‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 150 sur 212 · XIX. — LES MUSÉES ET L'ENSEIGNEMENT CLASSIQUE · texte numérisé non relu

XIX. — LES MUSÉES ET L'ENSEIGNEMENT CLASSIQUE

Ici le lecteur devinera sans peine où je veux en venir. L'esprit de nos récentes réformes universitaires est de faire connaître et apprécier dans son ensemble la civilisation des peuples classiques. On veut que leurs institutions, leur religion, leurs beaux-arts, soient l'objet de leçons qui se mêlent mieux qu'autrefois à l'étude de leur langue. Mais pour cela, on nous accorde bien peu d'heures par semaine. Tant de leçons, s'il faut simplement les juxtaposer, ne trouveront jamais place dans le cadre bien étroit de nos programmes et dans les douze heures du jour que messieurs de l'Observatoire ne nous permettent pas d'allonger. Il faut donc aviser à des méthodes abréviatives ; il faut que les littérateurs se fassent un peu historiens et même antiquaires. Or je voudrais que les grammairiens aussi voulussent bien s'occuper d'histoire et d'antiquités, même pour enseigner les éléments de la grammaire grecque et de la grammaire latine ; et voici à cet effet le conseil que je me permets de leur donner. 11 paraîtra neuf et peut-être paradoxal ; et pourtant, chaque fois que je Tai confié à tel ou tel de mes jeunes collègues, ils m'ont paru y déférer avec un empressement qui ne cherchait d'autre excuse que l'inexpérience; mais l'inexpérience est de tous les défauts celui dont on se <!orrige le pms vite avec un peu de courage.

Dans ^los^ieilles grammaires, la plupart des exemples -cités à l'appui des règles étaient de fabrique moderne. On y a peu à pell substitué des exemples extraits des auteurs classiques. C'était déjà un progrès (encore n'était-il pas entièrement accompli) (1); mais on en pourrait essayer un autre. Ce serait d'emprunter des textes anciens à la langue lapidaire. Toutes les règles élémentaires de la syntaxe latine

(1) C'est ce que je constate même dans le livre, d'ailleurs magistral, du savant latiniste Madvig, dont nous avons une traduction française faite par M. Tbeil d'après la traduction allemande. (L'original est en danois.)

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2b8 LA TRADITION ET LES RÉFORMES.

OU grecque peuvent être appuyées sur des témoignages authentiques de ce genre. Paris n'est pas le plus riche musée du monde pour les inscriptions antiques ; mais enfin le Lou\re offrirait déjà au grammairien curieux d'y puiser une assez ample moisson de phrases doublement instructives et pour la grammaire et pour la connaissance des monuments. Tel musée de province, comme ceux de Lyon, de Narbonne, de Bordeaux ou de ISîmes, n'offrirait, pour le latin, que l'embarras du choix. Tel monument isolé, comme le gracieux monument des Jules à Saint-Remy, nous offre une inscription qui remplacerait avec autant d'agrément que d'utilité la misérable phrase de Lhomond Pater et filiiis boni. Les monuments grecs ne sont pas moins riches en inscriptions qui constatent à la fois une règle de la grammaire classique et le souvenir soit d'un artiste célèbre, soit d'un événement mémorable. Dans cette richesse, le mieux serait de choisir les inscriptions gravées sur des monuments que nos élèves ont quelquefois à leur portée, dans la ville même où ils font leurs études.

Telle est la dédicace d'un autel consacré à Jupiter sous le règne de l'empereur Tibère (1), par les mariniers delà Seine [Nantae parisiaci), dédicace qui orne une des sallesde l'hôtel de Cluny, et devant laquelle passent peut-être avec dédain même les inspecteurs de notre navigation fluviale.

Mais on pourrait aussi puiser discrètement dans les recueils d'épigraphie des inscriptions relevées sur les marbres d'Athènes et de Rome, et qui constatent l'érection de quelque bel édifice public ou privé. Deux lignes d'explication au bas de la page suffiraient pour fixer l'attention de l'élève sur l'origine du texte cité en exemple, et pour suggérer au professeur un commentaire historique, qui peut

(1) Orelli, Imcriptiones latinx^ n° 1993.

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