II. — SÉANCE DU 8 MAI
La Société qui couronne aujourd'hui, pour la seconde fois, les heureux lauréats de son deuxième concours, est une Société d'historiens et d'archéologues ; je voudrais la conviera faire entrer plus expressément dans le cadre de ses études une certaine histoire et une certaine archéologie qui n'y ont pas eu jusqu'ici'assez de place.
Mais, dès mon exorde, me voici arrêté par un scrupule, que je vous.confierai, comme entre parenthèses.
Archéologues^ archéologie^ voilà de bien grands mots, qui sonnent grec plutôt que français à nos oreilles, et veuillez croire que, tout helléniste que je suis, dit-on, ce n'est pas pour moi une raison de les préférer. Depuis la renaissance des lettres, on s'est vraiment donné beaucoup de mal pour gâter notre langue par Tabus de ces peu utiles emprunts à la langue grecque. Autrefois, celui qui s'occupait d'antiquités s'appelait tout simplement un antiquaire; on aime mieux aujourd'hui l'appeler un archéologue (1). Le savant abbé Barthélémy, plus populaire, il est vrai, par son Voyage d Anacharsis que par ses excellents mémoires académiques, étant un grand connaisseur de m^'rfaî7/55, s'appelait, de son vivant, un médailliste; nous avons changé cela pour en faire un numismatiste ou, ce qui est pis encore, un numismate. Mais quoi? ce dernier mot ne rimet-il pas agréablement avec diplomate (qui est, en bonne étymologie grecque, le pluriel de diplôme)^ comme si le mot ministre^ qui suffisait, jusqu'à la fin du dernier siècle, à nos agents politiques près les cours étrangères, devait
(1) M. Ch. LenormaDt, je dois Tavoucr, inaugurait, en 1844, par une assez bonne défense de ce néologisme, la Revue arc' léo logique^ dont il était un des fondateurs, et dont il resta jusqu'à' sa mort un c!cs plus fermes soutiens.