‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 151 sur 212 · XIX. — LES MUSÉES ET L'ENSEIGNEMENT CLASSIQUE · texte numérisé non relu

XIX. — LES MUSÉES ET L'ENSEIGNEMENT CLASSIQUE

toujours devenir instructif sans longs développements. Telles sont, pour en citer deux, les inscriptions du pont Fabricius (1) à Rome et, dans la même ville, celles qui se lisent encore sur le fronton du Panthéon d' Agrippa (2), devenu Sainte-Marie-de-la-Rolonde. Pour quelques cas d'ailleurs, s'il était besoin d'une note plus développée, qui empêcherait de la rejeter à la fin du livre, comme cela s'est fait dans plus d'un manuel ?

J'oserais peut-être conseiller encore d'autres emprunts. Les recueils d'inscriptions latines contiennent çà et là des pièces qui résument en quelques lignes, ordinairement assez claires, la vie d'un grand personnage. L'empereur Auguste, quand il fit construire le forum qui porte son nom, y plaça les statues des sept rois de Rome et des plus célèbres guerriers de la Rome républicaine; sur la base de chaque statue on lisait le récit sommaire des faits et gestes du roi ou du grand capitaine qu'elle représentait. 11 nous reste cinq ou six inscriptions de ce genre (3). Ne voit-on pas combien de souvenirs elles éveillent à la fois, et combien un professeur serait certain d'intéresser sa classe, en proposant à ses élèves de tels textes d'explication ? Tous ceux que je viens de citer ou de rappeler seulement d'une manière générale tiendraient en dix pages, et cela pour les deux langues classiques. 11 nous reste aujourd'hui environ quinze mille inscriptions grecques pour tout le monde méditerranéen, autant d'inscriptions latines pour nos deux territoires de France et d'Algérie, sans compter celles de l'Italie et des autres pays occupés ou colonisés par les Romains. Sur ce nombre, je demande qu'on en choisisse au plus une centaine. Cela, j'espère, n'a rien de très effrayant.

(1) Orelli, même recueil, n« 50.

(2) Idem, ibid, n« 34.

(3) Id., ibid, n°* 534 et suivants.

Ces modestes propositions cachent-elles une malice contre nos programmes et un piège pour ceux qui sont chargés de les appliquer? Loin de moi ces noires intentions. Aurais-je du moins celle de préparer nos élèves à écrire un jour des inscriptions en grec ou seulement en latin ? J'en suis plus loin encore. C'est là un devoir qui incombe à notre Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, créée tout exprès pour cela, en 1663, par Colbert, et qui naguère eut précisément à rédiger, sur la demande de M. Hérold et du conseil municipal, une inscription française destinée à perpétuer le souvenir et à marquer l'emplacement (rue Victor-Cousin) du vieux Parlouer aux Bourgeois. Mais une ambition dont je ne défendrais pas nos écoliers, ce serait de comprendre, quand ils entrent dans un musée, les formules les plus simples du style lapidaire dans les langues classiques. N'est-il pas triste en effet qu'un jeune bachelier, en sortant de la Sorbonne, puisse être arrêté tout court devant les inscriptions latines du musée de Cluny, et se promener en ignorant dans les galeries du Louvre, devant les pierres inscrites qui rappellent nos ancêtres gallo-romains, ou les Romains, anciens dominateurs de l'Algérie devenue française ?

Si j'avais l'honneur d'enseigner spécialement l'histoire ancienne dans une de nos classes, j'aimerais à y compter beaucoup d'écoliers pourvus de ces notions élémentaires, et alors je me permettrais avec eux une ou deux digressions qui leur feraient sentir l'intérêt supérieur des documents épigraphiques. Je leur montrerais, par exemple, dans le discours de Claude conservé sur deux tables de bronze au musée de Lyon, la plus ancienne charte de notre histoire nationale. J'oserais même aller plus loin, et, en résumant devant eux un Mémoire de Letronne sur le style elliptique des inscriptions dédicatoires, je leur ferais voir comment le

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