‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 137 sur 212 · XVII. — SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE ^ORLÉANAIS · texte numérisé non relu

XVII. — SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE ^ORLÉANAIS

A quoi lient un pareil contraste ? Je pourrais là-dessus vous renvoyer simplement à un chapitre du Voyage dUAnacharsis^ livre beaucoup trop dédaigné aujourd'hui, où Tabbé Barthélémy signale la délicate coquetterie des Athéniens dans le choix des noms qu'ils donnaient à leurs enfants ; mais quelques mots d'explication vous satisferont peut-être davantage. A Athènes, aucune loi n'imposait aux générations successives de citoyens la perpétuité d'un nom de famille ; à la naissance de chaque enfant le père était libre de lui donner le nom qui lui plaisait le mieux. Ordinairement c'était le nom de l'aïeul, mais cela même ne se pouvait toujours, quand le père avait plusieurs enfants. En tout cas si, par quelque fâcheux hasard, un sobriquet mal sonnant s'était attaché à la personne d'un citoyen, son fils n'en subissait point l'héritage. Cela n'était pas sans des conséquences bien gênantes pour la régularité de l'état civil ; nous en avons la preuve dans un discours de Démosthène. Mais enfin cela permettait aux compatriotes de Phidias et de Sophocle de garder jusque dans la désignation des personnes certaines lois de décence qui sont un des traits de l'atticisme. Nous trouvons précisément un témoignage explicite de l'usage athénien en matière de noms propres dans une scène des Nuées d'Aristophane, scène qui reçoit à son tour quelque lumière par la comparaison des autres faits que je viens de vous signaler.

Par ce côté la tradition romaine se dislingue nettement de la grecque. La loi romaine exige que sur le registre du cens un citoyen soit désigné par son nom de famille, ses prénoms et surnom, le nom de la tribu à laquelle il appartient; vpus reconnaissez là les origines de l'état civil tel qu'il est constitué aujourd'hui chez tous les peuples de la grande famille européenne.

Ce souvenir me ramène à l'un des auteurs les plus juste-

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ment admirés dans nos classes, au Romain Tacite. Nos rhétoriciens expliquent d'ordinaire, dans le XI* livre de ses Annales, le discours dans lequel l'empereur Claude encourage le sénat à faire bon accueil à une recrue de sénateurs qu'il veut y introduire et qui sont originaires de la Gaule. On signale volontiers à nos élèves les savantes leçons de politique contenues dans ce discours. A la bonne heure! Mais, depuis quelques années seulement, et sur les instances des critiques et des antiquaires, nos rhétoriciens ont appris que l'original de ce morceau oratoire existait au musée de Lyon, qu'il avait été découvert dans cette ville depuis plus de trois cents ans, que plusieurs éditeurs de Tacite l'avaient réimprimé en regard de la version très libre ou plutôt de Tabrégé que l'historien latin nous en donne : rapprochement plein d'instruction pour la critique. En effet, on s'est toujours demandé quelle confiance méritait le texte des belles harangues dont les annalistes grecs et romains ont coutume d'orner leurs récits. On savait que plusieurs de ces harangues doivent être de leur invention et que, là même où les originaux étaient entre leurs mains, ils n'avaient guère pu les reproduire intégralement; mais la comparaison du texte lyonnais avec celui de Tacite mettait clairement à nu le procédé trop artificiel des historiens classiques; elle nous laissait voir quelle liberté se permettait le plus austère des historiens dans ces sortes de remaniements. Chez Tacite, Claude parle avec la noble dignité d'un empereur; sur les tables de Lyon, où le discours authentique nous est parvenu, le véritable Claude étale avec naïveté son pédantisme d'érudit, sa négligence d'écrivain. Est-il besoin d'insister sur l'intérêt qui s'attache à ces sortes de parallèles? Je n'y ajouterai qu'une remarque : c'est que le document retrouvé à Lyon et qui , hélas ! n'est pas complet, est à vrai dire la plus ancienne charte de notre histoire nationale,

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