‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 176 sur 212 · XXIII. — LE GREC EST-IL MORT? EST-IL MOURANT · texte numérisé non relu

XXIII. — LE GREC EST-IL MORT? EST-IL MOURANT

il^ connais ce qu'elle peut avoir de salutaire et d'encourageant ■ pour la jeunesse de nos écoles.

jt Malheureusement, fût-il vrai que le bel idiome des écriii vains attiques revive déjà ou doive prochainement revivre a dans le royaume élargi dont Athènes est la capitale, un Il grand obstacle s'oppose à l'intimité d'un commerce savant !i entre notre hellénisme universitaire et celui d'Athènes. ^ Depuis trois cents ans nous prononçons le grec autrement m que ne le font les Hellènes, et ceux-ci, un peu à tort, un 1^ peu à raison, nous traitent en cela de barbares. Nous ferions B volontiers, pour nous corriger, quelques pas au devant s d'eux, s'ils voulaient bien en faire aussi quelques-uns vers fi nous; mais jusqu'à ce jour on a beaucoup récriminé des 3 deux, parts, beaucoup discuté à coups de témoignages ank ciens. il existe là- dessus plus de cent ouvrages, dont aucun 5 n'a réussi à concilier les belligérants. On n'en est pas même I à l'essai d'un protocole. Gela soit dit sans la moindre malice j et seulement pour montrer un signe de plus de l'activité I qui règne en Europe, et particulièrement en France, dans j les études helléniques. Il y a cinquante ans, l'objet même de ce débat était presque oublié. Hase et Boissonade pratiquaient dans leurs savantes leçons la prononciation orientale du grec, mais ils trouvaient peu d'imitateurs; je pourrais bien citer deux professeurs de nos lycées, l'un à Toulouse et l'autre à Paris, qui alors savaient assez bien cette manière de prononcer pour se faire comprendre d'un Hellène ; mais je ne sais si je pourrais citer un troisième exemple. Nous n'en sommes plus à ce dédain et à cette ignorance ; l'Ecole française d'Athènes a familiarisé plusieurs générations de jeunes hellénistes avec le parler oriental; ils en ont rapporté quelque habitude en France et ils en ont répandu le goût. Maint professeur qui n'a pas eu le bonheur de visiter la Grèce s* est du moins pourvu à Marseille, à Lyon ou à

Paris, d'un bon maître de prononciation, et dans un même salon plusieurs Hellènes et plusieurs hellénistes peuvent s'entendre en parlant plus ou moins correctement le langage de la bonne société athénienne.

Courage donc, messieurs les professeurs de grec ! Je n'oserais pas vous dire que toute opinion vous soit bienveillante hors de l'Université et même au dedans, que tous les professeurs de science sentent comme ils le devraient le prix du secours que vous leur apportez pour former l'esprit de la jeunesse ou même pour répondre aux besoins de leur technologie. Peut-être quelques-uns caressent-ils derrière les réformes obtenues l'espoir de réformes plus radicales, la pensée, par exemple, de réserver les études helléniqaes pour une petite famille de littérateurs privilégiés et de livrer l'enseignement moyen aux études de langues modernes, aux mathématiques, aux sciences naturelles avec une légère dose de latin. Mais n'allons pas charger à plaisir notre horizon de nuages trop sombres. On nous ménage les heures avec parcimonie ; usons le mieux possible des heures qu'on nous accorde et surtout montrons que nous avons foi, une foi sincère et ferme, dans l'utilité des choses que nous enseignons. A cet égard nous avons, je le crains, péché par quelque excès de délicatesse littéraire. Dans les auteurs grecs on a cherché uniquement les pages élojiuentes ; on a voulu en tirer des leçons de haut goût pour une jeunesse souvent peu capable de s'élever jusque-là ; et j^our ce succès on a négligé ce qui dans les auteurs anciens sert plus à éclairer le bons sens, à diriger la raison qu'à satisfaire l'imagination ambitieuse du beau idéal. J'ai toujours compris les scrupules de certains pères de famille à l'égard de telles leçons. Le plus grand nombre de nos élèves n'en tirent aucun profit, et ceux qui en profitent pourraient le plus souvent s'en passer, car la vivacité naturelle de leur

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