‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 131 sur 212 · XVII. — SOCIÉTÉ ARCBÉOLOGIQUE, DE L'ORLÉANAIS · texte numérisé non relu

XVII. — SOCIÉTÉ ARCBÉOLOGIQUE, DE L'ORLÉANAIS

être désormais réservé au chef d'ua département ministériel. Mais pour revenir de ces confins de la politique, où je n'ai garde de m'aventurer, à la science des antiquités, le pédantisme Ta vraiment hérissée d'une foule de termes étranges et pour nous à moitié barbares. Vous entrez, Mesdames, armées d'un livret, dans une salle remplie de sculptures et de vases antiques ; vous regardez une statue de femme : le livret vous apprend que cette femme est vêtue d'une ampechone ou d'un ampechoniunij au lieu de vous dire qu'elle porte une sorte de manteau court ou de mantelet. A côté, le livret vous signale une jeune fille portant la stole podère, ce qui signifie en honnête français une robe longue « descendant jusqu'aux pieds ». Voici, sur la panse d'un vase grec, « un enfant qui tient un cerceau » ; c'est pour. nos érudits rédacteurs de livrets un éphèbe tenant un trochus; ailleurs, un cocher qui conduit \in char à deux chevaux devient un aurige qui conduit un bige. Autant de mots dont les savants qui les connaissent n'ont que faire, et qui déroutent la plupart des curieux, surtout des curieuses, si dignes pourtant d'être encouragées. 11 y a dans cette enceinte plus d'un antiquaire; j'en sais même un, tout près d'ici, à qui les visiteurs du Musée d'Orléans doivent une bien particulière reconnaissance. Loin de moi la pensée de les attrister par ces réclamations chagrines, et cependant je ne puis manquer l'occasion de protester, en si bonne société, contre l'emploi sans mesure de ce vocabulaire grec et romain, où chaque mot doit être traduit en français, pour servir à l'explication des choses antiques qu'il s'agit, avant tout, de faire comprendre.

Ma parenthèse, Mesdames et Messieurs, a été bien longue ; mais elle m'éloignait moins que vous n'avez pu croire de mon véritable propos.

Les mots et la. grammaire d'une langue ont leur histoire,

comme les monuments. A Dieu ne plaise que je veuille rabaisser Tétude des monuments et des ruines du vieux monde ! Le moment serait d'ailleurs mal choisi, quand votre compagnie orléanaise vient d'obtenir une si flatteuse distinction dans le concours annuel que Ton juge à Paris entre les académies départementales. Le lieu serait mal choisi, quand je vois parmi vous tant d'interprètes habiles des antiquités de l'Orléanais et, je puis dire au premier rang, celui dont le zèle assurait naguère à votre Musée le trésor de Neuvy-en-SuUias, et dont la science nous a fait si bien apprécier la valeur de ce trésor (1). Mais n'est-ce pas ce même antiquaire qui nous a donné un si intéressant vocabulaire des mots en usage chez les mariniers de la rivière de Loire et de ses affluents (2)? N'est-ce pas un jeune et savant professeur de votre lycée qui a minutieusement exploré les origines et les anciennes formes du nom à' Orléans et de ses dérivés (3)? Je puis donc m'autoriser d'exemples que vous me fournissez vous-mêmes, pour vous exciter à de nouvelles études historiques sur les diverses et anciennes formes de la langue française, particulièrement de celle qu'on parle dans l'Ile-de-France (c'est presque dire dans l'Orléanais), et qui sont comme le fond commun du langage immortalisé par les Bossuet et les Racine. Un Français, Ch. Pougens, a écrit, au commencement de ce siècle, deux volumes qui, sous le litre à' Archéologie française^ traitent précisément de ce su-

(1) Mémoire sur les bronzes antiques de Neuvy-en-SuUias, par M. Mantellier, président à la cour d'Orléans, etc., t. IX des Mém, de la Soc, archéol. de l'Orléanais, Orléans, 1866.

(2) Glossaire de ÏHistoire de la communauté des marchands fréquentant la Loire et les fleuves descendant en icelle, t. X des Mém, de la Soc, archéol, de rOrléanaiSy 1860, in-8.

(3) Étymologie et histoire des mots Orléans et Orléanais, par A. Bailly. Orléans, 1871, in-8.

Page 1