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XVIII. — ANTIQUITÉS GRECQUES ET ROMAINES

séance publique de la Société des Méthodes; en 1844, elle était renouvelée par lui dans un article du Journal général de rinstruction publique (1), article écrit surtout en vue de la préparation aux concours de l'agrégation pour les classes de grammaire et pour les classes supérieures des lettres. « Il est à souhaiter, lit-on dans cet article, que les profes- « seurs de lettres et de grammaire saisissent toutes les « occasions de compléter leur enseignement par des wo- « lions qui les mettent en rapport avec le professeur d'his- « loire. Les études gagneront toujours à ce mélange et à « ce contrôle réciproque de deux enseignements voisins. » — Et encore : « Puissent de telles considérations provo- « quer un mouvement de curiosité féconde dans nos écoles! « La monotonie, dirons-nous la routine? des exercices jour- « naliers, n'y doit pas faire oublier un devoir plus noble « encore et plus élevé. C'est par son ensemble que l'anti- « quité est grande et riche en leçons salutaires pour l'es- « prit humain. Plus on lui conservera cette unité qui fut « sa vie, plus s'uniront dans nos livres, comme dans l'en* « seignement, l'intelligence des faits et celle des mots, plus <c s'élèvera en force et en éclat la discipline universitaire. » Alors déjà ces appels étaient entendus. Déjà les futurs professeurs de grammaire se voyaient conviés à quelques études sur l'histoire de notre langue, par l'explication de la lettre de Montaigne à madame de Foix sur l'éducation des enfants; déjà quelques élèves de l'Ecole Normale faisaient, sous la direction d'un maître de conférences, des visites au Musée du Louvre pour y prendre le goût des monuments de l'antiquité. Bientôt allait être fondée dans Athènes une École française qui avait surtout pour objet et qui a de plus en plus pour effet d'élargir la science de nos

(1) Numéro du 38 décembre 1844.

jeunes professeurs par la connaissance directe des chefsd'œuvre de l'art antique, par la lecture et Tintelligence des inscriptions, quelquefois enfin de les honorer par d'heureuses découvertes sur le sol inépuisable de l'antique hellénisme. Nous sommes donc trop prompts à nous accuser nous-mêmes d'inertie et d'insouciance; il y a longtemps que l'Université est soucieuse de progrès. Cela se voit chaque année, même dans nos livres classiques, surtout dans les éditions et traductions d'auteurs grecs. Mais, sans sortir de l'ordre d'idées qui nous préoccupe en ce moment, cela se voit dans le grand Dictionnaire dont nous annonçons une livraison nouvelle, et dont la plupart des rédacteurs sont d'anciens élèves de l'Université, d'anciens membres de l'École française d'Athènes. L'École, plus récemment fondée à Rome, en vue des travaux sur l'antiquité romaine et sur l'histoire du moyen âge, est bien vite entrée dans cette voie du progrès, sous la direction de ses savants chefs et sous le patronage de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Nous voilà donc ramenés, sans effort de transition, au septième fascicule que vient de publier M. Saglio, et qui formerait à lui seul un bien gros volume. Ce Dictionnaire est encore un de ceux qui devraient faire le fond d'une bibliothèque de professeur, car il renferme peu d'articles qui n'aient leur utilité pour l'interprétation des classiques grecs et des classiques romains. Sur une centaine d'articles, j'en vois à peine vingt qui appartiennent à ce qu'on peut appeler les curiosités de l'érudition. Presque tous les autres éclairent quelque partie des institutions civiles, politiques, religieuses et utilitaires, des usages, de la vie morale et des beaux-arts dans le monde ancien : tels sont les articles cera (emplois divers et commerce de la cire) ; cathedra {chaise^ et plus tard chaire) ; census {ceîis, recen-

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sementy considérés au point de vue de l'état civil, de la fortune privée et des impôts) ; centumviri (tribunal permanent dont rhistoire se rattache non seulement à celle du droit, mais à celle de Féloquence chez les Romains) ; chorus [chœur, partie intégrante du théâtre grec et dont le nom seul en rappelle les vicissitudes à travers les siècles, sans compter les dérivés chorégie et choragique, en rapport avec rhistoire de la sculpture, etc.); chirurgie, sujet dont le nom seul rappelle toute Timportance. Ce dernier, dû à un médecin érudit, le docteur Briau, traducteur de la Chirurgie de Paul d'Égine et auteur d'intéressants mémoires sur les services de santé chez les anciens, manque peut-être de méthode, mais montre un grand savoir sur les diverses parties du sujet. On regrette pourtant que l'auteur, n propos du rôle des médecins dans les gymnases, ne cite pas le curieux traité de Philostrate sur la gymnastique, publié pour la première fois en France par Ch. Daremberg, et plus correctement en Allemagne par Volckmar. L'article Chirurgie a déjà pour complément l'article Asclépion, qui figure dans le premier volume du Dictionnaire ; car les asclépions, ou temples d'Esculape, sont le véritable berceau de la médecine grecque, qui fut longtemps enseignée et pratiquée comme une sorte de sacerdoce par les Asclépiades, descendants ou disciples du dieu Esculape. On sait que les cures opérées là, non sans mélange de cérémonies religieuses et de pieux charlatanisme, étaient primitivement attestées par des inscriptions qui formaient les plus anciennes archives de l'art médical. Au deuxième siècle de l'ère chrétienne, le voyageur Pausanias ne retrouvait plus que six de ces vieilles inscriptions dans le sanctuaire d'Esculape à Épidaure ; mais il atteste qu'elles y étaient autrefois très nombreuses. En tout cas, quelques documents du même genre et précisément contemporains de Pausanias

ont été retrouvés à Rome parmi les ruines de VAsclepim que renfermait File du Tibre (1). A ce propos, il faut que je relève une erreur trop fréquente dans les ouvrages des antiquaires, et à laquelle M. Briau n'a pas échappé : c'est de traduire par le mot colonne le mot grec ot/^Xyj, qui signifie tout au plus un pilastre à surfaces plates, mais qui désigne en général une plaque de marbre dressée debout et pouvant ainsi recevoir un texte très long et quelquefois même être gravée sur les deux faces. La forme cylindrique d'une colonne se prête mal à la lecture d'inscriptions de quelque étendue ; et, en effet, l'épigraphie ancienne nous offre peu d'exemples de colonnes inscrites. Au contraire, nous avons des milliers de plaques, dont quelquesunes portent jusqu'à cent lignes de texte, c'est-à-dire plus que n'en peut contenir, même en petits caractères, une page de nos livres in-folio. Les procès-verbaux de guérison provenant de YAsclépion de Rome sont précisément gravés sur de telles plaques, ce qui ne peut laisser aucun doute sur la juste interprétation du texte de Pausanias.

Témoignons encore de notre attention à lire non seulement en amateur, mais en critique, tant de précieux chapitres d'archéologie. L'article Chalkeia, qui est de M. Saglio et qui se rattache à l'article Apaturies du premier volume, nous a laissé voir une omission de quelque importance, qui pourra être réparée sous un autre vocable dans la suite du Dictionnaire. Le mot chalkeia, pluriel neutre désignant une fête athénienne, rappelle chalkeion^ qui en est le nominatif singulier. Or ce mot chalkeion désigne certainement, dans un des discours de Démosthène (le premier discours contre Bœotos), la carte ou plaque d'état civil d'un citoyen

(1) Voir Corpus inscriptionum grsecarum^ n» 5980. M. Briau connaît ces documents ; mais il ne les cite que d'après le vieux recueil de Smet, qui peut-être n*en indiquait pas exactement la forme.

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