XVI. — SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE NORMANDIE
>n hellénique (1). Ici un contrat qui règle des droits de turage, là des actes d'affranchissement, ailleurs unrègle- Biit pour des travaux publics, nous montrent, en leur nplicité souvent grossière, les dialectes municipaux aussus desquels brille pour nous la riche beauté des dia- :tes littéraires. Ne dédaignons pas ce rude parler des très et des artisans de Tancienne Grèce : c'est comme le uvageon que la culture savante a transformé, pour en ire sortir une éclatante floraison d'éloquence et de .ésie (2),
Là-dessus, Messieurs, veuillez le remarquer, nos obsertions touchent à l'histoire des langues modernes, aussi en qu'à celle des langues anciennes.
Le phénomène que je vous signale en Grèce s'est reprolit plus tard dans Tltalie romaine, plus tard encore dans )tre Gaule devenue la France, En Italie, nous ne pouvons ivre que sur de rares indices le travail d'assimilation qui mena la diversité des dialectes primitifs à l'unité de cette ngue latine, si digne interprète des pensées du peuple i. Sur ce sol tant de fois remué par la conquête et par les volutions, le temps a fait des ruines irréparables. Mais i France, malfré nos écoles primaires, malgré nos cheins de fer, naalgré les efforts d'une législation qui tend à ut niveler, le* patois subsistent, vivants témoignages de Lctivité de l'instinct populaire, ce vrai créateur deslangues cet obstiné protecteur des œuvres qu'il a une fois prolites. Les notaires et les maires de nos villages ne parût plus que le vieux français de Paris, le dialecte courti-
'4) Corpus Inscr, gtwc, n"' 1C87 et suiv., et surtout les Inscriptions renllies à Delphes et publiées pour la première fois, par MM. Wescher et acart (Paris. 1863, in-8).
^) Voir sur ce sujet quelques considérations générales, dans nos Mémoires histoire ancienne et de Philologie , p. 54 et suiv.
San, comme l'appelait Ronsard ; mais leurs clients et leurs administrés sont moins dociles : ils parlent toujours le normand, que les paysans d'il y a dix siècles tirèrent du latin corrompu, ou plutôt transformé, avec quelque mélange de vieux celtique. Quand je veux m'entretenir avec un de ces francs campagnards, je ne le comprends pas toujours sans peine. Mais, loin de m'étonner oudem'indigner, je médis avec une secrète joie d'antiquaire : « Tant mieux, voilà « encore une œuvre du bon Dieu que la main de l'homme « a respectée ; voilà une inégalité, assurément innocente, « que n'a pas encore effacée le niveau de nos règlements « publics ; il y a encore des prairies et des forêts naturelles, « et la végétation n'est pas partout taillée, alignée, fardée « comme dans les jardins de Versailles. » Continuez, Mersieurs, d'aimer et de respecter, comme vous le faites, ces précieux restes du passé^lespatoisdevotre chère Normandie. Conseillons ensemble à ceux qui les parlent encore de ne pas mettre leur orgueil à les oublier. Qu'ils apprennent à l'école ce qu'il faut pour être de bons Français ; mais qu'ils ne rougissent pas du parler normand, du parler de leurs aïeux ; et, si parfois leur cœur est ému de quelque sentiment, ou leur esprit agité de quelque pensée que puisse expliquer naturellement le simple langage du pays, qu'ils ne craignent pas de s'essayer en ce genre de littérature, patriotique aussi à sa manière (1). La France entière ne les lira pas, je le sais. Eh! mon Dieu! La France lit-elle donc tous ceux qui lui parlent dans le plus beau style académique? L'Académie française, après tout, l'Académie de Scgrais
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(1) J'aime à citer, en ce genre de composition, un exemple récent et remarquable, les Satires picardes^ par Hector Grlnon, laboureur, poète et sculpteur (Péronne, 18G3), où je remarque d'ailleurs que ce n'est pas M. Crinonqui s'est décerné à lui-même le titre de poète, car il n'est pas l'éditeur de ces poèmes recueillis et publics, presque malgré lui, par de justes appréciateurs de son talent.