XXII. — L*HISTOIRB LITTÉ RAI RB DANS LES LYCÉES
dons néanmoins sur les principaux auteurs un assez grand nombre de notices qui peuvent devenir des textes commodes de versions grecques et servir à éclairer Texplica tion des auteurs, à soutenir l'attention, à fixer dans la mémoire les dates les plus importantes. Ces textes-là, je le sais, n'offrent pas d'ordinaire des exercices bien difficiles à la sagacité des élèves, et c'est pourquoi on leur préfère volontiers des pages où elle trouve à s'exercer par un effort qui prépare mieux les écoliers d'élite à des succès dans les concours. Mais n'hésitons pas à réclamer contre une telle préférence. Les passages que déjà Eustathe appelait classiques (SiSaoxaXtxoi totcoi), et qui contiennent, sous une forme facile à comprendre, l'expression d'une vérité générale, la narration d'un fait important, la description d'une ville ou d'un pays célèbre, l'analyse de la constitution d'un peuple ancien, tous ces textes vraiment instructifs ont plus de droit à Tattention des jeunes humanistes que certains morceaux pleins d'énigmes, qui ne peuvent servir qu'à faire briller l'habileté de quelques virtuoses.
Ainsi se fondraient, au jour le jour, dans l'explication des auteurs, une foule de notions utiles que des résumés mensuels ou trimestriels ramèneraient à une sorte d'unité. A cela contribuent fort utilement des manuels bien faits comme ceux de M. Pierron pour la littérature grecque et la littérature latine. Rien n'est plus souhaitable que de voir ces manuels se multiplier dans les bibliothèques des professeurs et aussi dans les bibliothèques de quartier. Mais il nous répugne d'admettre que l'histoire littéraire soit toujours considérée comme une science séparée de l'étude des auteurs, exigeant des heures particulières dans le programme des classes et dans la répartition officielle du travail.
Mais les dates de l'histoire littéraire, la biographie des
principaux écrivains et l'analyse de leurs écrits ne sont pas aujourd'hui le seul objet dont nous ayons à nous inquiéter. Depuis quarante ans, l'histoire des langues s'est peu à peu développée parallèlement à l'histoire littéraire , à laquelle elle apporte un surcroit précieux de richesses.Les maîtres de la vieille Université ne considéraient guère, d'un siècle à l'autre, dans la littérature grecque, comme dans celle des Romains, que les progrès du génie et du goût, l'accroissement ou l'appauvrissement du vocabulaire. Aujourd'hui, les langues, le grec et le latin en particulier, sont de plas en plus considérées comme des organismes vivants, qui naissent, se développent, s'altèrent, se transforment, produisent d'autres organismes, ont en un mot des évolutions analogues à celles des végétaux et des autres êtres animés. Ainsi considérée, une langue ne nous intéresse pas seulement par les œuvres littéraires qu'elle a produites. Nous aimons à la suivre dans les moindres documents qui en sont restés. Une inscription archaïque, n'eût-elle aucune valeur de style, mérite et attire l'attention du philologue, lorsque, par les formes grammaticales et les mots qu'on y trouve^ elle marque une phase particulière dans le développement de la langue en laquelle elle est conçue. Ce genre d'intérêt, on le comprend, n'est guère appréciable à de trop jeunes esprits, s'ils n'y sont préparés par de. judicieuses leçons de leurs maîtres. Mais les maîtres commencent à y prendre goût, et les élèves ne tarderont pas à les suivre, pour peu que nous y mettions quelque bonne volonté. Il y a trentecinq ans, M. Villemain, alors ministre de l'Instruction publique, et qui avait, comme littérateur, une vive passion pour l'histoire des langues, suscita par ses encouragements la publication d'un modeste recueil où des spécimens de la vieille latinité étaient rangés par ordre de dates depuis les temps les plus anciens où nous pouvons atteindre jusqu'au