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XXI. — OBSERVATIONS SUR L'ENSEIGNEMENT DU GREC

créées ou développées, ouvrent une voie nouvelle à ceux de nos jeunes gens qui, pour diverses raisons, veulent ou doivent abréger leurs études et les diriger plus vite vers la pratique et l'application. Ceux qui demeurent dans les cadres de renseignement classique, et ils y demeurent librement, ont sans doute l'intention d'élever et de fortifier leur esprit par les études de langue et de littérature anciennes que consacre une tradition deux ou trois fois séculaire, une expérience accessible d'ailleurs à toutes les sages idées d'amélioration et de progrès.

Plus d'une fois, se sont élevées, chez nous, des réclamations contre l'étude du grec ; elles n'ont jamais prévalu qu'au détriment de la bonne éducation publique. L'abbé Fleury au dix-septième siècle, RoUin au dix-huitième, mentionnent les plaintes des pères qui trouvaient que l'Université attachait trop longtemps les élèves à l'explication d'Homère et de Démosthène ; et il semble qu'à la fin du dix-huitiènie siècle ces exercices étaient, en effet, ou fort amoindris ou même abandonnés. Mais alors on en sentait, on en regrett|Ét l'abandon, qui n'avait nullement profité au bien des autres études (1), et, dès la réorganisation des écoles publions, sous le Directoire et le Consulat, on se hâta d'y réintégrer la langue et la littérature grecques comme un élément essentiel de toute bonne éducation (2).

(1) Voir là-dessus le témoignage explicite et formel du président Rolland, p. 124-126 du Recueil de ses ouvrages, 1783, in-4. On en citera ici quelques lignes : a Si la langue grecque est si essentielle à apprendre, peut-on se persuader qu'elle soit enseignée dans les écoles avec le soin et Tattention qu'elle demande ? Il est libre à chaque écolier d'en suivre les leçons, et on sent aisément combien ces instructions surabondantes et bornées à une petite partie de la classe doivent être négligées par le professeur. L'étude de la langue grecque, celle de la langue latine^ ne pourraient-elles pas être liées ensemble et rendues indivisibles ? N'y aurait-il pas même de l'avantage pour chacune d'elles, ainsi réunies ? etc. »

(2) Le 3 juillet 1797, la Classe de Littérature et des Beaux-arts de l'Institut

2* Plus la société française se transforme par la participation, chaque jour accrue, des citoyens aux affaires de rÉtat, plus Tinstruction primaire se répand et s'élève, plus il importe qu'on n'abaisse pas le niveau de l'enseignemeat secondaire et qu'on ne diminue pas le nombre de ceux qui en recueillent le bienfait dans sa plénitude. On peut dire que les choses et les idées grecques sont la plus pure substance de l'antiquité. Rome et sa littérature ne nous eu offrent qu'une forme inférieure, une tradition affaiblie et souvent altérée. Quant aux langues modernes de l'Europe, si légitime, si nécessaire qu'en soit la pratique pour beaucoup de Français, on est d'accord à reconnaître qu'elles ne remplaceront jamais, à elles seules, ce substantiel enseignement des langues classiques; elles répondent à d'autres besoins, à d'autres devoirs de notre vie.

3* Si, dans le programme des lycées, le grec n'est plus présenté que comme un noble luxe, qu'on peut se donner ou se refuser, sans préjudice pour l'obtention des grades universitaires, les enfants et les familles ne résisteront guère à la tentation de s'en affranchir. L'instruction classique sera ainsi privée de ce qui fait sa force et son éclat. D'ailleurs, à titre de langue ancienne et de langue morte, le latin pourrait bien rencontrer les mêmes doutes et les mêmes objections, et l'étude de notre langue en serait d'autant affaiblie, même au point de vue du lexique et de la grammaire. En effet n'oublions pas combien cette étude de

national mit au concours la question suivante : « Rechercher les moyens de donner parmi nous une nouvelle activité à Vétude de la langue grecque et de la langue latine. » Parmi les neuf concurrents qui répondirent à cet appel se trouvait M. Boissonade. Aucun mémoire n*ayant satisfait les juges, le concours fut prorogé jusqu'en 1800, et, en cette année, M. Boissonade y obtint U mention honorable après le prix. Voir la Notice de M. Naudet sur notre célèbre helléniste, dans les Mémoires de t Académie des Inscriptions ^X. XXIII, !*• partie, p. 225 et suiv.

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