XVII. — SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE L'ORLÉANAIS
Longtemps on a pu le croire ; mais, depuis quarante ans, ont été retrouvés sur les marbres de la Grèce continentale des actes d'affranchissement sous la forme de vente au dieu Apollon. Deux jeunes Français, MM. Foucart et Wescher, ont recueilli sur le mur extérieur de l'antique temple de Delphes plus de quatre cents actes de ce genre, dont les formules varient selon l'âge, le sexe et probablement les mérites de l'esclave affranchi, mais dont l'intention commune n'est pas douteuse. Tous ont pour objet de vendre l'esclave au dieu, « à la condition de la liberté )>, condition qui est garantie par un certain nombre de témoins. Quelquefois l'esclave, avant de devenir tout à fait libre, doit rester encore auprès de son maître durant plusieurs mois ou plusieurs années. Mais, en se faisant acquéreur, le dieu lui assure en définitive la liberté. Nous avons donc là, pour ainsi dire, les archives où étaient conservées les pièces d'état civil de plusieurs centaines d'hommes et de femmes qui échappaient à l'esclavage en se rachetant au prix de leur pécule. Les documents ainsi retrouvés ne remontent guère au delà du troisième siècle avant l'ère chrétienne ; mais tout indique que l'usage qu'ils constatent est bien antérieur ; or, cet usage nous était jusqu'ici inconnu, et vous voyez combien il fait honneur à l'humanité dans cette société grecque oii l'on nous représente d'ordinaire les esclaves comme livrés partout et sans réserve au despotisme de leurs maîtres. Dans la nouvelle édition de son savant ouvrage sur l'esclavage chez les anciens, M. Wallon n'a pas manqué d'ouvrir un chapitre pour ce sujet important.
Messieurs et chers confrères de la Société archéologique et historique, vous voyez combien je reste des vôtres en parlant ici des classiques grecs et latins, en montrant quelle lumière jette sur leurs textes l'étude des monuments épigraphiques. L'alliance que je vous signale entre les huma-
nistes et les antiquaires n'est pas chose neuve sans doute; nous ne l'avons pas inventée, mais nous devons la développer chaque jour à tous les degrés de renseignement. Si le temps ne m'était pas compté, à cette heure avancée du jour où vous célébrez par une imposante cérémonie le souvenir de votre libératrice, j'aimerais à vous faire voir comment un maître élémentaire de grec et de latin pourrait ajouter à l'intérêt de ses leçons, à leur utilité, en associant à l'explication du De viris, des Fables d'Ésope et des Dialogues de Lucien des notions historiques sur les monuments de Tancien monde, particulièrement sur ceux de la Gaule. Mais il faut que je m'arrête, et je m'arrête sans inquiétude : car je m'assure que parmi vous il n'est personne quin'aitadmisla justesse demes conseils, queplusieurs même de mes auditeurs n'en avaient pas besoin, les ayant devancés par leur intelligente pratique de l'enseignement et par leur dévouement affectueux à l'éducation de la jeunesse.