XVIII. — ANTIQUITÉS GRECQUES ET ROMAINES
ithénien, celle qui constatait son inscription sur le registre du quartier auquel il appartenait par sa naissance, et l'inscription paraît avoir eu lieu lors de la fête dite des Apafuries. Le client de Démosthène, accusant un frère consanguin d'avoir usurpé un titre d'état civil identique au ;ien, se plaint de ce qu'ils auront tous deux désormais « le < même chalkeioti», c'est-à-dire la même plaque de bronze [elle pouvait être aussi de buis) équivalant à notre acte de taissmice. Le sens de ce passage est devenu évident depuis fu'on en a pu rapprocher deux plaquettes de bronze qui répondent tout à fait au texte de Démoslhène, et dont l'une ippartient au British Muséum^ l'autre à un antiquaire parisien (1).
Mais là ne se borne pas l'intérêt d'un si curieux rapprochement, car il fournit l'occasion de montrer les incertitudes de l'état civil chez un peuple où le père était libre de donner à son enfant le nom personnel qu'il lui plaisait, comme cela se voit dans une charmante scène des Nuées d'Aristophane. Même ajoutés au nom du fils, celui du père et encore celui du grand-pèrè ne suffisaient pas à marquer sûrement la filiation régulière dans une même famille. Ce sont les Romains qui nous ont transmis l'usage bien plus commode et plus sûr du nom de famille proprement dit. Le citoyen d'Athènes profitait de sa liberté pour choisir toujours des noms dont le sens et l'harmonie flattaient son patriotisme et sa vanité. La règle romaine, dont nous avons hérité, constitue pour le droit civil un véritable progrès ; mais on sait combien elle est parfois gênante quand un de nos ancêtres directs nous a légué un nom désagréable à prononcer et à entendre. Il y a sur ce sujet, comme on le voit, la matière d'une comparaison entre les
(1) Voir dans nos Mémoires d'histoire ancienne et de philologie le morceau qui traite des Formalités de Vélat civil chez les Athéniens.
mœurs du monde ancien et celles de l'Europe moderne, comparaison pour laquelle un élément nous manque dans le Dictionnaire de M. Saglio. Il lui sera facile de combler cette lacune en insérant quelque part dans sa nomenclature, au mot 7iomen (en grec cvo^ia), un article sur Féiat civil en Grèce, qui se rattache naturellement aux formalités de l'état civil romain, telles qu'on les voit décrites par M. Humbert, le jurisconsulte, à l'article censiis. L'auteur du Voyage d'AnacharsiSj sans sortir du plan de son livre par une comparaison qui eût été indiscrète de sa part, a du moins signalé, dans un de ses chapitres, le caractère original de la nomenclature civile chez les Athéniens. On aime toujours à rappeler ce vieux livre qui est bien passé de mode, et dont peu de chapitres pourraient être réimprimés sans de nombreux changements, mais qui enfin contient tant d'idées ingénieuses et justes, avec un fond d'érudition tel qu'on pouvait l'avoir en pareille matière vers la fin du dix-huitième siècle. M. Letronne n'oubliait pas le LXVl® chapitre de VAnacharsis, lorsqu'il écrivit son excellent Mémoire sur les noms propres grecs, publié en 1846, et qui sera, nous l'espérons, prochainement reproduit dans le recueil des Œuvres choisies de ce savant critique, recueil dont les deux premiers volumes vont paraître (1).
(1) Ces deux volumes ont paru en 1881. Ils contiennent les mémoires concernant l'Egypte ancienne. (Librairie Ernest Leroux.)
LES MUSÉES iET L'ENSEIGNEMENT CLASSIQUE ^^^
Je viens de parcourir les principaux musées de Paris ivec un excellent guide, M. René Ménard (2), bien connu les amateurs pour son grand savoir en toute matière d'art ît d'antiquité. 11 m'était naturel de m'arrêter avec lui de >référence dans les salles du Louvre et de l'hôtel de Clunv, m figurent en si grand nombre les monuments grecs et romains, et je ne puis dissimuler que j'ai eu là quelque iéception. M. Ménard sans doute n'a pas songé à remplacer par un volume, même par un volume de 700 pages, tous les livrets spéciaux qu'on achète à la porte de nos précieuses collections. Quelquefois, dix pages de son livre résument tout un de ces livrets ou catalogues. Mais n'y a-t-il pas certains sujets qu'il effleure à peine, quand il ne les passe pas tout à fait sous silence? S'il mentionne rapidement les principales inscriptions égyptiennes et grecques exposées dans les salles du Louvre, il ne dit mot des nombreuses inscriptions latines qui entourent ou illustrent les monuments romains. L'artiste a trop oublié que tous ces textes méritaient aussi Fattention des visiteurs, soit qu'ils expli-
(1) Journal des Débats du 7 novembre 1881.
(î) Les Curiosités artistiques de Paris, Versailles^ Saint-Germain, guide du promeneur dans les musées, les collections et les édifices, par M. René Ménard, ancien rédacteur de la Gazette des Beaux^Arts^ auteur de la Mythologie dans Vart ancien et moderne. Paris, 1878, in-lJ. Librairie Delagrave.
25i LA TRADITION ET LES RÉFORMES-
quent la destination des monuments où ils sont gravés, soit qu'ils rappellent des œuvres dont nous ne possédons plus (|ue la dédicace. Que l'auteur me pardonne ces regrets de grammairien et d'humaniste : j'étais, en le lisant, tout préoccupé de questions universitaires et des réformes de notre enseignement classique, et je me trouvais induit à rappeler au public combien seraient utiles pour l'instruction delà jeunesse tous les textes lapidaires devant lesquels elle passe le plus souvent avec indifférence.
Je sais bien que nous avons, pour les inscriptions grecques du Louvre, un assez bon catalogue rédigé par M. Froehner : pour les grecques comme pour les latines, le grand ouvrage du comte de Clarac. Mais ces deux ouvrages, le second surtout, ne sont point au courant des nouvelles acquisitions du Musée, et ils ne sont guère à la portée des simples visiteurs. Or, si les élèves de nos lycées doivent désormais, comme on le conseille à leurs maîtres, s'instruire en parcourant quelquefois nos salles d'antiquités, ils auraient vraiment besoin, pour le faire utilement, de quelques notions élémentaires sur la valeur de tous ces textes lapidaires, encastrés dans les murs ou gravés sur la face même des tombes, des autels, des vases antiques.
On me permettra donc d'expliquer là-dessus ma pensée avec franchise, et de remonter un peu haut pour la faire comprendre.
Le latin et le grec qu'on enseigne dans nos classes, c'est la langue des auteurs, la langue des livres d'élite, celle par exemple d'Homère ou de Xénophon, de Virgile ou de Salluste. Mais le grec et le Ifftin ne sont pas seulement représentés aujourd'hui pour nous par des poèmes, par des discours, par des récits historiques ; ils le sont encore par des milliers d'inscriptions déposées sur les monuments de la Grèce et de Rome. Et ces inscriptions, qui furent tenues