‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 175 sur 212 · XXIII. — LE GREC EST-IL MORT? EST-IL MOURANT · texte numérisé non relu

XXIII. — LE GREC EST-IL MORT? EST-IL MOURANT

Gon cours de bien des esprits zélés et courageux pour Tétude de la langue et des antiquités de la Grèce (1)? Or, depuis

^ tfeize ans bientôt ce concours ne s'est pas un instant ra-

^ lenti ; au contraire, il tend à se développer.

* A diverses reprises, le Comité de T Association ouvre des

* discussions sur des sujets de son ressort. Au moment où les ■î débats allaient commencer dans le nouveau Conseil supé- ^ rieur sur la réforme de nos méthodes universitaires, il n'a ^ pas manqué au devoir d'en délibérer; une commission ^ choisie parmi ses membres les plus compétents a rédigé, ■' pour être soumise au ministre et au Conseil une Note (2) -i qui, nous avons lieu de le croire, n'a pas été sans influence i sur la décision d'après laquelle le commencement de l'étude 2f du grec, d'abord reculé jusqu'à la Troisième, a été finale- « ment placé dans la Quatrième. C'est un succès dont il faut i savoir tenir compte si l'on songe avec quelle vivacité l'esï prit d'innovation s'attachait à l'idée des ù'ois cycles formant ï chacun un ensemble : le premier, de la Neuvième à la ■ Septième ; le second, de la Sixième à la Quatrième ; le der- ' nier de la Troisième à la Rhétorique, avec l'année complé- » mentaire et finale de la Philosophie.

B Que nos professeurs de grec, jeunes et vieux, se rassu- ' rent donc en se comptant. Ils forment une assez belle armée avec les simples amateurs qui se plaisent à les encourager, avec les Hellènes et les philhellènes qui les soutiennent non seulement de leurs vœux et de leur estime, mais quelquefois aussi de leurs libérales souscriptions.

J'ai parlé du philhellénisme. Celui de nos contemporains, que Von y prenne garde! n'est plus le même que le philhel-

(1) Voir la Notice publiée par M. G. d'Eichtbal dans V Annuaire de 1877.

(2) La note est signée de M. Rodolphe Dareste, conseiller à la Cour de Cassation, savant traducteur de Démosthène, et de M. Alfred Croiset, maître de conférences à la Faculté des lettres.

Icnismc de 1821. Les Chateaubriand, les Eynard et les Villemain avaient devant eux une Grèce en haillons, toute souillée de sang et de poudre, toute couverte encore des stigmates de Tancienne servitude, et dont les héros souvent ne savaient ni lire ni écrire. Les choses ont bien changé: nos philhellènes aujourd'hui ont pour cliente une nation pleine de vie, déjà formée aux mœurs, aux études comme aux ambitions de l'Europe occidentale. Ces clients-là ne sont pas toujours dociles aux conseils de leurs protecteurs ; ils ne pratiquent pas très correctement le régime parlementaire; ils ont beaucoup d'autres défauts dont le principal est encore de n'être ni assez puissants ni assez riches ; mais enfin, ils font revivre une langue que l'on croyait morte pour toujours, et ils assurent à notre étude du grec ancien l'à-propos d'une sorte de nouveauté. Dans les écoles du petit royaume hellénique, ce n'est pas le grec vulgaire que l'on enseigne, c'est le grec de Sophocle et de Démosthène; c'est celui-là aussi qu'on s'efforce d'écrire dans les journaux et de parler à la tribune, effort souvent malheureux, je le crains, mais qui trouve son excuse dans l'admiration pour de glorieux souvenirs. S'il réussissait, — et je connais de bien nobles esprits qui se complaisent dans cette espérance (1), — le grec que nous enseignons dans nos lycées ne serait plus une langue morte, mais une langue vivante ; qui sait même? une langue destinée peut-être à servir de lien entre l'Orient et l'Occident civilisés. Cette belle illusion ne reste pas enfermée dans un cercle étroit de philhellènes ; elle a pénétré dans l'enseignement de nos collèges, et plus d'un professeur la fait luire aux yeux de ses élèves pour animer leur zèle à l'étude des chefs-d'œuvre du grec classique. J'y résiste pour ma part, non sans regret ; mais je re-

(1) G. D*Eichthal ot Renieri, De Vusage pratique de la langue grecque, Paris, 1864.

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