‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 126 sur 212 · XVII. r- SOCIÉTÉ AUCHÉOLOGIQUE DE L'ORLÉANAIS · texte numérisé non relu

XVII. r- SOCIÉTÉ AUCHÉOLOGIQUE DE L'ORLÉANAIS

dire aussi par le cœur d'un homme d'élite, ces souvenirs prennent la forme d'un récit régulier, d'un livre d'histoire. Tantôt le témoignage des faits nous parvient tel qu'il s'est produit, au jour le jour, dans la vie même des particuliers et des nations, par les monuments de l'art, par les chartes, par les inscriptions et les médailles. A chacune de ces expressions diverses de la réalité s'attache pour nous un intérêt différent.

Certes, je ne voudrais rien rabattre de l'estime que méritent et obtiennent les grands écrivains d'Histoires et de Mémoires historiques. Quand le témoin d'une période mémorable dans la vie des peuples est un Tacite, un Retz, un Saint-Simon, la vérité prend, sous sa plume, un relief saisissant qui nous passionne. Ce que l'écrivain y ajoute de ses sentiments personnels et de ses pensées peut bien fausser un peu le caractère des événements et celui des hommes ; mais cette personnalité même du narrateur est un trait caractéristique de l'histoire qu'il nous raconte. Les exagérations ou les erreurs de ses jugements provoquent notre critique, excitent en nous une attention plus vive, et nous associent comme des spectateurs contemporains au drame qui nous est représenté

El pourtant cette autre forme plus naïve de la tradition historique ou, si vous le voulez, la tradition historique elle-même, nous parvenant tout informe dans les documents originaux et contemporains, garde, même à côté des œuvres du talent et du génie, un cachet de franchise particulière, un genre particulier d'intérêt. Quand vous avez lu le beau livre de M. Wallon sur Jeanne Darc, êtes-vous découragé de lire encore dans les quatre volumes de M. Jules Quicherat les pièces authentiques sur lesquelles repose le récit de l'historien français? Ces vieilles char- • tes, ces procès-verbaux, ces interrogatoires, ces pièces de

EOGBR. i4

finance, ces légendes de médailles, tous ces documents, dont chacun nous apporte un souvenir et presque un écho direct de la vérité, ont pour nous comme un accent que ne remplace pas Tart le plus scrupuleux et le plus sincère. Même isolés, même avant que la critique les féconde par d'ingénieux rapprochements, ils parlent directement et naïvement à notre esprit ; ils nous attirent comme autant de reliques, et nous ne les regardons pas sans éprouver un sentiment de curieux respect. Les vieux parchemins, les pierres couvertes d'inscriptions, nous apportent quelquefois des témoignages de la vanité ou du mensonge, et nous sentons qu'il les faut consulter avec défiance ; mais notre esprit se passionne à cette étude, comme il se passionnait à lire le récit d'un habile et impartial historien.

Or, Messieurs, la recherche et l'explication des documents originaux de l'histoire, si petits qu'ils soient, c'esi la science propre de ceux qu'on appelait autrefois tout simplement des antiquaires, et qu'on appelle plus ambitieusement aujourd'hui des archéologues. Ne disputons pas, pour le moment, sur l'utilité d'un néologisme qui paraît consacré dans l'usage. Laissons les mots pour ne nous occuper que des choses.

Sans sortir de votre ville et de votre département, n'avezvous pas sous la main, dans les Archives et dans le Musée d'Orléans, mainte pièce d'antiquité qui porte avec elle le témoignage naïf et clair d'un fait important de votre histoire ?

Voici une inscription que mon confrère L. Renier commentait naguère d'une façon magistrale, et qui prouve que le nom de Genabum appartient au vieil Orléans, et non pas à Gien sa voisine.

Voici une pierre de Mesves qui fait revivre pour nous le souvenir d'une divinité locale, dans une ville située sur la '

Page 1