XX. — ÉTUDES GRECQUES DANS L'ENSEIGNEMENT
et si elles ne voyaient, pas se répandre autour d'elles les fruits de leur activité savante? Ajoutons, où en seraientelles sans les auxiliaires que leur amènent du dehors Témulation et les concours? »
Au reste. Messieurs, en terminant cette citation un peu longue, je me sens rassuré, car je constate que les idées dont vous venez d'entendre l'expression sont moins neuves que je ne le croyais peut-être au moment où je les exprimais. Soit efifet d'une rencontre, soit effet d'une réminiscence involontaire, il se trouve que je disais, en 1862, ce que RoUin avait déjà pensé en écrivant certain chapitre du Traité des Études. Vous allez être juge de la ressemblance ou plutôt de l'accord entre ce vénéré maître et l'un de ses plus modestes disciples. Il y a plaisir autant que profit à écouter RoUin parlant des choses qu'il savait si bien et des pratiques où il apportait un tact si juste, un sentiment si délicat des besoins de la jeunesse. Vous entendez toujours dire, depuis quelques années surtout, que la pédagogie est une science négligée en France, que les Allemands et les Suisses en cela l'emportent sur nous. En efifet, on parle moins de méthodes et de pédagogie en France que chez nos voisins. Est-ce à dire pour cela qu'on ne s'en occupe pas? La pédagogie, je l'avoue, au sens que lui donne certaine philosophie prétentieuse, me semble bien voisine du pédantisme: les saines pratiques de l'enseignement se transmettent, je crois, à moins de frais et se passent d'un grand appareil de formules. Observer le naturel des enfants, s'y accommoder soi-même, y accommoder les méthodes doucement et simplement, selon les besoins de chaque classe et de chaque matière d'enseignement, c'est un art où le cœur a autant de part que l'esprit; il n'a guère besoin en général d'être exposé dans de gros livres, et si le gros livre de RoUin se fait lire encore aujourd'hui avec tant de
charme, c'est que, malgré des divisions et des subdivisions un peu minutieuses, il est partout empreint d'une modestie et d'une douceur qui sentent moins le législateur que le conseiller affectueux des maîtres et l'ami de la jeunesse. Écoutez donc RoUin recommander aux professeurs (ce qui était précisément mon troisième point) de se faire un peu antiquaires pour mieux comprendre les auteurs anciens et pour mieux les expliquer à leurs élèves. Je ne commenterai pas ces pages toutes pleines de persuasion pénétrante, et qui, vous le verrez, n'ont rien perdu de leur à-propos.
« Cette étude (1) (l'étude des Antiquités) est d'une nécessité absolue pour tous les maîtres. Sans elle il y a dans les auteurs beaucoup d'expressions, d'allusions, de comparaisons qu'on ne peut entendre : sans elle il n'est presque pas possible de faire un pas, dans la lecture même de l'histoire, qu'on ne se trouve arrêté par des difficultés, dont souvent une légère connaissance de l'antiquité donnerait la solution. Qu'on parcourre seulement le premier livre de Tite- Live, qui avec l'origine du peuple romain renferme celle de presque toutes ses lois et ses coutumes, et l'on reconnaîtra de quelle utilité et de quel secours est Tétude dont je parle.
« Je sais que cette étude, comme toutes les autres, si on la pousse trop loin, a ses dangers et ses écueils. 11 y a une sorte d'érudition obscure et mal conduite, qui ne s'occupe que de questions également vaines et épineuses, qui dans chaque matière cherche ce qu'il y a de plus abstrus et de plus inconnu, et qui se borne presque à la découverte de choses absolument superflues, qu'il serait souvent plus utile d'ignorer que de savoir...
« Un maître sensé évitera avec soin ce défaut. En s'appli-
(1) Rollin, Traité des Etudes y liv. V, 4* partie, ch. ii.