‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 159 sur 212 · XX. — ÉTUDES GRECQUES DANS L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

XX. — ÉTUDES GRECQUES DANS L'ENSEIGNEMENT

peut faire profiter sans distinction toute la jeunesse réunie dans nos écoles.

« Dans une éducation bien organisée, tous les enseignements sont solidaires Fun de l'autre ; car nul ne sent bien les beautés d'une langue, s'il n'en connaît un peu l'histoire, et non pas seulement la théorie grammaticale. »

A ces observations générales, je rattachais l'indication d'un certain nombre de morceaux d'élite dans les auteurs grecs et latins, morceaux dont chacun renferme, soit l'expression d'une pensée morale, soit le récit sommaire d'un grand événement, soit le résumé d'une grande institution. Tels sont : le chapitre de Velleius Paterculus sur les colonies romaines ; celui de Tite-Live sur les commencements du théâtre à Rome; ceux de Tacite sur les origines de récriture alphabétique et sur les anciens monuments du droit romain; ceux de Cicéron sur les jurisconsultes, sur la situation de Rome; parmi les Grecs, celui de Thucydide sur les honneurs funèbres rendus aux guerriers morts pour la patrie ; celui d'isocrate sur les Panégyries on assemblées générales des Hellènes ; celui de Polybe sur la politique dès Romains dans les choses de la religion; la préface du vingtième livre de Diodore sur l'usage des harangues dans les récits historiques, etc. En dehors des beautés ou des difficultés du texte original, on sent quel intérêt varié, quelle utilité toute pratique peut offrir, dans une classe, l'explication de ces sortes de morceaux. Tous les élèves sont capables de profiter de telles études; tous sont capables de s'y prêter avec zèle. Si ce n'est pas là l'éducation du talent, c'est celle du bon sens, qu'il importe de perfectionner à l'égal de facultés plus brillantes.

« A cet égard; l'opinion assez commune, qui trouve que nos études classiques donnent trop d'importance aux exercices purement littéraires, ne me paraît pas sans quelque

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fondement. Soyons justes envers la société contemporaine. Souvent en proie à de redoutables agitations, elle a le souvenir des maux passés et Finstinct des périls qu'il faudrait prévenir. Croyant voir que les honnêtes législateurs de 89 devaient une partie de leurs illusions politiques au culte de l'antiquité mal comprise, notre société craint les dangers d'une admiration peu intelligente pour certains héros d'autrefois. Elle sent que les hommes qui la dirigent ne peuvent se donner tout entiers aux pures jouissances de l'art; elle réclame, dans l'instruction libérale, une part plus large pour les notions qui forment les esprits au maniement de ses affaires et à l'intelligence de ses intérêts. En cela on ne peut la trouver exigeante, et je m'associe plutôt à sa juste sollicitude. Mais, pour satisfaire à cette sollicitude, on ne crois pas qu'il soit besoin de briser nos cadres et de réformer officiellement nos programmes. Il suffit de propager sans cesse, par l'exemple et le conseil, dans l'esprit des maîtres une curiosité que je dirai plus généreuse, un sentiment plus juste de nos devoirs envers les jeunes générations. Les moyens ne manquent pas pour mieux associer aux lettres et à la grammaire la connaissance de l'antiquité ; mais, pour trouver ces moyens, il faut d'abord ne pas désespérer de l'alliance entre des choses moins diverses qu'elles ne semblent ; il faut surtout ne pas considérer cette alliance comme l'étroit privilège de la science académique et comme une chimère d'innovation dangereuse pour la discipline de nos écoles. L'esprit académique et l'esprit universitaire sont choses différentes, mais non opposées. Au fond, et sauf l'opportunité de certaines applications, la science qui s'élargit et se démontre par le patient travail de quelques-uns n'est pas autre que celle qu'on enseigne pour le profit de tous. Où en seraient, je le demande, les Académies, si elles ne travaillaient que pour elles-mêmes

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