XV. — PRÉFACE DU DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE
bliées en 1846) ; J.-J. Ampère, par ses leçons au Collège de France et par son livre sur la formation de la langue française (1841), marquent tantôt un progrès certain sur les théories et la méthode de Raynouard, tantôt un effort méritoire pour attirer et diriger Tattention publique vers les problèmes de la grammaire historique, et pour accréditer chez nous les travaux des Allemands, surtout ceux du célèbre Diez, sur les idiomes néo-latins. C'est leur exemple, c'est leur succès qui devait, plus tard, suggérer à M. Fortoul la création d'une chaire de langue et de littérature romane au Collège de France (1852), et faire appeler à cet enseignement un vétéran de l'érudition en ces matières, M. Paulin Paris. D'un autre côté, M. Littré prenait librement sa place auprès et souvent au-dessus de ces heureux initiateurs, par ses mémoires successivement publiés dans le Journal des Savants^ et qui forment aujourd'hui une juste Histoire de la Langue française, et par la laborieuse entreprise de son Dictionnaire. Tous ces noms célèbres ne doivent pas faire oublier des noms plus modestes : M. Obry d'Amiens, qui sur le ^xx^Qi à\x participe passé, nous a donné le premier modèle, et un modèle excellent, de ce que les botanistes appellent une monographie (1851) ; M. Edél. Du Méril, auteur de V Essai philosophique sur la formation de la langue française (1852) ; enfin d'Abel de Chevalet, qui mérita, en 1850, le prix Volney et plus tard l'un des prix Gobert, pour le livre, alors si neuf et toujours recommandable, qu'il a intitulé Origine et formation de la Langue française. Ces livres ont beaucoup servi à ceux qui devaient un jour les dépasser, par exemple, à M. Camille Chabaneau, auteur d'une si pénétrante étude sur V Histoire et la théorie de la conjugaison française (1868).
La mention du prix Volney me rappelle à propos cette fondation (1821), confiée à une commission mixte où sont
en majorité les membres de TAcadémie des Belles-lettres. Le programme du concours avait été d'abord inspiré par la philosophie du dernier siècle ; il a été judicieusement modifié par la suite, et il ne pouvait manquer de Fêtre, sous peine de demeurer stérile pour Tencouragement des études que le fondateur voulait promouvoir. La série même des ouvrages envoyés et des ouvrages couronnés à ce concours marquerait clairement aux yeux, si je la pouvais reproduire ici, la variété, la continuité, et quelquefois, il faut le dire, l'inégalité des progrès de la linguistique dans son domaine immensément agrandi depuis cinquante ans.
L'Académie française ne devait pas rester étrangère à ce mouvement d'activé curiosité. En provoquant, à propos de Pascal, la révision de nos classiques, M. Cousin faisait rentrer la recension critique des textes dans notre éducation littéraire, où elle était depuis longtemps oubliée ou négligée. En mettant au concours la rédaction de Lexiques spéciaux de Corneille et de madame de Sévigné, l'Académie poussait les esprits studieux dans la même voie. Elle préparait pour les hommes de goût, pour les lexicographes et pour les historiens de notre langue, elle se préparait à elle-même d'excellents matériaux pour l'œuvre de son Dictionnaire, œuvre volontairement doublée, fn 1858, par l'entreprise de son Dictionnaire historique.
C'est à la même classe de matériaux patiemment recueillis et judicieusement contrôlés qu'appartient le riche Glossaire du centre de la Fraîice, par le comte Jaubert, déjà parvenu (1864) à une seconde édition qui fait espérer encore d'utiles accroissements.
Rien qu'à parcourir les travaux qui se succèdent, en ce genre, durant les trente dernières années, on est frappé du progrès rapide et sûr qui s'est accompli. Sauf de rares ex-