XX. — ÉTUDES GRECQUES DANS L'ENSEIGNEMENT
quant à l'Histoire et aux Antiquités, il ne poussera point trop loin ses recherches, et gardera dans cette étude une sage sobriété. Il se souviendra de ce que dit Quintilièn, que c'est une sotte et pitoyable vanité que de se piquer de savoir sur un sujet tout ce qu'en ont dit lesauteurs les moins estimables ; qu'une telle occupation use et consume mal à propos un temps et des efforts que l'on doit réserver pour de meilleures choses, et qu'entre les vertus et les perfections d'un bon maître, celle de savoir ignorer certaines choses n'est pas la moindre. Exquo mihi intervirtutes grammatiez habebittir aliqiia nescire,
« Il y a un art de faire entrer de l'agrément dans ces matières, sèches pour l'ordinaire et rebutantes, de les assaisonner par de courtes histoires ou réflexions qu'on y mêle, d'en écarter presque toutes les difficultés et les épines, de n'enlaîsser cueillir aux jeunes gens, pour ainsi dire, que la fleur, de réveiller leur goût et de piquer leur curiosité par des traits singuliers et frappants, en un mot, de leur faire désirer et attendre avec quelque impatience cette sorte d'exercice.
« Avec ces précautions, on ne peut trop recommander l'étude des Antiquités, ni aux écoliers, ni aux maîtres ; ceuxci la doivent regarder comme un de leurs devoirs essentiels. Elle fait partie d'une érudition qui est non seulement convenable, mais absolument nécessaire à des personnes destinées par leur état à étudier et à enseigner les Belles-lettres. L'Université, dans tous les temps, s'est distinguée par cet endroit autant que par tous les autres. On a toujours vu sortir de son sein des savants en tout genre, qui ont fait honneur à la littérature et à la nation, par les doctes ouvrages qu'ils ont donnés tiu public : Turnèbe, Muret, Buchanan, Scaliger, Casaubon, et tant d'autres qui ont enseigné ou étudié dans l'Université de Paris.
« C'est à nous à soutenir leur gloire, et à regarder leur réputation comme un riche et précieux patrimoine que nous devons transmettre à nos successeurs dans son entier, et ne pas souffrir qu'il diminue ou se dissipe par notre paresse et notre indolence...
« Il ne s'agit pas seulement de la gloire de l'Université, mais de l'honneur de la nation, qui doit nous toucher sensiblement. Il semble que certains peuples voisins travaillent à nous enlever la gloire de l'érudition par l'application extraordinaire qu'ils donnent aux sciences, et parles grands et doctes ouvrages dont ils enrichissent le public. Ils ne peuvent disputer aux Français celle d'exceller dans ce qui regarde l'éloquence et la poésie, l'étude des Belles-lettres, la finesse et la délicatesse de «la composition ; le siècle de Louis le Grand ayant été pour nous ce que fut autrefois celui d'Auguste pour les Romains, c'est-à-dire la règle et le modèle du bon goût en tout genre. En conservant avec soin et avec jalousie cette glorieuse partie de notre ancien héritage, il n'en faut pas négliger une autre, qui doit aussi nous être précieuse ; et la perfection de notre état est de joindre ensemble ces deux choses : le bon goût des belles-lettres et celui de l'érudition.
« Ces deux parties, quoique bien différentes, ne sont point incompatibles, et elles doivent se prêter un mutuel secours. En effet, l'érudition brille tout autrement, quand elle est soutenue d'une composition fine et délicate, telle qu'on la voit dans les ouvrages de Muret, de Manuce et de beaucoup d'autres illustres savants qui ont fait tant d'honneur à la littérature : et, d'un autre côté, la délicatesse de la composition est infiniment relevée par la solidité et la multiplicité des pensées et des choses que l'érudition lui fournit.
« Je ne sais si l'amour de la patrie, et la prévention pour un corps dont j'ai l'honneur d'être, m'aveuglent; mais il