grammaire comparée de F. Bopp (1866 et années suivantes) et déjà maître lui-même dans la science comparative des langues.

Mais ces études ont eu d'autres représentants que les disciples et les maîtres des écoles dont je viens de parler.

Fauriel, par ses leçons à la Faculté des lettres sur la littérature provençale (1831 et années suivantes, leçons pu-

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